100 JOURS QUI A CONVAINCU ?
Sur le papier, l’idée paraît simple. expliquer aux Gabonais ce qui a été fait depuis l’installation du gouvernement. Mais dans les salons de Libreville, les maquis de Port-Gentil, les administrations publiques et jusque dans les villages de l’intérieur du pays, ces passages télévisés ont rapidement pris une autre dimension. celle d’un véritable tribunal de l’opinion publique.
Car ici, chacun juge. Le chauffeur de taxi, l’étudiant, le fonctionnaire, la commerçante du marché Mont-Bouët, le chômeur ou encore le retraité assis devant son poste de télévision. Tous observent les ministres avec la même question en tête. Disent-ils la vérité sur la situation du pays ?
Une communication plus directe avec les populations
Il faut reconnaître au gouvernement une chose. Rarement des ministres gabonais auront autant exposé leur action devant les citoyens. Pendant plusieurs heures, certains ont dû détailler leurs réalisations, répondre aux journalistes et défendre leurs priorités.
Pour une population longtemps habituée aux discours officiels sans contradiction, l’exercice donne un sentiment nouveau de proximité.
Dans les quartiers populaires de Libreville, beaucoup saluent cette initiative.
« Au moins cette fois, on les voit expliquer ce qu’ils font »
estime un homme rencontré à Belle-Vue 2.
Même son de cloche chez plusieurs jeunes qui disent avoir suivi les émissions sur les réseaux sociaux.
« Ça permet de savoir qui maîtrise réellement son dossier »
affirme un étudiant de l’Université Omar-Bongo.
Le gouvernement parle de “redevabilité”. Un mot désormais à la mode dans les sphères du pouvoir. Mais au-delà de ce vocabulaire administratif, les Gabonais attendent surtout une chose. Des résultats visibles dans leur quotidien.
Les ministres les plus convaincants
Dans l’opinion publique, certains membres du gouvernement semblent avoir marqué des points.
Les ministres capables de parler simplement, avec des chiffres précis et des annonces concrètes, ont généralement été les mieux appréciés. Ceux qui ont reconnu les difficultés sans chercher à embellir excessivement la réalité ont aussi gagné en crédibilité.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont salué les interventions jugées “maîtrisées” de certains responsables des infrastructures, de l’économie ou encore de la santé.
Les Gabonais aiment les responsables qui parlent vrai. Et surtout ceux qui donnent des délais précis.
« Quand un ministre explique clairement ce qui bloque et ce qu’il compte faire, les gens comprennent »
analyse un communicant politique à Libreville.
Dans un pays confronté depuis des années aux mêmes urgences, routes dégradées, chômage, coupures d’eau et d’électricité, les citoyens deviennent de plus en plus exigeants face aux discours politiques.
Ceux qui ont évité les sujets sensibles
Mais tous les ministres n’ont pas convaincu.
Certains passages ont laissé un goût d’inachevé. Beaucoup de téléspectateurs ont eu le sentiment que certaines questions sensibles avaient été contournées ou traitées avec prudence.
Les sujets les plus attendus restent pourtant connus.
la flambée des prix ;
les délestages ;
le chômage des jeunes ;
l’état des hôpitaux ;
les lenteurs administratives.
Dans plusieurs familles, les commentaires fusaient devant les écrans.
« Ils parlent beaucoup des projets, mais peu de nos souffrances quotidiennes », lâche une mère de famille au quartier Rio.
D’autres regrettent un excès de technicité dans certaines interventions.
« Les Gabonais veulent des réponses simples. Pas des exposés compliqués », estime un ancien enseignant.
Le risque pour certains ministres aura été de donner l’impression de réciter un rapport administratif plutôt que de parler aux populations.
Des annonces fortes… mais encore attendues sur le terrain
Parmi les annonces les plus commentées figurent les projets de réhabilitation des routes, les recrutements annoncés dans certains secteurs publics, les réformes administratives et les investissements promis dans l’eau et l’électricité.
Sur le papier, plusieurs engagements semblent ambitieux.
Mais dans les quartiers populaires, la prudence domine.
« Nous avons déjà entendu beaucoup de promesses dans ce pays »
rappelle un commerçant de Nzeng-Ayong.
Au fond, les Gabonais ne jugent pas seulement les paroles. Ils observent surtout les effets concrets dans leur vie quotidienne.
Les populations veulent voir.
des robinets qui coulent ;
des routes praticables ;
des écoles rénovées ;
des emplois ;
des médicaments dans les hôpitaux.
C’est désormais là que se joue la crédibilité du gouvernement.
Les réseaux sociaux, nouveau baromètre populaire
Autre phénomène marquant de cette séquence médiatique : la puissance des réseaux sociaux.
Facebook, WhatsApp, etc sont devenus les prolongements directs des plateaux de télévision. Chaque déclaration ministérielle y est disséquée, commentée, moquée parfois.
Certains extraits d’émissions ont circulé massivement dans les groupes WhatsApp du pays.
Une phrase maladroite peut désormais devenir virale en quelques heures. À l’inverse, une intervention convaincante peut rapidement renforcer la popularité d’un ministre.
Aujourd’hui, l’opinion publique gabonaise ne se construit plus uniquement dans les journaux ou à la télévision. Elle se fabrique aussi sur les téléphones portables.
Et les membres du gouvernement semblent désormais en avoir pleinement conscience.
Un exercice risqué mais politiquement nécessaire
“Le bilan des 100 jours” apparaît comme un exercice à double tranchant.
D’un côté, le gouvernement montre une volonté de communiquer davantage et de rendre compte de son action. De l’autre, cette exposition médiatique augmente considérablement les attentes des populations.
Car plus les promesses sont nombreuses, plus le jugement populaire devient sévère.
Dans les rues de Libreville comme dans les provinces, beaucoup reconnaissent une dynamique nouvelle au sommet de l’État. Mais les citoyens rappellent aussi une réalité simple. Au Gabon, les discours politiques ont souvent été généreux, tandis que les résultats tardaient à arriver.