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L'OR BLANC DE L'ÉLEVAGE CAMEROUNAIS

L'OR BLANC DE L'ÉLEVAGE CAMEROUNAIS
Cameroun : les défis économiques du commerce de poulet

Le commerce du poulet de chair au Cameroun constitue un pilier majeur de l'économie agroalimentaire nationale. Entre opportunités de croissance, souveraineté alimentaire et contraintes structurelles, la filière avicole fait face à des défis complexes.  


La dépendance aux importations de poussins d'un jour


La production nationale de poussins d'un jour reste insuffisante pour couvrir la demande croissante des éleveurs camerounais. Pour combler ce déficit, la filière dépend fortement des importations d'œufs à couver, ce qui l'expose directement aux chocs extérieurs, notamment aux crises sanitaires européennes comme la grippe aviaire. De plus, le transport aérien de ces intrants engendre des coûts logistiques importants qui gonflent les coûts de production initiaux.


La flambée des prix des intrants et de l'aliment de bétail


L'alimentation représente le principal poste de dépense des élevages, et la crise du maïs (qui constitue près de 60 % de l'aliment de volaille) entraîne une forte volatilité des prix. Les éleveurs font face à une rude concurrence sectorielle, le maïs local étant disputé entre l'alimentation humaine, l'industrie brassicole et l'élevage. En parallèle, le tourteau de soja dépend massivement des marchés internationaux, subissant de plein fouet les fluctuations des devises.


La protection du marché local face aux importations


L'interdiction des importations de poulets congelés en 2005 reste une mesure historique qui a permis de relancer la filière locale. Cependant, le secteur subit toujours la menace de la contrebande via des réseaux poreux aux frontières qui introduisent du poulet congelé à bas prix. Dans ce contexte, le poulet local souffre d'un déficit de compétitivité, restant plus cher à produire que le poulet industriel importé d'Europe ou du Brésil.


Les faiblesses de la chaîne de froid et de la distribution


Le système de distribution camerounais est marqué par la prédominance de la vente sur pied. La majorité des poulets sont vendus vivants sur les marchés en raison du manque de structures d'abattage modernes. Ce modèle est accentué par un déficit énergétique chronique et des coupures d'électricité qui freinent le développement d'une filière de poulet congelé local. L'absence de solutions de conservation entraîne des pertes post-production et force souvent les éleveurs à vendre à perte en cas de surproduction.


L'enjeu de la souveraineté alimentaire et de l'emploi


Malgré les crises, la filière avicole demeure l'un des plus grands pourvoyeurs d'emplois en milieu rural et périurbain, contribuant fortement à la création de richesse. Le poulet s'impose comme la viande de référence et la source de protéines la plus accessible pour les populations urbaines. Conscient de cet enjeu de souveraineté alimentaire, l'État déploie des programmes publics de soutien (comme le Planut) pour tenter de subventionner les installations des jeunes éleveurs.


Le financement et la précarité des petits producteurs


Le tissu productif reste fragile car une grande partie de la production repose sur des élevages familiaux et informels non structurés. Ces petits producteurs se heurtent à de lourdes barrières bancaires, où les taux d'intérêt élevés et les refus de crédit limitent l'industrialisation des fermes. Cette précarité est accentuée par une asymétrie des marchés, les grossistes imposant souvent leurs prix à des éleveurs étouffés par les dettes.


Les risques sanitaires et l'usage des antibiotiques


La sécurité sanitaire est un défi permanent en raison d'un niveau de biosécurité souvent faible dans les fermes traditionnelles, qui manquent d'infrastructures pour bloquer les épidémies. Pour pallier le manque d'hygiène, certains éleveurs recourent à l'automédication animale, et l'usage abusif d'antibiotiques crée des risques majeurs d'antibiorésistance. Face à cela, le suivi vétérinaire reste très insuffisant dans les grands bassins de production comme l'Ouest et le Centre.


La saisonnalité et les fêtes de fin d'année


Le marché du poulet de chair est fortement rythmé par la spéculation saisonnière, avec une explosion de la demande en décembre pour les fêtes de Noël et du Nouvel An qui provoque une hausse brutale des prix. Cette situation rend la planification difficile pour les producteurs, qui oscillent fréquemment entre une pénurie en janvier et une suroffre en février. Enfin, lors des cérémonies coutumières, le poulet de chair subit la concurrence culturelle des poulets locaux traditionnels dits « poulets bicyclette ».


Le cheptel national avoisine désormais 55 millions de poulets


La filière avicole camerounaise, qui représente 4 % du PIB national, traverse une période de fortes turbulences. Après avoir atteint des sommets, la production de viande de volaille a lourdement chuté à 38 914 tonnes, victime de la flambée du prix des intrants et de la crise du maïs.  


Le cheptel national avoisine désormais 55 millions de poulets. Malgré ce repli de l'offre, la volaille reste la deuxième source de protéines animales du pays, derrière la viande bovine. Sur le plan de la compétitivité, le coût de production local demeure très élevé, s'élevant à environ 1 245 FCFA par kilogramme, ce qui fragilise la rentabilité des éleveurs face aux pressions du marché. 










Par Pamphil

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