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PRÊT POUR LE LAC

PRÊT POUR LE LAC
Paul Biya valide 4,1 milliards FCFA pour réhabiliter le lac municipal.

Le projet de réhabilitation et de valorisation touristique du lac municipal de Yaoundé est relancé. Par un décret signé le 22 juillet 2026, le président Paul Biya a donné son feu vert à la conclusion d'une nouvelle combinaison de prêts avec Deutsche Bank Espagne, pour un montant d'environ 4,1 milliards de FCFA. Cette autorisation permet au ministre de l'Économie de finaliser les accords de financement destinés à couvrir les travaux supplémentaires de la première phase du projet, consacrée à la valorisation touristique et économique du lac ainsi qu'à l'aménagement de la vallée de la Mingoa.


Cette décision revêt une importance capitale pour un chantier lancé il y a plus d'une décennie, mais ralenti par des difficultés financières, des lenteurs administratives et plusieurs reports successifs.


Une autorisation pour débloquer le financement


Le décret présidentiel ne signifie pas un décaissement immédiat des fonds. Il constitue toutefois une étape indispensable puisqu'il autorise la signature des conventions de financement exigées par l'établissement bancaire avant toute mise à disposition des ressources.


Cette enveloppe supplémentaire répond à un besoin de financement estimé à 4,06 milliards de FCFA. Lors de la présentation du budget 2026 devant l'Assemblée nationale, le ministère de l'Habitat et du Développement urbain avait expliqué que cette insuffisance financière empêchait la poursuite d'une tranche intermédiaire des travaux.


En attendant la mobilisation de ces ressources, les interventions sur le terrain sont restées limitées. Les opérations engagées se sont essentiellement concentrées sur la construction d'une clôture destinée à sécuriser le site, tandis que les autres aménagements demeuraient suspendus.


Le nouveau financement pourrait désormais mettre en branle la reprise des activités, même si celle-ci reste conditionnée à la finalisation des accords, au respect des procédures de décaissement et à la disponibilité effective des fonds.


Un choix en faveur de l'endettement extérieur


Le recours à ce nouvel emprunt intervient pourtant après des réserves formulées par le Comité national de la dette publique. L'instance estimait qu'un financement extérieur supplémentaire était peu pertinent au regard du montant recherché, considérant que l'État disposait de la capacité de mobiliser cette somme sur ses propres ressources.


Faute d'allocation budgétaire suffisante, cette option n'a finalement pas permis de poursuivre le chantier. Le gouvernement revient donc vers une solution déjà utilisée depuis le lancement du projet en sollicitant une nouvelle ligne de crédit auprès de Deutsche Bank Espagne.


Tous les ingrédients sont réunis pour permettre une reprise des travaux, mais la concrétisation de cette nouvelle étape dépendra désormais de la rapidité avec laquelle les ressources seront effectivement décaissées.


Près de 38 milliards de FCFA mobilisés depuis 2016


Le projet du lac municipal bénéficie depuis plusieurs années de financements successifs accordés par Deutsche Bank.


En septembre 2016, deux conventions d'un montant global d'environ 21 milliards de FCFA avaient permis de lancer la première phase des travaux. Trois ans plus tard, en novembre 2019, deux nouveaux financements avaient été autorisés pour un montant total de 12,6 milliards de FCFA, répartis entre un crédit-acheteur de 9,03 milliards de FCFA et un crédit commercial de 3,6 milliards.


Avec les 4,1 milliards de FCFA désormais autorisés, les financements mobilisés ou programmés atteignent près de 37,7 milliards de FCFA. Ce montant prend en compte les conventions de 2016, les financements complémentaires de 2019 ainsi que l'autorisation présidentielle de juillet 2026, sans additionner certaines contreparties ou montages financiers déjà intégrés dans les précédents dispositifs.


Un projet ambitieux pour transformer le cœur de Yaoundé


Le chantier ambitionne de transformer durablement le lac municipal en un véritable pôle touristique, économique et de loisirs.


Le programme prévoit la dépollution et l'assainissement du plan d'eau, l'aménagement des berges, la création d'une voie de ceinture ainsi que l'installation d'équipements destinés aux sports nautiques. Des espaces de restauration, des commerces, des infrastructures de loisirs et, à terme, des établissements hôteliers doivent également voir le jour.


Les autorités tablent sur la création d'environ 2 000 emplois directs et de 3 000 emplois indirects grâce à cette opération d'aménagement urbain.


Une partie des infrastructures est déjà sortie de terre. Un restaurant, des installations d'éclairage public ainsi que plusieurs aménagements paysagers ont été réalisés. En 2023, la première phase était présentée comme exécutée à près de 90 %, avec des travaux menés jusque dans les moindres détails sur certains ouvrages déjà livrés.


Plus de dix ans de retards


Malgré ces avancées, le projet continue d'accumuler les retards. Les premiers financements remontent à 2015 et la livraison initiale était attendue dès 2018.


L'entreprise espagnole Elecnor, adjudicataire du marché depuis le 17 juillet 2020, disposait d'un délai contractuel de 36 mois pour exécuter les travaux. Ce calendrier est aujourd'hui largement dépassé.


Une incertitude subsiste également sur le périmètre exact des travaux concernés par les 4,1 milliards de FCFA. Le décret évoque des travaux supplémentaires de la phase 1, alors que les précédentes communications faisaient état d'une première phase quasiment achevée et associaient ce besoin financier à une tranche intermédiaire, voire au démarrage d'un nouveau segment comprenant notamment deux restaurants supplémentaires, un centre nautique, des aires de jeux et l'aménagement des abords du petit lac.


La deuxième phase, beaucoup plus ambitieuse, prévoit l'aménagement de l'ensemble de la vallée de la Mingoa sur près de 250 hectares. Réalisée sous la forme d'un partenariat public-privé, elle doit intégrer des logements, de nouveaux bâtiments administratifs ainsi que diverses infrastructures urbaines.


Après plus de dix années de reports, l'enjeu est de taille. Si les derniers obstacles ont été levés sur le plan administratif avec cette nouvelle autorisation présidentielle, il ne fait plus l'ombre d'un doute que le véritable test résidera dans le décaissement effectif des financements, la reprise visible des travaux et l'achèvement d'un projet appelé à redessiner durablement le visage du lac municipal de Yaoundé.

Par Pamphil

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