SETRAG ET LA GOUVERNANCE DES GRANDES ENTREPRISES AU CŒUR DU DÉBAT SUR LA VALORISATION DES COMPÉTENCES GABONAISES
Formation professionnelle, réforme du cadre bancaire, appels répétés à une meilleure intégration des Gabonais dans les postes à responsabilité, cette orientation, déclinée à travers plusieurs décisions du Conseil des ministres, s'impose progressivement comme une ligne directrice de la gouvernance économique du pays. La situation observée au sein de la Société d'Exploitation du Transgabonais (SETRAG) vient aujourd'hui alimenter ce débat de fond.
Un déséquilibre qui interroge
Selon les informations relayées ces derniers jours, sur les dix-sept postes de direction que compte la SETRAG, les fonctions les plus stratégiques et les mieux rémunérées finances, achats, infrastructure ferroviaire, sécurité, informatique, matériel roulant seraient occupées majoritairement par des ressortissants français. Une répartition qui, si elle se confirme poste par poste, interpelle dans un contexte où le chômage des jeunes diplômés gabonais demeure une préoccupation sociale majeure.
La SETRAG n'est pas une entreprise anodine dans le paysage économique national. Seule voie ferrée du pays sur 669 kilomètres, elle relie Owendo à Franceville et constitue le principal canal d'acheminement du manganèse, ressource stratégique de l'économie gabonaise, vers le port. Son capital est détenu à 91% par des intérêts français 51% par la Comilog, filiale du groupe Eramet, et 40% par le fonds Meridiam contre 9% pour l'État gabonais. Une structure actionnariale qui, pour de nombreux observateurs, éclaire en partie la composition de son encadrement dirigeant.
Un cas qui résonne avec la vision présidentielle
Pour les soutiens du Chef de l'État, cette réalité renforce la pertinence de sa vision une plus grande responsabilisation des cadres nationaux, un transfert effectif des compétences vers les Gabonais, et une meilleure captation par le pays des opportunités économiques que génèrent les grandes entreprises opérant sur son sol. Cette lecture s'inscrit dans la continuité de décisions déjà actées par l'exécutif le Conseil des ministres a par exemple récemment réservé la fonction de Directeur général des établissements bancaires et de microfinance aux seules personnes de nationalité gabonaise, sauf dérogation exceptionnelle accordée par le Comité National Économique et Financier.
Le précédent de la SETRAG elle-même illustre que cette dynamique n'est pas nouvelle, la nomination en 2020 de Christian Magni, cadre gabonais, à la Direction générale de l'entreprise en remplacement d'un dirigeant étranger avait déjà été présentée à l'époque comme une étape de "gabonisation" de la structure. Cinq ans plus tard, le débat porte désormais sur l'ensemble de la chaîne de direction, et non plus sur le seul poste de DG.
Une orientation assumée dans un cadre pacifique
Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema affirme vouloir conduire cette transformation dans un esprit de paix, de dialogue et de réforme écartant toute logique de rupture brutale avec les partenaires économiques historiques du Gabon, au premier rang desquels la France. L'objectif affiché est de faire de la préférence nationale en matière de compétences un véritable levier de développement économique, sans pour autant fragiliser les investissements étrangers dont dépendent des secteurs entiers de l'économie gabonaise, à commencer par le secteur minier et ferroviaire.
Cette approche graduelle et négociée tranche avec les scénarios de nationalisation plus radicaux observés ailleurs sur le continent. Elle repose sur l'idée d'un rééquilibrage progressif maintien des partenariats stratégiques avec les groupes étrangers, mais montée en puissance simultanée des cadres gabonais, notamment via des politiques de transfert de compétences et de formation interne au sein des entreprises concernées.
Un dossier à suivre
Reste à savoir si ce débat se traduira, dans les prochains mois, par des mesures concrètes applicables à des entreprises comme la SETRAG, à l'image de ce qui a déjà été engagé dans le secteur bancaire. Les prochaines décisions du Conseil des ministres, ainsi que d'éventuelles prises de position officielles sur ce dossier précis, permettront de mesurer la portée réelle de cette volonté de changement de paradigme dans la gouvernance des grandes entreprises opérant au Gabon.