RELIGIONS POUR LA PAIX
Pour les responsables religieux, le bien-fondé de cette initiative repose sur la nécessité de créer un cadre où les différentes sensibilités politiques pourront s'asseoir à la même table afin de rechercher des solutions durables aux crises qui secouent le pays. Dans un contexte marqué par l'insécurité persistante dans l'Est et les tensions politiques internes, le dialogue est présenté comme une étape essentielle pour mettre en avant les intérêts supérieurs de la nation.
« Dès lors que cette option est levée d’aller à un dialogue inclusif entre fils et filles du Congo, c’est à nous tous, ceux qui sont au pouvoir, tout comme dans l’opposition, de nous inscrire dans cette dynamique pour que cette initiative puisse aller de l’avant, porter des fruits pour que tous les fils et filles du Congo puissent vivre, enfin, en paix, dès lors que le motif d’agression de notre pays sera aussi enlevé »
a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo.
Les confessions religieuses s'engagent dans le processus
À l'issue de cette rencontre avec le chef de l'État, la Conférence nationale épiscopale du Congo (CENCO), l'Église du Christ au Congo (ECC), l'Église de Réveil au Congo (ERC) ainsi que les représentants de la communauté musulmane ont accepté d'accompagner les autorités dans la réussite de ce dialogue.
Les modalités de cette initiative seront précisées
« chemin faisant »
tandis qu'une feuille de route devrait être rendue publique dans les prochains jours, selon des sources proches du dossier. Les confessions religieuses, qui occupent depuis plusieurs années une figure emblématique dans les efforts de médiation en RDC, entendent ainsi redonner ses lettres de noblesse au dialogue politique comme instrument de résolution des crises.
Des divergences qui persistent
L'annonce présidentielle intervient alors que cette idée de dialogue n'est pas nouvelle. Dès la fin du mois de janvier, lors de son échange de vœux avec le corps diplomatique accrédité à Kinshasa, Félix Tshisekedi s'était déjà prononcé en faveur d'un dialogue national inclusif. Il avait toutefois exclu toute participation des rebelles de l'AFC-M23, tout en souhaitant que les discussions se tiennent à Kinshasa sous l'autorité des institutions issues des élections.
Ces conditions avaient été rejetées par une partie de l'opposition, qui estimait qu'il serait difficile d'aborder la crise sécuritaire sans prendre en compte l'ensemble des acteurs impliqués. Au fil des mois, plusieurs appels du pied en faveur d'un dialogue plus large ont été observés dans le paysage politique congolais, sans pour autant déboucher sur un consensus.
Lors de sa conférence de presse du mois de mai, le président congolais avait d'ailleurs rappelé que le dialogue ne suffirait pas, à lui seul, à obtenir le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Une dynamique encore fragile
Malgré cette nouvelle ouverture, le climat politique demeure tendu. Les opposants réunis au sein de la plateforme C64 maintiennent leur marche pacifique prévue le 22 juillet afin d'exiger la démission du chef de l'État, qu'ils accusent d'avoir violé son serment constitutionnel après avoir évoqué une possible révision de la Constitution de 2006.
Si l'annonce présidentielle constitue une avancée, elle ne représente pas une carte blanche accordée aux différents acteurs. La réussite du processus dépendra de la capacité de chacun à privilégier le dialogue, à dépasser les antagonismes politiques et à faire de la paix un objectif commun au service de l'ensemble de la nation.