GOC : EN DEUX ANS, LA COMPAGNIE NATIONALE A CHANGÉ DE DIMENSION
Aujourd'hui, la question se pose différemment. En multipliant les acquisitions et en élargissant son périmètre d'activité, la GOC est progressivement passée du statut de compagnie nationale relativement modeste à celui d'un groupe présent sur plusieurs maillons stratégiques de l'industrie pétrolière gabonaise. Exploration et production avec Assala. Participations pétrolières avec les anciens actifs de Tullow. Services pétroliers avec SMP. Distribution avec Gab'Oil.
Pris séparément, ces actifs racontent plusieurs histoires. Réunis, ils commencent à dessiner les contours d'un véritable groupe pétrolier intégré.
DE -1 000, À PLUSIEURS DIZAINES DE MILLIERS DE BARILS
Le changement d'échelle est spectaculaire. Avant l'acquisition d'Assala, S&P Global décrivait GOC comme un producteur de moins de 1 000 barils par jour, n'ayant jamais exploité de projet pétrolier majeur de cette dimension.
C'est précisément ce qui alimentait une partie des interrogations autour de l'opération. Depuis, le portefeuille a profondément changé.
Assala constitue évidemment le principal actif opérationnel. L'entreprise exploite six permis de production, détient une participation dans Tsiengui et dispose également de trois permis d'exploration. Elle contrôle par ailleurs des infrastructures importantes, notamment des pipelines terrestres et le terminal d'exportation de Gamba.
Mais GOC ne s'est pas arrêtée là. En juillet 2025, elle finalise pour 307 millions de dollars l'acquisition de l'ensemble des participations gabonaises de Tullow Oil. Ces actifs apportent environ 10 000 à 12 000 barils par jour supplémentaires au portefeuille contrôlé par la compagnie nationale.
Lors de l'annonce du rachat de Tullow et de SMP, les autorités estimaient que ces opérations devaient faire passer le périmètre de production associé à GOC d'environ 70 000 à 82 000 barils par jour.
Et depuis, le compteur a encore progressé. En avril 2026, Grand N'Gongui est entré en production. Le champ doit dépasser 10 000 barils par jour à son pic et bénéficie d'un programme de développement approuvé de 60 puits. Autrement dit, GOC ne s'est pas contentée d'acheter des barils existants, son principal actif opérateur continue également de développer de nouvelles capacités.
SMP, UN MAILLON MOINS VISIBLE MAIS STRATÉGIQUE
Le rachat de SMP Afrique apporte une autre dimension. Ici, il ne s'agit plus directement d'acheter de la production, mais de renforcer les capacités techniques autour de cette production. La logique présentée lors de l'acquisition était notamment de réduire certains coûts opérationnels de GOC et d'Assala, d'améliorer leur autonomie et de renforcer les compétences locales. C'est potentiellement l'une des synergies les plus importantes du nouvel ensemble.
Produire le pétrole est une chose. Disposer davantage de capacités techniques pour intervenir sur ses propres actifs en est une autre.
GAB'OIL, LA CONQUÊTE DE L'AVAL
À l'autre extrémité de la chaîne se trouve Gab'Oil. Là encore, le mouvement est visible. En 2025, trois nouvelles stations ont été mises en service. En 2026, le programme d'expansion s'est poursuivi et l'ouverture de Makokou, en août, a porté le réseau à 12 stations-service opérationnelles au Gabon. Son résultat net provisoire est passé de -9 milliards de FCFA en 2024 à -3 milliards en 2025, soit une réduction du déficit de 6 milliards. C'est une amélioration importante.
Et c'est précisément ce qui rend l'ensemble intéressant, les performances ne sont pas identiques partout, mais plusieurs indicateurs montrent une transformation simultanée du périmètre.
ASSALA + TULLOW + SMP + GAB'OIL, LA FORCE PEUT VENIR DE LA SYNERGIE
C'est probablement ici que se trouve désormais le principal enjeu pour GOC. Assala apporte l'exploitation, les réserves, les infrastructures et l'exploration. Les actifs ex-Tullow augmentent les participations de GOC dans plusieurs champs producteurs.
SMP apporte une capacité de services et d'intervention pétrolière. Gab'Oil positionne le groupe jusqu'à la distribution des produits pétroliers auprès du consommateur. Ce qui ressemblait encore récemment à plusieurs entreprises distinctes peut donc progressivement devenir une chaîne produire, développer, intervenir techniquement, commercialiser et distribuer.
Et les premiers indicateurs financiers disponibles montrent également le changement de taille de la maison mère. Le classement 500 Champions 2026 cité par GabonReview attribue à GOC 908 millions de dollars de chiffre d'affaires, soit environ 510 milliards de FCFA, et 78 millions de dollars de résultat net, avec une progression de la 353e à la 177e place du classement.
LE PROCHAIN DÉFI EST DE TRANSFORMER LA TAILLE EN PUISSANCE INDUSTRIELLE
C'est maintenant que commence probablement la partie la plus difficile. Acheter des actifs permet de changer rapidement de taille.
Construire un groupe pétrolier performant sur dix ou vingt ans demande autre chose : gouvernance, discipline financière, compétences techniques, investissements continus, maîtrise de la dette et coordination entre les différentes sociétés.
C'est sur cette capacité à créer des synergies durables entre Assala, les actifs ex-Tullow, SMP et Gab'Oil que GOC sera véritablement jugée. La comparaison avec les grands groupes publics ou fonds souverains africains peut constituer une ambition de long terme, mais les modèles économiques ne sont pas directement comparables et GOC n'a pas encore leur taille financière.
En revanche, le changement intervenu en deux ans est mesurable. La compagnie qui suscitait des interrogations sur sa capacité à administrer de grands actifs contrôle désormais un portefeuille couvrant une part beaucoup plus importante de la chaîne pétrolière gabonaise.
Hier, GOC cherchait sa place dans l'industrie pétrolière du Gabon.
Aujourd'hui, son enjeu est différent, réussir à faire fonctionner tous ces actifs comme un seul groupe.