ÉCONOMIE BLEUE : LA MER, UN TRÉSOR GABONAIS SOUS-EXPLOITÉ
Une mer pleine de promesses
Le Gabon, avec ses 885 kilomètres de côtes, est naturellement destiné à jouer un rôle majeur dans l’économie bleue de la région. Le pays possède un potentiel halieutique colossal, un secteur maritime qui, à lui seul, pourrait transformer les dynamiques économiques du pays. Les eaux gabonaises regorgent de poissons, de crustacés et d'autres ressources maritimes encore mal exploitées. Cependant, malgré cette richesse, la pêche reste une activité artisanale dans une large mesure. Les pêcheurs locaux, souvent équipés de bateaux rudimentaires, ont du mal à faire face à la concurrence internationale.
Dans le domaine de la pêche industrielle, quelques grands acteurs privés existent, mais la filière pêche reste sous-développée par rapport à d’autres pays de la région. De plus, la mise en place d’une gestion durable de la pêche est devenue impérative, afin de préserver ces richesses pour les générations futures. Mais, jusqu’ici, peu d'efforts ont été faits pour créer une véritable chaîne de valeur dans ce secteur.
Le tourisme maritime : un secteur en plein essor
Outre la pêche, le Gabon possède également un potentiel de tourisme maritime remarquable. Des plages paradisiaques, des sites de plongée exceptionnels, mais surtout, des parcs nationaux côtiers d'une biodiversité unique au monde. Le parc national de la Lopé, avec sa biodiversité incroyable, ou encore le parc national d’Iguéla, sont des joyaux naturels qui pourraient attirer les amateurs de nature et d’écotourisme du monde entier. Pourtant, ce secteur reste à l’état embryonnaire.
Le tourisme maritime est un domaine où le Gabon peut se positionner comme une destination de niche, loin des destinations touristiques de masse, mais avec une offre originale qui pourrait attirer les voyageurs recherchant des expériences authentiques et écologiques. Le potentiel est énorme, mais le secteur souffre encore d'infrastructures insuffisantes, d’une promotion internationale quasi inexistante et d’un manque de services adaptés.
L’exploitation des énergies marines renouvelables : un avenir vert
Dans un contexte de transition énergétique, les énergies marines renouvelables (EMR) représentent une voie de diversification économique durable pour le Gabon. L’exploitation de l’énergie marémotrice, de l’énergie thermique des mers ou encore de l’énergie des vagues, pourrait répondre à la fois aux besoins internes en énergie et contribuer à l’exportation de technologies vertes.
Le Gabon a la chance d’être situé dans une zone géographique qui lui permet de tirer parti de ces ressources renouvelables. Ces technologies, bien que coûteuses à mettre en œuvre, pourraient créer de nouveaux secteurs d’activité et des milliers d’emplois dans les années à venir. Ce n’est cependant qu’à travers un investissement massif dans la recherche, la formation et les infrastructures que le pays pourra concrétiser ce rêve.
Un défi de gouvernance et d’investissement
L’un des principaux freins au développement de l’économie bleue au Gabon reste la question de la gouvernance. La mer gabonaise est peu réglementée, et les investissements nécessaires pour exploiter pleinement ses ressources sont encore rares. Si le Gabon veut tirer parti de son potentiel maritime, il devra mettre en place une politique maritime claire et cohérente, impliquant à la fois des acteurs publics et privés, mais aussi une implication accrue des communautés locales.
Un secteur maritime prospère ne peut exister sans des infrastructures modernes. Ports, quais, et installations de transformation des produits halieutiques doivent être développés pour attirer des investisseurs et permettre une valorisation efficace des ressources. Il est également impératif que le Gabon investisse dans la formation des jeunes, afin de les préparer aux métiers du secteur maritime. Pêcheurs, ingénieurs, logisticiens, et gestionnaires d’espaces maritimes.
Une stratégie nationale : le temps d’agir
Pour que le Gabon puisse pleinement tirer parti de son économie bleue, il est impératif que le pays définisse une stratégie nationale claire. Cette stratégie doit être ambitieuse et inclusive, impliquant les communautés locales, le secteur privé et la société civile. Il faudra également renforcer les partenariats régionaux pour assurer une gestion transfrontalière des ressources maritimes.
Le gouvernement gabonais a déjà pris des initiatives, notamment avec l’élaboration du Plan Stratégique Gabon Emergent, qui évoque la place de l’économie bleue dans le développement du pays. Cependant, les actions concrètes doivent suivre les paroles. Le défi est de taille, mais les possibilités sont infinies.
Un gâchis chiffré à plus de 2 milliards de dollars par an
Le Gabon perd chaque année des millions de dollars en sous-exploitant son "or bleu", c'est-à-dire ses vastes ressources maritimes. Selon certaines estimations, la pêche industrielle, sous-développée, pourrait rapporter au moins 2 milliards de dollars par an si elle était mieux gérée. Le secteur touristique maritime, bien qu'encore embryonnaire, présente un potentiel de 200 à 300 millions de dollars annuels, selon les experts du secteur. Quant aux énergies marines renouvelables, elles pourraient générer des milliers d'emplois et réduire la dépendance énergétique du pays, mais elles sont encore largement inexplorées. En somme, une meilleure gestion de ces ressources pourrait ajouter plusieurs milliards de dollars à l'économie gabonaise, contribuant ainsi à la diversification et à la création d'emplois durables.
Un futur sous-marin à explorer
L’économie bleue représente une véritable aubaine pour le Gabon, un trésor encore trop souvent négligé. Entre pêche, tourisme maritime, et énergies marines, le pays possède toutes les clés pour en faire un pilier central de son développement économique. Mais encore faut-il que le Gabon relève les défis liés à l’investissement, à la gouvernance, et à la formation pour exploiter pleinement ce potentiel.
La mer gabonaise, dans toute sa splendeur et sa diversité, attend d’être mise en valeur.