NIGER : L'OMBRE DU TCHAD
Diffusée sur la télévision nationale Sahel RTN puis relayée sur les réseaux sociaux, sa déclaration apporte surtout le récit d’un officier qui affirme avoir été réveillé par des tirs avant de participer aux opérations de sécurisation de son camp. Mais elle contient également des accusations particulièrement sensibles. Le militaire évoque de possibles soutiens extérieurs aux éléments engagés à la base 101 et cite notamment le Tchad, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la France et la CEDEAO.
Ces affirmations, qui nécessitent d’être vérifiées et confrontées à d’autres sources, donnent une nouvelle dimension à cette affaire.
« Je n'ai pas participé à l'action »
Dès le début de son intervention, le capitaine Roger Gabriel tient à préciser qu’il n’était pas directement impliqué dans l’action initiale. Selon son récit, il se trouvait à son domicile lorsque les premiers coups de feu ont éclaté.
« Je suis le capitaine Roger Gabriel, né le 25 décembre 1994 à Niamey, fils de Sean Gabriel et de Watenikman Alusaymi »
déclare-t-il avant de présenter son parcours militaire et sa situation familiale.
L’officier explique ensuite.
« Sur mon implication dans les événements survenus la nuit du 28 au 29 août 2026 à la base 101, je n'ai pas participé à l'action qui s'est passée. »
Réveillé par les tirs, il affirme avoir immédiatement pris contact avec son commandant de bataillon. Son premier réflexe aurait été de transmettre l’information et de se préparer à une éventuelle menace terroriste.
« J'étais à mon domicile lorsque j'ai été réveillé par les tirs venant de la base 101 »
raconte-t-il. Après avoir rendu compte à sa hiérarchie, il aurait reçu pour mission de faire armer ses hommes et de protéger le Camp Bagaji.
La sécurisation du deuxième pont
Le capitaine poursuit son récit en expliquant que sa compagnie a d’abord sécurisé le camp avant de recevoir l’ordre de se positionner au deuxième pont.
« Après la perception de l'armement, nous avons sécurisé le Camp Bagaji et ensuite reçu l'ordre du Comzone d'aller sécuriser le deuxième pont »
affirme-t-il.
De retour de cette position, ses hommes auraient signalé le déplacement de la garde présidentielle en direction de la base aérienne. Cherchant à comprendre la situation, Roger Gabriel dit avoir contacté plusieurs officiers.
« Le capitaine Mekibi m'a expliqué la situation et nous a donné conduite à tenir »
rapporte-t-il.
Selon son témoignage, les instructions étaient alors de maintenir la position stratégique du deuxième pont dans l’attente de renforts de la garde nationale.
Le basculement d'une opération supposée terroriste
Le récit du militaire prend ensuite une autre tournure. Plusieurs officiers du BSR COS auraient contacté sa compagnie pour demander un renfort en pleine nuit.
« Un peu plus tard dans la nuit, j'ai été appelé par plusieurs officiers du BSR COS qui étaient en ce moment en train de prendre la base aérienne »
affirme Roger Gabriel.
Il cite notamment le capitaine Kader, le capitaine Nasser Neyoussa, le capitaine Abdel Fattah et le commandant Meherti.
Mais la compagnie aurait finalement refusé d’intervenir après avoir appris la véritable nature des affrontements.
« Le commandant de bataillon nous a confirmé qu'il s'agissait bien d'un affrontement entre le BSR COS et la garde présidentielle »
explique-t-il.
Le capitaine ajoute.
« Donc à partir de ce moment, nous avons repoussé intelligemment toutes les propositions faites par le BSR COS de les renforcer. »
Cette séquence constitue l’un des éléments centraux de son témoignage : ce qui avait initialement été interprété comme une possible attaque terroriste aurait, selon lui, révélé un affrontement interne entre forces nigériennes.
Le Tchad au cœur des accusations
C’est au petit matin que le témoignage prend une dimension internationale. Roger Gabriel affirme avoir reçu un appel d’un officier tchadien, le colonel Hassan Adam.
« Il m'a ensuite rappelé une deuxième fois pour m'expliquer qu'une intervention serait en cours à partir de leur pays, piloté par leurs autorités et les forces spéciales françaises pour venir en soutien à ceux qui ont pris la base 101 »
soutient-il.
Une accusation lourde, qui met directement en cause, selon ce récit, des responsables tchadiens ainsi que des forces françaises. À ce stade, ces affirmations restent celles du capitaine et ne constituent pas, à elles seules, une confirmation indépendante d’une intervention militaire étrangère.
Bazoum et les contacts évoqués
Roger Gabriel affirme également avoir reçu des appels de membres de la famille de l’ancien président Mohamed Bazoum, notamment Zazia et Salim.
« J'ai ensuite reçu un appel des membres de la famille de l'ancien président Bazoum, dont Zazia et Salim, qui m'ont demandé la situation »
raconte-t-il.
Selon lui, ses interlocuteurs auraient évoqué une possible mobilisation du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de forces spéciales françaises.
« Ils parlaient notamment du président béninois qui était en déplacement vers la Côte d'Ivoire et qui est revenu au Bénin pour mettre en place une cellule de crise »
poursuit-il.
Le militaire affirme également que ses interlocuteurs lui auraient parlé d’un accord de la CEDEAO permettant une éventuelle intervention.
« Ils disaient également avoir tous les feux verts et accords au niveau de la CEDEAO pour intervenir »
déclare-t-il.
Ces propos, particulièrement sensibles sur le plan diplomatique, demanderaient là encore des éléments de corroboration.
Des appels venus de plusieurs pays
Le capitaine dit avoir ensuite reçu plusieurs appels provenant de France, de Dubaï et de Belgique, auxquels il affirme ne pas avoir répondu. Il évoque aussi des échanges sur WhatsApp avec plusieurs personnes.
« Ensuite, j'ai reçu des messages sur WhatsApp de M. Hamid Ngadé me demandant la situation et assurant que les partenaires français étaient prêts à intervenir »
affirme-t-il.
Il dit également avoir reçu un message du colonel Seydina, qui cherchait à savoir si des combattants tenaient encore certaines positions et avaient besoin de soutien.
« Il y a également le colonel Seydina qui m'a écrit un message pour me demander s'il y avait encore des gens qui tenaient et qui avaient besoin d'un appui »
rapporte l’officier.
Dans son récit, le dernier contact présenté comme significatif serait celui du chef d’état-major de l’armée de l’air du Tchad.
« En dernier, j'ai reçu un message du chef d'état-major de l'armée de l'air du Tchad qui assurait qu'ils allaient faire une intervention »
affirme-t-il.
Un récit désormais soumis à vérification
Au terme de son intervention, Roger Gabriel assure avoir transmis ces différents éléments à sa hiérarchie.
« C'est la totalité des appels que j'ai reçus et les faits que je viens de décider ont fait de ma part l'objet d'un compte rendu à ma hiérarchie »
conclut-il.
Ce témoignage jette ainsi un pavé dans la mare et pourrait créer de nouveaux remous autour des événements de Niamey. S’il apporte un éclairage sur les mouvements de certaines unités et sur les communications reçues par l’officier, il soulève surtout de nombreuses questions sur une éventuelle implication extérieure.
La prudence reste toutefois de mise. Les accusations visant le Tchad, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la France et la CEDEAO sont rapportées ici comme des déclarations du capitaine Roger Gabriel. Leur véracité et la nature exacte des contacts évoqués devront être établies par des éléments indépendants.