JOURNALISTES LIBRES
Selon le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (SPIC), leur arrestation est liée à la disparition présumée des lunettes du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey. Les quatre hommes et femmes sont d’abord conduits au commissariat du 10ᵉ arrondissement de Bastos, avant d’être transférés au commissariat central n°1 de Yaoundé.
Le syndicat dénonce alors la brutalité de l’interpellation et s’interroge sur le choix de placer en garde à vue des journalistes identifiés, présents dans le cadre de leur travail.
Les lunettes retrouvées, mais la détention se poursuit
Le lendemain, un premier rebondissement intervient. Les lunettes recherchées sont retrouvées intactes dans le véhicule personnel du ministre, selon plusieurs médias camerounais. Cette découverte fragilise donc le motif initial de suspicion de vol.
Pour autant, les journalistes ne sont pas immédiatement libérés. Le dossier change d’orientation et une nouvelle suspicion est évoquée. Celle d’une
« intrusion non autorisée »
dans une réunion présentée comme tenue à huis clos. Cette nouvelle qualification permet le maintien de la garde à vue durant plusieurs jours.
Une version différente a toutefois été rapportée par le ministère. Une responsable de la cellule de communication du MINEPAT affirme que le ministre avait confié ses lunettes à un membre de son équipe avant de les retrouver quelques heures plus tard. Elle indique également que l’interpellation s’est déroulée lors d’une session à laquelle les journalistes n’étaient pas conviés.
Une mobilisation autour de la liberté de la presse
L’affaire provoque rapidement des réactions au sein de la profession. Le SPIC qualifie la détention d’« arbitraire » et d’« abusive », estimant que les journalistes ont été privés de liberté alors qu’aucun élément probant ne permettait, selon lui, de les relier à une infraction. Des organisations de défense des droits humains ont également dénoncé les conditions de l’interpellation.
L’épisode se termine donc sans poursuites contre les quatre professionnels, mais laisse derrière lui un débat plus large sur la liberté de la presse, la proportionnalité des mesures de détention et la protection des journalistes sur le terrain.
Ce qui avait commencé par la disparition présumée d’une paire de lunettes s’est ainsi transformé en une affaire médiatique nationale. Son principal enjeu dépasse désormais largement l’objet à l’origine de l’interpellation. Il porte sur les conditions dans lesquelles les journalistes peuvent exercer leur profession face aux autorités et aux forces de sécurité.