LIBREVILLE: DÉLESTAGES, COUPURES D’EAU
Des PK à Akébé, de Nzeng-Ayong à Owendo, les plaintes se multiplient. Les habitants dénoncent des nuits entières sans courant, des journées sans eau et des conséquences de plus en plus lourdes sur lle moral, la santé, l’éducation, les commerces et la vie familiale.
Dans les marchés, les taxis ou sur les réseaux sociaux, une même question revient avec insistance. Jusqu’à quand les Gabonais devront-ils supporter cette situation dans un pays riche en ressources naturelles et disposant de nombreux ingénieurs formés dans de prestigieuses universités ?
Des quartiers plongés dans le noir
À Nzeng-Ayong, les habitants racontent vivre parfois plusieurs heures sans électricité, souvent au moment où les familles rentrent du travail ou lorsque les enfants doivent étudier.
Dans certaines maisons, les ventilateurs s’arrêtent brusquement en pleine nuit malgré la forte chaleur. Les appareils électroménagers sont régulièrement endommagés par les coupures répétitives.
« On dort dehors comme au village alors qu’on est dans une capitale », lance avec colère un habitant du PK7.
À Charbonnages, plusieurs commerçants affirment avoir perdu des marchandises à cause des coupures intempestives.
« Mon congélateur s’est arrêté deux fois cette semaine. J’ai perdu du poisson et du poulet », explique Mireille, vendeuse de produits surgelés.
Pour beaucoup de petits entrepreneurs, ces délestages représentent des pertes financières considérables dans un contexte économique déjà difficile.
L’eau, devenue un luxe dans certains foyers
Mais au-delà de l’électricité, c’est surtout la question de l’eau qui exaspère les populations.
Dans plusieurs quartiers du Grand Libreville, les robinets restent parfois secs pendant des jours. Certaines familles sont obligées de se lever à l’aube lorsqu’un faible filet d’eau réapparaît temporairement.
À Akébé Plaine, des habitants racontent stocker l’eau dans des bassines, des bidons et même des poubelles propres afin de survivre aux coupures.
« Ici, quand l’eau revient, c’est comme une fête », ironise une mère de famille rencontrée devant une borne-fontaine.
Dans certains secteurs, des jeunes transportent de l’eau à l’aide de brouettes pour approvisionner les ménages. Une activité devenue presque permanente dans certains quartiers populaires.
Les étudiants étudient dans des conditions difficiles
Les délestages touchent également durement les élèves et les étudiants.
À l’Université Omar-Bongo comme dans plusieurs établissements secondaires, beaucoup de jeunes dénoncent l’impossibilité de réviser correctement pendant les coupures nocturnes.
« Comment voulez-vous qu’on réussisse nos examens sans lumière ? », s’interroge un étudiant rencontré à Louis.
Dans plusieurs familles modestes, les enfants utilisent les lampes de téléphone ou des bougies pour faire leurs devoirs.
Mais avec la chaleur, les moustiques et les coupures d’internet souvent liées aux délestages, la concentration devient difficile.
Des parents affirment également que certains appareils informatiques ont été détruits par les variations de tension électrique.
Les hôpitaux sous pression
Le problème devient encore plus inquiétant lorsqu’il touche les structures sanitaires.
Dans certains centres de santé, les coupures d’électricité compliquent le fonctionnement des équipements médicaux et la conservation des médicaments.
Même si plusieurs hôpitaux disposent de groupes électrogènes, les populations craignent toujours des dysfonctionnements lors des longues interruptions.
« Quand il n’y a pas d’eau ou d’électricité à l’hôpital, ce sont les malades qui souffrent », rappelle un infirmier du secteur public.
Les familles des patients dénoncent également les difficultés d’hygiène provoquées par les pénuries d’eau dans certains établissements.
Les commerces fragilisés
À Libreville, de nombreux petits commerces dépendent directement de l’électricité et de l’eau pour fonctionner normalement.
Les salons de coiffure, restaurants, cybercafés, alimentations et poissonneries figurent parmi les activités les plus touchées.
À Mont-Bouët, plusieurs vendeuses de jus naturels expliquent perdre régulièrement leurs produits lorsque les congélateurs cessent de fonctionner.
« On travaille pour rien », déplore une commerçante. « Tout augmente déjà, maintenant il faut encore gérer les coupures. »
Dans les maquis et restaurants populaires, certains clients repartent faute d’eau disponible pour cuisiner ou nettoyer. Dans certains foyers, on ne cuisine pas certains jours par manque d'eau. On mange du pain avec du beurre en tartine ou de la boîte de maquerau avec du manioc. La cuisson du riz étant impossible.
Colère et frustration dans certains quartiers
Face à cette situation, les réactions deviennent de plus en plus virulentes dans plusieurs zones de Libreville.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos de quartiers plongés dans le noir circulent régulièrement. Les internautes dénoncent des infrastructures vieillissantes, un manque d’entretien et des promesses non tenues.
Dans certains quartiers, des habitants menacent même d’organiser des mouvements de protestation si rien ne change rapidement.
« On paie les factures mais on vit sans services », s’emporte un riverain du PK10.
Beaucoup de citoyens disent ne plus comprendre pourquoi ces problèmes persistent malgré les annonces répétées de modernisation des réseaux d’eau et d’électricité.
Entre infrastructures vieillissantes et incompétence des ingénieurs
Pour plusieurs spécialistes, la crise actuelle s’explique par plusieurs facteurs. Vieillissement des installations, forte croissance démographique, manque d’investissements durables et difficultés de maintenance.
Libreville s’est considérablement agrandie ces vingt dernières années, avec une urbanisation rapide qui exerce une forte pression sur les réseaux existants.
Dans certaines zones périphériques, les infrastructures ne suivent plus l’évolution des besoins des populations.
Des experts estiment également que les raccordements anarchiques aggravent les pertes d’eau et les pannes électriques.
Les populations réclament des solutions concrètes
Aujourd’hui, les habitants ne veulent plus seulement entendre des annonces ou des promesses de réhabilitation. Ils réclament des résultats visibles et durables.
Dans les quartiers touchés, beaucoup demandent un calendrier clair des travaux, une meilleure communication des autorités et des investissements massifs dans les infrastructures.
Car derrière les délestages et les coupures d’eau, c’est toute la vie quotidienne des Gabonais qui se retrouve paralysée. Dormir, cuisiner, étudier, travailler, se soigner ou simplement vivre dignement.
À Libreville, la patience des populations semble atteindre ses limites. Et une inquiétude grandit dans les foyers. Si la situation continue ainsi, jusqu’où ira la colère populaire ?