JOSEPH KABILA S’OPPOSE À LA RÉVISION
Les masques tombent à Kinshasa
Pour quiconque observe la politique kinoise avec un peu de bouteille, le feuilleton de la révision constitutionnelle n'est pas une surprise. Mais cette fois, le débat quitte le terrain des simples ballons d'essai médiatiques pour entrer dans le dur du processus législatif. Kabila le souligne avec la froide lucidité de celui qui connaît les rouages de l'État : le vote de la loi référendaire par la chambre basse du Parlement change radicalement la donne.
L’ancien chef de l’État met les points sur les « i » et refuse que l'on noie le poisson dans la rhétorique politicienne habituelle. Ses mots sont ciselés.
« Par sa voix la plus autorisée, puis à travers l’adoption de la loi référendaire à l’Assemblée nationale, le pouvoir vient de lever toute ambiguïté sur ses véritables intentions. il entend changer la Constitution, expression suprême du pacte républicain qui unit les diverses composantes de la Nation congolaise, et qui constitue le fondement même de notre vivre-ensemble. Il ne s’agit donc pas d’allégations, de rumeurs ou de suppositions. Il ne s’agit pas non plus d’accusations formulées par l’opposition pour discréditer le régime, comme ce fut le cas en 2015 et en 2016. Nous sommes plutôt face à un choix politique assumé, revendiqué et publiquement défendu par ceux qui exercent le pouvoir ».
Le miroir de l'histoire et le reniement du serment
En évoquant les années 2015 et 2016, Kabila manie une ironie piquante que les vieux briscards de la politique comprendront immédiatement. À l'époque, c'était lui que l'on soupçonnait de vouloir réécrire la loi fondamentale pour se maintenir au pouvoir. Aujourd'hui, les rôles sont inversés. Le pouvoir actuel, autrefois dans la rue pour défendre la Constitution de 2006, se retrouve dans la posture du tailleur qui veut retoucher le costume présidentiel à sa guise.
Mais la charge de l'ancien président ne s'arrête pas à un simple constat de duplicité politique. Elle prend une tournure juridique et morale d'une extrême gravité. En s'attaquant directement à la clé de voûte des institutions, Kabila accuse le sommet de l'État de violer les règles du jeu qu'il s'était engagé à respecter devant Dieu et le peuple. Sa déclaration prend alors des accents de réquisitoire historique.
« La forfaiture est manifeste. La trahison de son serment constitutionnel par le premier d’entre eux, est désormais incontestable et de notoriété publique. Personne ne pourra donc prétendre, demain, qu’il ne savait pas »
Un pays au bord de la rupture institutionnelle
Bien que le texte officiel de sa déclaration se soit interrompu de façon abrupte sur ce constat d'une ligne rouge franchie, le message de fond demeure limpide pour l'opinion publique. Ce pas décisif mène tout droit vers une crise de légitimité majeure dans un pays où la stabilité reste un équilibre de cristal. Pour Joseph Kabila, toucher à la Constitution de 2006, c'est toucher à l'accord de Sun City, le compromis historique qui a mis fin aux guerres civiles sanglantes et unifié le territoire national.
En appelant à une mobilisation nationale, le sénateur à vie ne s'adresse pas uniquement à sa famille politique du Front commun pour le Congo (FCC). Il tente de fédérer toutes les forces vives de la nation. La société civile, les mouvements citoyens, les confessions religieuses et l'opposition plurielle. À l'âge où l'on privilégie la transmission et la préservation de son héritage, le vieux leader sait que le destin d'un grand pays ne se joue pas dans les salons feutrés, mais dans le sursaut collectif de ses citoyens. La RDC entre dans une zone de fortes turbulences, et la voix de Kabila vient de donner le top départ d'une féroce bataille pour l'avenir de la démocratie congolaise.