TENSIONS EXPLOSIVES À LA POSTE
Une conférence de presse pertubée
À l’origine de cette nouvelle crise sociale, un point de presse que les syndicalistes de la Poste avaient prévu d’organiser afin d’alerter l’opinion publique sur leurs difficultés quotidiennes. Selon Mme Cécile Madeleine, receveur au bureau de poste de Lalala et trésorière générale du syndicat, tout avait été préparé depuis la veille.
Mme Cécile Madeleine explique. « Nous avions prévu de faire un point de presse pour informer les Gabonais des réalités que vivent les postiers depuis plusieurs mois déjà. »
La syndicaliste raconte que les choses ont dégénéré dès le matin lorsque des agents de sécurité sont intervenus pour empêcher le rassemblement.
« Lorsque nous avons commencé à installer les chaises pour accueillir la presse, des agents de sécurité sont arrivés pour nous demander d’enlever tout le matériel », affirme Mme Cécile Madeleine.
Très remontée, elle estime que cette décision ressemblait davantage à une intimidation qu’à une simple mesure administrative.
« Nous avons trouvé cela comme une véritable provocation contre des travailleurs qui veulent simplement se faire entendre »
déclare-t-elle.
Selon elle, aucune note préalable n’avait été diffusée pour interdire le rassemblement, contrairement aux usages administratifs habituels.
« Généralement, lorsqu’une activité est interdite, une note est publiée quarante-huit ou soixante-douze heures avant afin d’avertir les agents »
soutient Mme Cécile Madeleine.
L’arrivée des agents de sécurité et l’incident du chien
Alors que les journalistes étaient déjà présents sur les lieux, les tensions ont brusquement augmenté avec l’arrivée des policiers et d’agents de sécurité privés. Les syndicalistes dénoncent l’usage d’un chien qui aurait blessé un employé de la Poste.
« Ils ont même détaché un gros chien qui a mordu un collègue actuellement pris en charge à l’infirmerie »
raconte Mme Cécile Madeleine.
Face à cette situation, les agents disent avoir ressenti une profonde humiliation.
« Nous voulions seulement faire entendre à l’opinion nationale et internationale ce que vivent les travailleurs de la Poste »
insiste-t-elle.
Malgré les tensions, les syndicalistes ont finalement poursuivi leur point de presse. Ils voulaient que les journalistes aillent au quartier Charbonnages, afin de montrer l’état de dégradation des locaux.
« Nous voulions aussi montrer l’insalubrité dans laquelle les postiers travaillent quotidiennement »
explique Mme Cécile Madeleine.
La syndicaliste affirme que plusieurs bureaux fonctionnent dans des conditions très difficiles, sans équipements adaptés ni sécurité suffisante.
« Le gouvernement doit savoir dans quelles conditions les agents travaillent aujourd’hui à la Poste »
martèle-t-elle.
Des salaires impayés depuis quatre mois
Au-delà des incidents de la journée, les agents dénoncent surtout une situation sociale devenue insupportable. Les travailleurs réclament notamment le paiement de quatre mois de salaires.
« Aujourd’hui, cela fait quatre mois que nous sommes sans salaires et les agents n’en peuvent plus »
affirme Mme Cécile Madeleine.
Elle accuse également certains responsables de prendre des décisions jugées abusives contre les employés.
« Un bureau a même été scellé parce qu’une collègue avait refusé de signer un procès-verbal de mutation »
dénonce-t-elle.
Pour les syndicalistes, la crise actuelle serait le résultat d’un climat de tension permanent au sein de la direction générale.
« Depuis l’arrivée de cette direction générale, il n’y a plus d’accalmie au sein de la Poste »
soutient Mme Cécile Madeleine.
Très émue, elle lance un appel aux autorités gabonaises afin qu’une solution soit trouvée rapidement.
« Nous voulons simplement que justice soit faite et que les choses reviennent dans l’ordre et la sérénité »
déclare-t-elle.
La réaction musclée du ministre Germain Biahodjow
Informé de la situation, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, s’est rendu sur place et a immédiatement condamné l’usage du chien contre les agents.
Le ministre a lancé. « Appelez-moi la DGR, ce monsieur sera entendu par les autorités compétentes. »
Très en colère, Germain Biahodjow a rappelé que seule la police ou la gendarmerie étaient habilitées à intervenir dans ce genre de situation.
« Au Gabon, il existe la police et la gendarmerie, pas des sociétés privées qui mordent des citoyens »
a déclaré le ministre.
Il a ensuite promis que les responsables répondraient de leurs actes devant la justice gabonaise.
« Quelles que soient vos raisons, vous répondrez devant la justice gabonaise »,
a martelé Germain Biahodjow.
Le ministre a également exprimé son indignation face à la violence de l’incident.
« Vous faites couler le sang des Gabonais et cela est inacceptable »
a-t-il déclaré.
Très remonté, il a ajouté.
« Vous ne partirez pas d’ici tant que toute la lumière ne sera pas faite sur cette affaire. »
Une crise ancienne selon le ministre
Concernant les salaires impayés, Germain Biahodjow a reconnu l’existence d’un profond malaise au sein de la Poste gabonaise. Toutefois, il a rappelé que le paiement des agents dépendait de plusieurs administrations.
« Les salaires ne dépendent pas uniquement du ministre, d’autres services interviennent dans le processus »
a expliqué Germain Biahodjow.
Le membre du gouvernement affirme avoir déjà engagé plusieurs démarches afin de résoudre le problème.
« J’ai déjà saisi les services compétents et nous attendons désormais un retour »
a-t-il assuré.
Le ministre a demandé aux agents de garder leur calme malgré les difficultés.
« Je vous demande de prendre votre mal en patience pendant que des solutions sont recherchées »
a déclaré Germain Biahodjow.
Selon lui, la crise de la Poste remonte à plusieurs décennies et aucun gouvernement n’a réellement réussi à résoudre le problème.
« Depuis une vingtaine d’années, aucun gouvernement n’a réussi à régler définitivement les difficultés de la Poste »
affirme le ministre.
Germain Biahodjow estime que les précédentes approches étaient inadaptées.
« Le diagnostic posé depuis des années est faux et les approches utilisées sont également mauvaises »
a-t-il déclaré.
Une direction générale contestée
Le ministre a aussi évoqué les tensions internes au sein de la direction générale de la Poste. Selon lui, certaines décisions prises récemment ne respecteraient pas les procédures administratives.
« La première décision que j’ai proposée était de changer la direction de la Poste et cela a été fait »
affirme Germain Biahodjow.
Il accuse certains responsables de résister aux décisions prises par le gouvernement.
« Certains directeurs généraux résistent encore malgré les décisions officielles du Conseil des ministres »
déplore le ministre.
Pour Germain Biahodjow, certaines mesures prises récemment à la Poste ne devraient pas être appliquées.
« Lorsqu’une direction est remplacée, elle doit uniquement gérer les affaires courantes »
rappelle-t-il.
Le ministre se dit particulièrement surpris par les mutations et décisions financières engagées ces dernières semaines.
« Je suis étonné d’apprendre que des affectations de personnels et des actes financiers continuent d’être signés »
affirme-t-il.
Il a également dénoncé le scellement de certains bureaux administratifs.
« On ne peut pas sceller des bureaux et engager des actes administratifs dans ces conditions »
soutient Germain Biahodjow.
Appel au calme et à la justice
Face à la colère des travailleurs, le ministre a tenté d’apaiser la situation tout en promettant des sanctions contre les responsables des violences.
« Tout ce qui se fait actuellement à la Poste est contraire à la loi »
a déclaré Germain Biahodjow.
Il a rappelé que la Poste reste une propriété de l’État gabonais et non celle d’intérêts particuliers.
« La Poste appartient à l’État gabonais et ne peut pas devenir la propriété d’individus »
a insisté le ministre.
Très ferme, il a demandé aux agents de ne pas céder à la violence.
« Je ne veux pas de mouvements de grève ni de débordements supplémentaires »
a averti Germain Biahodjow.
Le ministre a enfin promis que les plaintes déposées seraient examinées par la justice.
« Vous avez les voies légales pour porter plainte contre les personnes impliquées dans cette affaire »
a-t-il déclaré.
Cette nouvelle crise à la Poste gabonaise illustre une fois encore les profondes difficultés que traverse cette entreprise publique depuis plusieurs années. Entre tensions sociales, retards de salaires, conflits administratifs et accusations de mauvaise gestion, les agents espèrent désormais que les autorités trouveront enfin une solution durable afin de ramener le calme dans cette institution historique du pays.