tvplusafrique

Economie

GABON : POURQUOI L'AUGMENTATION DU TAUX DE CROISSANCE N’EST PAS VÉCUE DIRECTEMENT PAR LES MÉNAGES ?

GABON : POURQUOI L'AUGMENTATION DU TAUX DE CROISSANCE N’EST PAS VÉCUE DIRECTEMENT PAR LES MÉNAGES ?
Croissance économique au Gabon : pourquoi les ménages ne ressentent pas les bénéfices.

Le Gabon, comme bien d'autres pays en développement, connaît une croissance économique relativement stable, avec des prévisions qui laissent entrevoir des taux positifs dans les années à venir. En 2024, la croissance est estimée à 2,9 % et pourrait atteindre 3,7 % en 2026. Cependant, malgré ces chiffres rassurants, nombreux sont les Gabonais qui ne ressentent pas directement les effets de cette croissance sur leur quotidien. Ce phénomène, bien que commun dans plusieurs économies émergentes, mérite d’être analysé de près. Il révèle un problème structurel et économique plus profond. La croissance économique du pays reste largement déconnectée des réalités des ménages, ce que l’on appelle la "croissance non inclusive".


La prédominance du secteur pétrolier et minier : une croissance « hors-sol »


Le secteur pétrolier, qui représente une part importante du PIB gabonais, est souvent pointé du doigt comme étant la principale cause de ce décalage. Bien qu'il génère une richesse nationale significative, il crée peu d'emplois directs pour les Gabonais. Le pétrole, tout comme le manganèse ou le bois, est une industrie à haute intensité de capital. Ce qui signifie qu’elle repose davantage sur la technologie et les investissements étrangers que sur la main-d'œuvre locale. Par conséquent, même si les exportations augmentent et que les revenus liés au pétrole gonflent les statistiques du PIB, les populations locales ne profitent pas d'une redistribution équitable de cette richesse.


Faible création d'emplois durables et prévalence de l’informalité


Une autre explication majeure réside dans le marché de l’emploi. Bien que le taux de croissance économique soit positif, il n’a pas permis de réduire le chômage de manière significative. En 2024, le taux de chômage avoisine les 35 %, mais il est beaucoup plus élevé chez les jeunes et les femmes. Le manque de diversifications sectorielles laisse une grande partie de la population sur le carreau. De plus, la majorité des nouveaux emplois générés se trouvent dans le secteur informel, un secteur caractérisé par des conditions de travail précaires, des revenus irréguliers et une absence de couverture sociale. Ainsi, même si des opportunités d’emploi émergent, elles ne permettent pas aux Gabonais de sortir réellement de la pauvreté ou d'améliorer leur niveau de vie.


L'inflation et la vie chère : une pression supplémentaire


L’un des facteurs les plus visibles pour les ménages reste l’inflation, qui ronge le pouvoir d’achat des citoyens. Bien que le PIB du Gabon soit en croissance, cette augmentation n’est pas suffisante pour compenser la hausse du coût de la vie. Le Gabon, comme beaucoup d'autres pays africains, dépend largement des importations pour satisfaire ses besoins en produits alimentaires et de consommation. Environ 60 % des produits de consommation courante sont importés, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux et aux chocs logistiques. Les Gabonais doivent faire face à une inflation galopante, en particulier sur les produits de première nécessité, ce qui limite l'impact réel de la croissance économique.


Inégalités sociales et une distribution des richesses inégale


Le paradoxe est frappant. Le Gabon possède un PIB par habitant parmi les plus élevés d'Afrique subsaharienne, mais la pauvreté persiste, avec plus de 34 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Cette disparité est exacerbée par une mauvaise redistribution des richesses. Les élites urbaines, concentrées dans les grandes villes comme Libreville, bénéficient de la croissance, tandis que les zones rurales et les quartiers précaires sont laissés pour compte. La concentration de la richesse dans les mains d'une petite élite empêche une réelle amélioration des conditions de vie pour la majorité des Gabonais. Ainsi, la croissance ne se reflète pas dans la qualité des services publics tels que la santé, l’éducation ou le logement.


Les contraintes budgétaires de l'État : un frein au développement social


Le Gabon souffre également d'une "maladie hollandaise", phénomène économique qui désigne la dépendance excessive d’un pays à ses ressources naturelles au détriment du développement d'autres secteurs économiques, comme l’agriculture. Le service de la dette publique, qui représente plus de 70 % du PIB, grève une grande partie du budget national, limitant ainsi les investissements de l’État dans les infrastructures sociales. L'incapacité à diversifier l'économie et à investir dans des secteurs créateurs de richesses durables pour les ménages a pour conséquence une stagnation des conditions de vie de la majorité des Gabonais.


Pourquoi cela n'est-il pas vécu directement par les ménages dans le monde entier ?


Le phénomène observé au Gabon n’est malheureusement pas unique. À l'échelle mondiale, de nombreux pays, même développés, connaissent des taux de croissance élevés sans que les citoyens n’en bénéficient directement. Cela peut s'expliquer par plusieurs facteurs mondiaux.


La croissance sans emploi 


Les gains de productivité et l'automatisation sont aujourd'hui au cœur de l'économie mondiale. De plus en plus, les entreprises parviennent à produire davantage avec moins de main-d'œuvre. Ainsi, la croissance du PIB peut augmenter sans que le nombre d'emplois suive. Ce phénomène est souvent désigné sous le terme de "croissance sans emploi", où la richesse générée est captée par les technologies et le capital, laissant peu d’opportunités pour la main-d'œuvre locale.


La déconnexion entre productivité et salaires


Dans de nombreux pays, notamment dans les économies développées, la croissance de la productivité ne s’accompagne plus d’une augmentation des salaires. Depuis les années 1980, malgré des gains importants en productivité, les salaires réels sont restés relativement stables. La richesse générée par la croissance va principalement aux entreprises et aux actionnaires sous forme de dividendes, plutôt qu’aux travailleurs.


L'inadéquation des compétences


Une autre raison réside dans le fossé des compétences. La croissance s’accélère dans des secteurs de pointe, comme la technologie, la finance ou la transition énergétique, tandis que les emplois traditionnels, souvent moins qualifiés, disparaissent. Les travailleurs peu qualifiés ou dont le métier est devenu obsolète se retrouvent exclus de cette dynamique de croissance, créant un chômage structurel, même dans des économies globalement prospères.


L'inflation des coûts fixes


Le coût de la vie dans les grandes villes dépasse souvent la croissance des revenus. Si le PIB augmente de 2 %, mais que les loyers ou les prix de l’énergie augmentent de 10 %, les ménages se retrouvent en réalité plus pauvres, malgré des statistiques de croissance positives.


Ainsi, bien que la croissance économique soit un indicateur important, elle ne se traduit pas toujours par une amélioration tangible des conditions de vie des ménages, que ce soit au Gabon ou dans de nombreuses autres régions du monde.

Par Pamphil

Top Articles