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EXCISION AU MALI, LE TÉMOIGNAGE CHOC D’UN GYNÉCOLOGUE RELANCE LA POLÉMIQUE

EXCISION AU MALI, LE TÉMOIGNAGE CHOC D’UN GYNÉCOLOGUE RELANCE LA POLÉMIQUE
Peut-on encore justifier l’excision au nom de la chasteté ? Au Mali, cette question ravive une polémique qui oppose défenseurs des traditions, professionnels de santé et militants des droits des femmes.

Une nouvelle controverse autour de l’excision alimente les débats au Mali. Sur les réseaux sociaux, plusieurs prises de parole en faveur de cette pratique, présentée par certains comme un moyen de préserver la chasteté des jeunes filles, ont suscité de nombreuses réactions. Face à ces discours, des professionnels de santé et des défenseurs des droits des femmes rappellent les conséquences parfois irréversibles des mutilations génitales féminines (MGF). Au-delà de la dimension culturelle ou religieuse régulièrement invoquée dans le débat, les spécialistes insistent sur une réalité médicale : l’excision peut exposer les filles et les femmes à des complications immédiates ou à long terme, notamment lors des rapports sexuels, des menstruations, des grossesses et des accouchements.


Un témoignage médical qui relance l’alerte


Parmi les voix qui se sont élevées contre la banalisation de cette pratique figure celle du Pr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue-obstétricien et ancien ministre burkinabè de la Santé.
Fort de son expérience médicale, le praticien a livré un témoignage particulièrement marquant sur les complications qu’il a rencontrées au cours de sa carrière. Il rapporte notamment le cas d’une femme dont les importantes séquelles cicatricielles liées à l’excision avaient fortement compromis l’accouchement.


La situation aurait évolué vers une complication obstétricale extrêmement grave, le nouveau-né ayant provoqué des lésions importantes du périnée et du rectum sous l’effet des contractions. Un exemple qui, selon le médecin, montre que les conséquences des mutilations génitales féminines ne s’arrêtent pas au moment de l’intervention.


Des séquelles qui peuvent accompagner les femmes toute leur vie


L’une des difficultés du débat sur l’excision réside dans le fait que ses conséquences ne sont pas toujours immédiatement visibles. Certaines complications peuvent apparaître plusieurs années après la mutilation. Douleurs chroniques, infections, hémorragies, difficultés urinaires, complications menstruelles, douleurs lors des rapports sexuels ou encore traumatismes psychologiques figurent parmi les problèmes susceptibles d’être associés aux MGF.


Les conséquences peuvent également devenir particulièrement préoccupantes pendant la grossesse et l’accouchement. Les tissus cicatriciels peuvent compliquer l’ouverture du canal génital et augmenter le risque de déchirures ou d’autres complications obstétricales.
C’est dans ce contexte que le Pr Ouédraogo qualifie les mutilations génitales féminines de facteur susceptible d’aggraver les risques liés à la maternité. Pour lui, réduire la question de l’excision à la seule préservation de la chasteté revient à occulter une partie essentielle du problème : la santé et l’intégrité physique des femmes concernées.


Au Mali, une pratique profondément enracinée


Le Mali demeure l’un des pays d’Afrique de l’Ouest où les mutilations génitales féminines restent largement répandues. Selon les données généralement citées sur le sujet, près de neuf femmes sur dix y auraient subi une forme d’excision.
Cette forte prévalence témoigne de l’ancrage de la pratique dans certaines communautés. Dans plusieurs milieux, l’excision est associée à des normes sociales, à l’éducation des filles, au mariage ou encore à une conception traditionnelle de la pudeur et de la sexualité féminine.
Pour certaines familles, ne pas faire exciser une fille peut encore être perçu comme une rupture avec les normes communautaires. La pression sociale joue ainsi un rôle important dans la perpétuation de la pratique, parfois même lorsque les risques sanitaires sont connus.


Une question située au croisement de la tradition et de la santé publique


La polémique actuelle dépasse donc la seule question de l’excision. Elle met en confrontation plusieurs visions de la société : d’un côté, ceux qui défendent une pratique considérée comme traditionnelle et liée à certaines valeurs morales ; de l’autre, les professionnels de santé et les organisations de défense des droits humains qui mettent en avant le principe d’intégrité physique.
L’argument de la chasteté est particulièrement contesté par les spécialistes. Selon eux, une intervention sur les organes génitaux d’une enfant ou d’une adolescente ne constitue pas une réponse médicale aux comportements sexuels et ne permet pas, à elle seule, de garantir la fidélité ou l’abstinence.
Le débat pose également la question du consentement. Dans la majorité des cas, les filles concernées sont mineures et ne sont pas en mesure de prendre une décision libre et éclairée concernant une intervention susceptible d’avoir des conséquences durables sur leur corps.


Le défi de la prévention


Face à l’ampleur du phénomène, la lutte contre les MGF ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la dénonciation. Elle suppose également un important travail de sensibilisation auprès des familles, des communautés, des leaders religieux et traditionnels, mais aussi des professionnels de santé.
L’enjeu consiste notamment à mieux faire connaître les complications médicales, à déconstruire certaines croyances et à offrir aux femmes déjà excisées un accès adapté aux soins.
La question de l’excision demeure ainsi un sujet particulièrement sensible au Mali. Entre traditions sociales, convictions religieuses, autonomie des femmes et impératifs de santé publique, le débat est loin d’être clos. Mais les témoignages de praticiens comme celui du Pr Charlemagne Ouédraogo rappellent une évidence : derrière les controverses et les prises de position publiques se trouvent des femmes et des filles susceptibles de vivre, parfois pendant des décennies, avec les conséquences d’une intervention qu’elles n’ont pas toujours choisie.

Par ANGUE

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