ALI BONGO RENONCE À DES ÉLECTIONS QUI SEMBLENT DÉJÀ AVOIR RENONCÉ À LUI
Une annonce solennelle qui ne manque pas d’ironie au regard de la manière dont son parcours à la tête de l’État s’est brutalement interrompu.
Car Ali Bongo ne s’est pas retiré du pouvoir après avoir choisi de passer le témoin. Son régime a été renversé par le coup d’État militaire du 30 août 2023, quelques heures après l’annonce officielle de sa réélection à la présidentielle. Le pouvoir est alors passé aux militaires conduits par Brice Clotaire Oligui Nguema.
Près de trois ans plus tard, l’ancien chef de l’État présente donc son absence d’ambition électorale comme un choix personnel "Pour ma part, j’ai fait le choix de continuer à servir autrement. Je ne solliciterai plus de mandat électif."
La formule pourrait presque prêter à sourire tant les circonstances ont déjà largement tranché la question à sa place. Ali Bongo semble annoncer qu’il ferme lui-même une porte que l’histoire politique récente du Gabon avait déjà violemment refermée derrière lui.
Mais derrière cette phrase se trouve un message politique plus subtil. Ali Bongo affirme ne pas vouloir disparaître totalement de la vie publique. Il explique que renoncer à exercer le pouvoir ne signifie ni abandonner ses convictions ni devenir indifférent au destin du Gabon. Surtout, il se présente dans son message comme président du Parti démocratique gabonais (PDG) et affirme vouloir consacrer son énergie à la reconstruction de cette formation qui a dominé la vie politique gabonaise pendant plusieurs décennies.
L’ancien président veut désormais transmettre, conseiller et préparer une nouvelle génération de responsables. Il reconnaît même la nécessité pour le PDG de se renouveler profondément et appelle au respect des institutions, du choix du peuple ainsi qu’à l’émergence d’une opposition responsable et d’une alternative crédible.
Le contraste est saisissant pour celui dont la famille et le parti ont incarné le pouvoir gabonais pendant plus d’un demi-siècle.
Ali Bongo cherche ainsi à transformer une sortie de pouvoir qu’il n’avait pas choisie en retrait politique assumé. Une manière, peut-être, de reprendre symboliquement la maîtrise du récit de sa propre histoire.
Il affirme aujourd’hui qu’il ne sollicitera plus de mandat. Mais depuis le 30 août 2023, la véritable question n’était probablement plus de savoir s’il voulait encore du pouvoir, mais si le nouveau Gabon était encore disposé à le lui confier.