GABON : QUAND LE SUCRE IMPORTÉ MENACE LA RELANCE DE SUCAGABON
Le sucre importé prend le dessus au Gabon
Le marché gabonais du sucre fait face à un paradoxe préoccupant. Alors que le pays ambitionne de réduire sa dépendance alimentaire, les importations dépassent désormais largement la production nationale.En 2024, la production transformée par les Sucreries du Gabon, anciennement SUCAF, s’est établie à 14 640 tonnes, en recul de 21,2 %. Dans le même temps, les importations ont bondi de plus de 212 %, atteignant 22 074 tonnes.Autrement dit, le Gabon achète aujourd’hui davantage de sucre à l’étranger qu’il n’en produit sur son propre territoire.
Une relance industrielle déjà fragilisée
Cette situation intervient seulement deux ans après la reprise de l’ancienne SUCAF par l’investisseur turc MFB. L’entreprise avait pourtant engagé plusieurs investissements destinés à moderniser ses équipements et à relancer la production nationale.
En 2024, plus de 5,3 milliards de francs CFA auraient ainsi été investis. Les effectifs sont également passés de 421 à 552 salariés. Mais ces efforts n’ont pas encore permis à la production locale de retrouver une place dominante sur le marché.Lors d’une rencontre organisée le 28 août 2026 à Franceville avec le gouverneur du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga, la direction de SUCAGABON a alerté sur une situation financière particulièrement difficile.
Produire local, mais pour quel marché ?
Le problème ne réside pas uniquement dans la quantité produite. Pour survivre, SUCAGABON doit également pouvoir écouler son sucre face à des produits importés parfois plus compétitifs.
Les ventes de l’entreprise ont reculé de 31,5 %, pour s’établir à environ 20 250 tonnes. Cette baisse complique la rentabilisation des investissements et pourrait, à terme, menacer les emplois liés à cette filière stratégique.La situation pose donc une question essentielle : comment encourager les investissements dans la production locale si le marché national reste largement ouvert aux importations ?
Un équilibre délicat pour l’État
SUCAGABON réclame une protection renforcée des pouvoirs publics. Mais une restriction brutale des importations pourrait provoquer une pénurie ou une hausse des prix, alors que les besoins du marché gabonais sont estimés à près de 40 000 tonnes par an.
Le gouvernement devra donc trouver un équilibre entre trois priorités protéger l’industrie nationale, préserver le pouvoir d’achat des ménages et garantir un approvisionnement suffisant.
Au-delà du sucre, ce dossier constitue un véritable test pour la politique de souveraineté alimentaire du Gabon. Produire localement ne suffit pas : encore faut-il permettre aux entreprises nationales de devenir compétitives et de trouver leur place sur leur propre marché.