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ÉTHIOPIE EMBRASÉE

ÉTHIOPIE EMBRASÉE
Les forces éthiopiennes et le TPLF s'affrontent de nouveau au Tigré.

L'Éthiopie est de nouveau confrontée à une grave crise sécuritaire. Depuis le 23 septembre 2026, les affrontements entre les forces fédérales et les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se multiplient dans le nord du pays. Cette reprise des hostilités, survenue après plusieurs mois de tensions, fait redouter une nouvelle guerre civile, quatre ans seulement après le conflit meurtrier de 2020-2022. Entre ambitions politiques, rivalités territoriales, alliances rebelles et ingérences régionales présumées, le gouvernement d'Abiy Ahmed doit faire face à une situation dont les conséquences pourraient dépasser les frontières éthiopiennes.


Le Tigré replonge dans la spirale des affrontements


Le calme précaire qui régnait dans le nord de l'Éthiopie depuis la signature de l'accord de paix de 2022 est désormais sérieusement compromis. Depuis le 23 septembre, les armes ont de nouveau retenti dans plusieurs zones du Tigré, où les forces fédérales et les combattants du TPLF s'affrontent après des mois de tensions politiques et militaires.


Cette nouvelle flambée de violence ravive le souvenir d'une guerre civile particulièrement meurtrière, qui aurait coûté la vie à environ 600 000 personnes, selon l'Union africaine, et provoqué le déplacement de millions d'habitants.


Plusieurs observateurs mettent en garde contre une nouvelle catastrophe nationale. Ils estiment que le fragile équilibre instauré par l'accord de paix est en train de s'effondrer et que la poursuite des combats pourrait entraîner des conséquences humaines et institutionnelles considérables.


Les deux camps se rejettent mutuellement la responsabilité du déclenchement des hostilités. Mais au-delà de cette bataille des accusations, l'urgence réside désormais dans la prévention d'une escalade militaire susceptible de déstabiliser durablement le pays.


Alamata, un point stratégique au cœur de la bataille


Sur le terrain, les affrontements se concentrent notamment dans le sud du Tigré. Les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés affirment avoir pris le contrôle d'Alamata, une localité stratégique située à proximité de la région Amhara.


Cette conquête, annoncée après plusieurs jours de combats, constitue un développement militaire important. La ville représente un point de passage essentiel pour le déplacement des troupes et l'approvisionnement en vivres, en carburant et en matériel.


Sa position géographique pourrait faciliter une progression des forces fédérales vers Mekele, la capitale régionale du Tigré. Toutefois, la situation militaire demeure difficile à établir avec précision, les affrontements se déroulant sur plusieurs fronts.


Parallèlement, les combattants du TPLF ont pris le contrôle des trois aéroports opérationnels du Tigré, où les autorités fédérales conservaient encore une présence. En Afar, ils se sont également emparés d'Erebti, une localité située dans une zone montagneuse proche du Tigré.


En Amhara, les miliciens Fano participent aussi aux affrontements contre l'armée fédérale, notamment dans les environs de Lalibela. Cette multiplication des fronts complique considérablement les opérations militaires et fait craindre une extension du conflit à d'autres régions.


Une alliance rebelle qui menace le pouvoir d'Abiy Ahmed


La reprise des combats intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Quelques jours avant les premiers affrontements, le TPLF et six autres mouvements armés opposés au gouvernement avaient annoncé la création d'une coalition baptisée


« Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie ».


Officiellement constituée le 20 septembre, cette alliance affiche un objectif commun. Renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.


La coalition rassemble des organisations aux revendications différentes, parfois même contradictoires. Parmi elles figurent le TPLF, les milices nationalistes Fano de la région Amhara et l'Armée de libération oromo (OLA).


Le TPLF constitue la principale force de cette coalition. Après avoir dirigé l'Éthiopie pendant près de trois décennies, de 1991 à 2018, le mouvement a perdu son influence au niveau fédéral avec l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed. Depuis, les relations entre les deux camps n'ont cessé de se détériorer.


Les Fano, pour leur part, dénoncent la marginalisation de la population amhara et combattent les autorités fédérales depuis 2023. Quant à l'OLA, elle poursuit son insurrection dans l'Oromia, la région la plus peuplée du pays.


Cette alliance représente donc un défi politique et sécuritaire supplémentaire pour Abiy Ahmed. Néanmoins, malgré leur objectif commun, les différents mouvements rebelles ne semblent pas encore engagés simultanément sur les champs de bataille.


Les séquelles d'une guerre civile jamais véritablement résolue


Pour comprendre cette nouvelle flambée de violence, il faut remonter à 2018, année de l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed. Le nouveau Premier ministre a entrepris de réorganiser le paysage politique éthiopien, réduisant progressivement l'influence du TPLF, qui avait longtemps dominé les institutions nationales.


Replié dans son bastion du Tigré, le mouvement a contesté l'autorité fédérale. Les tensions ont finalement débouché sur une guerre ouverte en novembre 2020.


Après deux années d'affrontements particulièrement meurtriers, un accord de paix a été signé en 2022. Toutefois, plusieurs dispositions de cet accord n'ont jamais été pleinement appliquées, laissant subsister des différends politiques, territoriaux et militaires.


Depuis août 2026, des frappes de drones éthiopiens ont visé à plusieurs reprises des cibles militaires au Tigré. Ces opérations ont contribué à aggraver les tensions entre les autorités fédérales et les responsables tigréens.


La reprise des hostilités illustre ainsi la fragilité d'un processus de paix qui n'a pas permis de résoudre les causes profondes du conflit.


L'Érythrée et le Soudan dans le viseur d'Addis-Abeba


La crise éthiopienne possède également une dimension régionale. Les relations avec les pays voisins, notamment l'Érythrée et le Soudan, constituent un autre facteur de préoccupation.


Les autorités éthiopiennes accusent ces deux États de soutenir des groupes armés. Ces accusations interviennent alors que les rapports entre Addis-Abeba et Asmara se sont considérablement dégradés.


La situation est d'autant plus complexe que l'Érythrée avait combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes contre le TPLF durant la guerre de 2020-2022.


Ce changement de contexte alimente les interrogations sur les intérêts géopolitiques qui se jouent dans la région. Les ambiguïtés des relations entre les différents acteurs et les risques d'une internationalisation du conflit augmentent.


Toutefois, les accusations de soutien aux groupes armés doivent être distinguées des faits militaires établis. Une éventuelle implication extérieure pourrait néanmoins compliquer davantage les perspectives de règlement.


Une économie menacée par une nouvelle catastrophe humanitaire


Au-delà des considérations militaires, la reprise de la guerre fait peser de lourdes menaces sur la population éthiopienne. Le pays reste fragilisé par une inflation élevée, des déplacements massifs de population et une sécheresse persistante.


Une nouvelle guerre de grande ampleur risquerait d'aggraver ces difficultés. Les destructions d'infrastructures, les perturbations des échanges commerciaux et les déplacements forcés pourraient accentuer la précarité des populations déjà éprouvées par le précédent conflit.


Le contrôle des axes routiers constitue également un enjeu économique majeur. Selon une analyse de l'organisation ACLED, l'avancée des combattants du TPLF en Afar pourrait menacer la principale route reliant Addis-Abeba au port de Djibouti.


Pour un pays enclavé comme l'Éthiopie, cet axe est vital. Une interruption durable du trafic pourrait perturber les importations, les exportations et l'approvisionnement des marchés nationaux.


Sur le plan humanitaire, une extension des combats pourrait provoquer de nouveaux déplacements de civils et compromettre l'accès aux soins, à l'alimentation et à l'aide d'urgence.


Abiy Ahmed face à un défi militaire et politique majeur


Malgré la progression de ses forces dans certaines localités, le gouvernement fédéral doit composer avec un adversaire expérimenté. Le TPLF dispose d'une organisation politique structurée et d'une importante expérience militaire, acquise notamment lors de la guerre précédente.


Selon plusieurs observaeurs, le mouvement tigréen ne doit pas être sous-estimé. Ils estiment notamment qu'il pourrait chercher à consolider son contrôle sur le Tigré plutôt qu'à lancer une offensive générale contre Addis-Abeba.


L'armée fédérale conserve néanmoins des avantages importants, notamment en matière d'effectifs et de capacités aériennes, grâce à l'utilisation de drones.


Pour le gouvernement, le principal risque réside dans la multiplication des insurrections sur plusieurs territoires. La simultanéité des crises dans le Tigré, l'Amhara et l'Oromia pourrait mobiliser une part considérable des ressources militaires et financières de l'État.


Un avenir incertain pour la paix en Éthiopie


La reprise des affrontements dans le nord de l'Éthiopie constitue une nouvelle épreuve pour les institutions nationales. Alors que le pays peine encore à se relever des conséquences de la guerre précédente, une nouvelle escalade pourrait compromettre durablement sa stabilité politique et économique.


Le risque ne se limite pas à une confrontation entre l'armée fédérale et le TPLF. La multiplication des groupes armés, les revendications identitaires et les tensions régionales pourraient transformer cette crise en un conflit plus vaste et plus difficile à maîtriser.


L'éventualité d'un nouvel effondrement du dialogue politique inquiète également les observateurs. Il apparaît qu'aucune victoire militaire ne saurait, à elle seule, résoudre les fractures profondes de la société éthiopienne.


Face à cette situation, la relance des négociations et l'application effective des engagements de paix apparaissent comme des enjeux essentiels. Pour les millions d'Éthiopiens encore marqués par les violences passées, l'urgence est désormais d'éviter que le pays ne replonge dans une guerre dont les conséquences pourraient être encore plus dévastatrices.

Par Pamphil

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