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MACRON: FIN DU « PRÉ CARRÉ »

MACRON: FIN DU « PRÉ CARRÉ »
Macron annonce au Kenya la fin du pré carré français africain

À Nairobi, Emmanuel Macron a voulu frapper fort. Très fort. En déclarant que l’époque du « pré carré » français en Afrique était « terminée », le président français a tenté de solder publiquement des décennies d’ambiguïtés, de relations inégales et de soupçons persistants entre Paris et ses anciennes colonies. Cette formule soigneusement calibrée ne laisse pas indifférent. L’Afrique croit-elle encore aux promesses françaises ?


Le symbole choisi a marqué les esprits. Ce n’est ni à Dakar, ni à Abidjan, ni à Brazzaville, ni à Libreville que Paris a décidé d’organiser le sommet Africa Forward des 11 et 12 mai 2026. C’est à Nairobi, capitale d’une Afrique anglophone longtemps tenue à distance par la diplomatie française. Un choix politique lourd de sens, à l’heure où la France traverse une crise historique avec plusieurs pays du Sahel et d’Afrique francophone.


Face au président kényan William Ruto, Emmanuel Macron a reconnu ce que beaucoup d’Africains dénoncent depuis des décennies. La vision paternaliste de la France sur le continent. « C’est fini », a-t-il insisté, évoquant cette époque où certains groupes français pensaient pouvoir s’arroger des marchés ou conserver une forme de mainmise politique grâce aux réseaux de la Françafrique.


La fin proclamée de la « chasse gardée » française


Pendant longtemps, l’Afrique francophone a été considérée à Paris comme une chasse gardée. Un espace d’influence réservé où la France décidait souvent des équilibres politiques, économiques et militaires. Les bases militaires françaises, les réseaux diplomatiques opaques, les grands groupes économiques et certaines élites africaines ont entretenu ce système pendant plus d’un demi-siècle.


Dans plusieurs capitales africaines, cette relation a fini par apparaître profondément condescendante. Beaucoup de jeunes Africains ne supportaient plus cette impression que leurs pays étaient traités comme une simple arrière-cour stratégique ou une vache laitière destinée à préserver les intérêts économiques français. Certains régimes africains étaient même accusés par leurs opposants de se comporter comme des valets des autorités françaises plutôt que comme les défenseurs de leur souveraineté nationale.


À Nairobi, Emmanuel Macron a tenté de rompre avec cette image. « Depuis 2017, c’est terminé », a-t-il déclaré devant la presse, affirmant que la France croit désormais à « la souveraineté des États » et à « l’intégrité territoriale » des pays africains.


Le chef de l’État français a même assumé le retrait militaire français du Mali, du Burkina Faso et du Niger après les coups d’État militaires et les ruptures diplomatiques avec Paris. Une manière de dire que la France n’entend plus imposer sa présence par la force ou par des arrangements politiques hérités d’un autre temps.


Le Sahel, tombeau des illusions françaises


Pour Emmanuel Macron, cette tournée africaine ressemble aussi à une opération de reconstruction diplomatique après l’échec du Sahel. Car malgré les discours sur le partenariat équilibré, la réalité a brutalement rattrapé Paris ces dernières années.


Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les juntes militaires ont exploité un sentiment antifrançais devenu extrêmement puissant. Les accusations contre Paris, ingérence, arrogance, soutien à des régimes impopulaires, ont trouvé un écho profond dans les opinions publiques.


Dans les rues de Bamako, Ouagadougou ou Niamey, beaucoup considéraient encore la présence française comme le prolongement d’un système néocolonial. Le vocabulaire employé par Emmanuel Macron lui-même à Nairobi montre que Paris a désormais compris l’ampleur du rejet.


La France n’a pas seulement perdu des bases militaires. Elle a perdu une bataille symbolique majeure. Celle de son image auprès des nouvelles générations africaines.


Et ce constat dépasse les frontières du Sahel. Même dans des pays historiquement proches de Paris comme le Gabon, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, la jeunesse africaine réclame désormais des relations débarrassées des réflexes paternalistes et des accords opaques conclus dans les coulisses du pouvoir.


Le Kenya, nouvelle porte d’entrée de Paris


Dans ce contexte, le choix du Kenya est stratégique. Nairobi représente une Afrique dynamique, anglophone, tournée vers les investissements et moins marquée par le passé colonial français.


William Ruto l’a clairement rappelé lors de sa conférence de presse commune avec Emmanuel Macron. L’Afrique ne veut plus être uniquement un continent d’aides ou de prêts. Elle veut être considérée comme un partenaire économique crédible.


Le président kényan a insisté sur les richesses du continent. Jeunesse, ressources naturelles, énergie, innovation. Un discours qui correspond parfaitement à la nouvelle rhétorique française sur les investissements et le partenariat « d’égal à égal ».


Paris sait qu’il lui faut désormais convaincre au-delà du cercle traditionnel francophone. Mais la tâche sera difficile. Dans l’Afrique anglophone, la France souffre encore d’une image parfois vieillissante et peine à rivaliser avec les États-Unis, la Chine, la Turquie ou les pays du Golfe.


Le Kenya, lui, joue habilement sur tous les tableaux. William Ruto multiplie les partenariats avec Washington, Pékin, Bruxelles ou Paris afin d’attirer capitaux et infrastructures.


Plusieurs accords ont d’ailleurs été signés dimanche entre la France et le Kenya dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Paris revendique déjà être le deuxième bailleur bilatéral du pays.


Une décennie de tempêtes africaines pour Macron


Lorsque Emmanuel Macron arrive au pouvoir en 2017, il promet une rupture historique avec la Françafrique. À Ouagadougou, lors de son célèbre discours devant les étudiants burkinabè, il affirme vouloir bâtir une relation nouvelle avec l’Afrique.


Mais neuf ans plus tard, le bilan reste contrasté


Certes, Emmanuel Macron a probablement été le président français ayant le plus voyagé sur le continent africain. Il a multiplié les sommets, les initiatives culturelles et les annonces mémorielles. Il a aussi reconnu certaines responsabilités historiques de la France, notamment au Rwanda.


Mais la réalité géopolitique a souvent contredit ses ambitions. Les coups d’État au Sahel, la montée de l’influence russe, les campagnes antifrançaises sur les réseaux sociaux et les tensions sécuritaires ont considérablement fragilisé sa stratégie africaine.


Le philosophe camerounais Achille Mbembe résume assez bien cette situation lorsqu’il affirme qu’Emmanuel Macron a été « plongé dans une tempête ».


Une tempête alimentée autant par les erreurs françaises que par les profondes mutations du continent africain.


Une relation encore minée par la méfiance


Le problème de la France aujourd’hui est simple.Beaucoup d’Africains entendent les discours de rupture, mais attendent des actes.


Car les mots « partenariat équilibré » ou « souveraineté » ont été prononcés à maintes reprises par les dirigeants français depuis plusieurs décennies.


Dans plusieurs pays africains, certains observateurs estiment que Paris continue malgré tout de défendre prioritairement ses intérêts stratégiques et économiques, notamment dans les secteurs miniers, énergétiques ou militaires.


La méfiance reste donc profonde


À Nairobi, Emmanuel Macron a voulu apparaître comme le président qui tourne définitivement la page du « pré carré ». Mais l’histoire des relations franco-africaines est lourde, complexe et parfois douloureuse.


L’Afrique de 2026 n’est plus celle des années 1960 ou 1990. Les nouvelles générations veulent des relations transparentes, respectueuses et débarrassées de toute condescendance.


Le message envoyé depuis le Kenya est puissant. Mais il ne suffira pas, à lui seul, à effacer des décennies de soupçons et de frustrations.




Par Pamphil

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