MALABO DÉMENT TOUT PUTSCH
Malabo réfute en bloc
Teodoro Nguema Obiang Mangue n’en démords pas. Pour le vice-président équato-guinéen, les informations publiées par Jeune Afrique le 4 septembre 2026 ne reposent sur aucun fait établi.
« Je démens catégoriquement l'information publiée par Jeune Afrique concernant une prétendue tentative de coup d'État en Guinée équatoriale. Elle est totalement fausse »
affirme le numéro deux du pouvoir de Malabo.
Le responsable gouvernemental conteste notamment l’existence d’alertes étrangères ayant permis aux autorités de découvrir un projet de renversement du régime. Selon lui, aucun renseignement provenant de la Russie, des États-Unis, de la Chine ou d’un autre État n’aurait signalé un tel scénario.
Même démenti concernant le port de Bata. Le vice-président nie qu’un conteneur rempli d’armes y ait été intercepté dans le cadre d’une opération visant les autorités.
« Tampoco se ha incautado ningún contenedor de armas en el puerto de Bata »
assure-t-il.
Pour le pouvoir, la situation demeure sous contrôle.
« La Guinée équatoriale est calme et ses institutions fonctionnent en toute normalité »
soutient encore Teodoro Nguema Obiang Mangue.
Jeune Afrique maintient sa version
Face à cette contestation, Jeune Afrique maintient cependant le récit publié dans ses colonnes. Selon le magazine, les autorités équato-guinéennes auraient découvert un projet de coup de force après avoir reçu des informations des services russes.
Le scénario présenté par la publication remonterait à la fin du mois de juin dernier. Un conteneur contenant des armes aurait alors été intercepté dans le port de Bata. Les renseignements russes auraient prévenu Malabo de son arrivée depuis l’Europe.
L’affaire prend une dimension politique supplémentaire avec la mise en cause présumée de membres de la Coalition de l’Opposition pour la Restauration d’un État Démocratique, la CORED. Parmi les noms évoqués figure celui de Filiberto Manale Andem.
Ces accusations restent toutefois fermement contestées par les personnes et structures mises en cause.
Une bataille de versions
La polémique prend rapidement l’allure d’un véritable affrontement médiatique. Le gouvernement équato-guinéen considère que l’article diffuse une image artificiellement dégradée de la stabilité du pays.
Dans un communiqué, les autorités dénoncent des
« accusations d'une extrême gravité »
qui, selon elles, ne seraient accompagnées d’aucun élément
« objectif, vérifiable et suffisant ».
Le pouvoir reproche également au magazine de s’appuyer sur des
« sources anonymes »
afin de bâtir un récit présenté comme destiné à faire croire à une déstabilisation politique.
Malabo réclame donc une
« rectification immédiate, publique, expresse et claire »
et menace d’engager des
« actions judiciaires et légales ».
Dans cette guerre des récits, le démenti officiel constitue un pavé dans la mare. Il ne clôt pourtant pas la controverse. Il la déplace sur le terrain de la crédibilité des sources et de la vérification des faits.
La charge contre Jeune Afrique
Teodoro Nguema Obiang Mangue va plus loin que le simple démenti factuel. Il s’en prend directement au traitement médiatique de la Guinée équatoriale par Jeune Afrique.
Il accuse le magazine de multiplier les controverses autour du pays et dénonce ce qu’il considère comme une dérive éditoriale.
« Jeune Afrique se transforme en un disque rayé lorsqu'il s'agit de la Guinée équatoriale. Il semble avoir un besoin permanent de fabriquer des polémiques et des conspirations »
affirme-t-il.
Puis le vice-président durcit encore le ton.
« Ce n'est pas du journalisme sérieux, c'est de la presse bon marché ».
Dans ce contexte, évoquer des affabulations ou un article mensonger relève de la bataille sémantique engagée entre les autorités et la publication. Mais ces qualifications ne permettent pas, à elles seules, d’établir ce qui s’est réellement produit.
L’opposition rejette toute implication
La CORED, elle aussi citée dans le récit du magazine, réfute les accusations qui la viseraient. Ses responsables dénoncent une tentative du régime de les discréditer et rejettent toute participation à une entreprise de renversement du pouvoir.
Trois récits s’opposent donc désormais. Celui de Jeune Afrique, celui des autorités de Malabo et celui de l’opposition. À ce stade, les éléments publiquement vérifiables ne permettent pas de trancher définitivement entre ces versions.
Cette incertitude est d’autant plus sensible que la Guinée équatoriale possède une histoire politique marquée par les tentatives de déstabilisation.
Le spectre des anciens complots
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dirige le pays depuis 1979, après avoir renversé son oncle Francisco Macías Nguema. Depuis, plusieurs affaires de putsch présumé ont marqué l’histoire récente du pays.
En 2004, Simon Mann, ancien membre des forces spéciales britanniques, avait été arrêté au Zimbabwe avec d’autres hommes dans une affaire liée à un projet présumé contre le régime de Malabo.
Une autre tentative présumée avait été annoncée en décembre 2017 à la frontière camerounaise. Des ressortissants de plusieurs pays d’Afrique centrale avaient alors été présentés comme impliqués.
Ce passé explique pourquoi toute information évoquant un coup de force provoque immédiatement une forte onde de choc à Malabo.
La Russie, élément central de la controverse
Le rôle attribué à Moscou constitue l’un des points les plus sensibles du dossier. Depuis plusieurs années, la Russie cherche à renforcer ses relations sécuritaires avec plusieurs États africains, dont la Guinée équatoriale.
Selon le récit de Jeune Afrique, des éléments russes auraient contribué à détecter le projet présumé grâce à des informations issues de communications interceptées.
Malabo rejette précisément cette version. C’est là que se situe l’un des principaux nœuds de la controverse. Une information présentée comme déterminante par une source médiatique est explicitement contestée par le pouvoir qu’elle concerne.
Une affaire encore loin d’être tranchée
Pour l’heure, aucune des versions contradictoires ne semble avoir définitivement clos le débat. Jeune Afrique maintient ses informations, le gouvernement équato-guinéen les rejette et annonce envisager des poursuites.