tvplusafrique

Education

DIPLÔMÉS EN MASSE, OÙ SONT LES EMPLOIS ?

DIPLÔMÉS EN MASSE, OÙ SONT LES EMPLOIS ?
Universités au Gabon : former pour quel emploi ?

Le Gabon connaît depuis plusieurs années un paradoxe qui fait froid dans le dos. Les universités publiques et privées produisent chaque année des milliers de diplômés, mais le marché de l’emploi semble incapable de les absorber. Entre espoirs brisés et frustrations grandissantes, les jeunes gabonais diplômés se retrouvent souvent à errer entre chômage et sous-emploi.


Une jeunesse instruite mais désorientée


À Libreville, comme dans les grandes villes provinciales, il n’est plus rare de croiser de jeunes diplômés en sciences, en droit, en économie ou en informatique… mais sans aucun emploi stable.


« J’ai un master en gestion d’entreprise depuis trois ans, raconte Alain, 27 ans. Mais je passe mes journées à postuler à des offres qui n’existent presque pas ou qui demandent une expérience que je n’ai jamais pu acquérir »


Les universités gabonaises ont fait de la formation un objectif prioritaire. Les chiffres sont impressionnants. Chaque année, plus de 10 000 étudiants sortent diplômés des facultés publiques et privées. Mais pour la plupart, l’obtention du diplôme ne signifie pas la promesse d’un emploi décent.


Le marché de l’emploi : un désert pour les diplômés


Le problème est double. D’une part, le secteur privé reste limité et peu diversifié. Les entreprises locales peinent à créer suffisamment d’emplois qualifiés. D’autre part, le secteur public, traditionnel refuge des jeunes diplômés, est saturé et ralentit ses recrutements.


« Nous avons des formations de qualité, mais l’économie nationale ne suit pas »


confie un professeur de l’Université Omar Bongo. 


« Le Gabon forme des diplômés pour former et non pour notre marché local »


Résultat. De nombreux jeunes se tournent vers des emplois informels ou précaires, souvent loin de leur domaine d’études. Certains quittent même le pays, espérant que leurs compétences seront mieux valorisées ailleurs.


Les conséquences sociales : frustration et désillusion


Cette situation a des conséquences lourdes. Le chômage des diplômés nourrit un sentiment de frustration, de haine, de colère  et d’abandon. Les familles investissent dans l’éducation de leurs enfants, parfois au prix de sacrifices énormes, mais voient leurs espoirs réduits à néant.


Dans les quartiers populaires de Libreville ou Port-Gentil, on entend souvent.


« On nous vend l’école comme une promesse d’avenir, mais au final, c’est la galère assurée »


Ce ressentiment se traduit par des débats animés sur les réseaux sociaux, des manifestations ponctuelles et un climat social parfois tendu.


Le rôle de l’État : formation oui, emplois non ?


Le gouvernement gabonais a multiplié les initiatives pour développer l’enseignement supérieur et encourager l’entrepreneuriat. Mais beaucoup estiment que ces mesures restent insuffisantes. Les jeunes diplômés réclament aujourd’hui des politiques plus concrètes. Création d’emplois dans le secteur public et privé, incitations à l’investissement local, et surtout, un vrai accompagnement pour transformer leurs compétences en opportunités économiques.


« Former des milliers de jeunes chaque année sans créer les conditions pour qu’ils puissent travailler, c’est irresponsable »


déclare un analyste économique basé à Libreville.


« Le pays risque de voir une génération de talents se perdre faute de perspectives »


L’entrepreneuriat comme solution ?


Face à cette situation, certains jeunes tentent de se tourner vers l’entrepreneuriat. Numériques, commerce, agriculture, friperie, transport suburbain. Les idées ne manquent pas. Mais là encore, le manque flagrant d’accompagnement, de financement et de soutien institutionnel freine ces initiatives.


Il ne suffit plus de former des diplômés. Il faut leur fournir les outils pour créer, investir et prospérer. Le Gabon doit passer de la formation massive à la création massive d’opportunités.


Des pistes pour inverser la tendance


Pour inverser cette tendance alarmante, plusieurs mesures semblent indispensables.




  1. Renforcer les liens entre universités et entreprises afin que la formation corresponde aux besoins réels du marché.




  2. Encourager l’entrepreneuriat étudiant avec des financements accessibles et un accompagnement professionnel.




  3. Développer le secteur privé et attirer les investisseurs pour multiplier les emplois qualifiés.




  4. Adapter la formation aux besoins locaux, notamment dans les domaines du numérique, de l’agriculture moderne et de l’énergie.




Sans ces changements, le Gabon risque de continuer à produire des diplômés… et inévitablement du désespoir. Un volcan social en définitive. 


Eduquer ne suffit plus


L’éducation reste un pilier fondamental pour le développement. Mais elle doit être accompagnée de véritables perspectives professionnelles. Former une jeunesse brillante sans emploi, c’est créer une bombe sociale à retardement.


Au Gabon, chaque diplôme doit pouvoir se transformer en opportunité et non en chômage.


 

Par Pamphil

Top Articles