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GABON : DES JEUNES DÉJÀ IVRES, L'ALCOOLISME DES MINEURS, LE GOUVERNEMENT N'EST-IL PAS RESPONSABLE ?

GABON : DES JEUNES DÉJÀ IVRES, L'ALCOOLISME DES MINEURS, LE GOUVERNEMENT N'EST-IL PAS RESPONSABLE ?
Gabon, alcool et mineurs : la responsabilité du gouvernement dans l'alcoolisme

La question est brûlante et récurrente : pourquoi, malgré l'existence de lois strictes interdisant la vente d'alcool aux mineurs, l'alcool continue-t-il de circuler librement entre les mains des mineurs Gabonais ? Et si, en réalité, cette situation n'était-elle pas délibérément encouragée ?


À en croire les données récentes, près de 47,6 % des jeunes Gabonais affirment avoir déjà connu un état d’ivresse. Une statistique alarmante, qui soulève de nombreuses interrogations. N’y a-t-il pas là un paradoxe dans un pays où les pouvoirs publics prônent le respect de la loi tout en observant une certaine complaisance dans la mise en œuvre de la réglementation ? L’alcool n’est-il pas utilisé comme un outil de contrôle social, un moyen de pacification pour endormir les aspirations des jeunes, les rendre moins enclins à revendiquer de meilleures conditions de vie et d’emploi, et surtout de s’opposer aux injustices sociales ?


Un cadre légal qui semble loin de la réalité


Le Gabon possède une législation claire et précise. L’interdiction de vendre de l’alcool aux mineurs de moins de 18 ans, et l’interdiction pour les moins de 16 ans de fréquenter les débits de boissons sans accompagnant. Sur le papier, tout est en place pour dissuader. Mais qu’en est-il sur le terrain ? Loin des discours politiques, la réalité est bien différente. Partout à Libreville, dans des quartiers comme Akébé, les PK, Montalier, Alenakiri, Ambowè, Okala, Avéa, Belle-Vue, Ondogho, Nzeng-Ayong, et bien d'autres, il est courant de voir des adolescents acheter des boissons alcoolisées ou les consommer en toute liberté. Les contrôles sont quasi inexistants et l’âge des consommateurs est rarement vérifié. L'absence de répression visible crée un climat d'impunité qui défie les lois écrites.


Mais alors, pourquoi la situation perdure-t-elle ainsi ? Est-ce le signe d’une défaillance du système ou bien d’une volonté tacite de laisser faire ? Cette permissivité ne profite-t-elle pas à certains acteurs, en particulier les commerçants, mais aussi les politiques qui savent que l’alcoolisme précoce des jeunes les rendra moins enclins à se rebeller face au chômage et à l'inefficacité du gouvernement ? Est-ce une façon de maintenir l’ordre social en apaisant les tensions, en privant cette frange de la population de l’énergie nécessaire pour lutter pour un avenir meilleur ?


Les responsabilités diffuses


Lorsqu’on parle de la vente d’alcool aux mineurs au Gabon, il est essentiel de souligner que la responsabilité de cette situation n’incombe pas uniquement aux commerçants. Bien sûr, ces derniers sont les premiers à enfreindre la loi, poussés par l’appât du gain facile. Dans un contexte économique difficile, où chaque client compte, il est tentant de vendre de l'alcool à tout prix, même aux plus jeunes. Mais cette défaillance n'est-elle pas aussi le reflet d'un abandon de l'État face à ses responsabilités ?


Les forces de l’ordre, en sous-effectif et souvent débordées, ne sont pas en mesure de mener des contrôles rigoureux. La répression est rare, et les sanctions sont presque jamais appliquées. Dès lors, l’inexistence d’un contrôle effectif des débits de boissons ouvre une brèche pour les pratiques illicites. Le problème n’est-il pas aussi systémique, l’État lui-même ne faisant pas assez pour faire respecter la loi ? Pourquoi n'y a-t-il pas davantage de campagnes de sensibilisation et de prévention ciblées ? N'est-ce pas là un manquement direct des pouvoirs publics ?


De plus, la société dans son ensemble porte une part de responsabilité. Les parents, dans certains foyers, banalisent l’alcool. Il n'est pas rare qu'ils envoient leurs enfants acheter de l’alcool, normalisant ainsi une consommation pourtant interdite. Cette banalisation de l'alcool, renforcée par un manque de régulation, est le terreau fertile de la consommation précoce.


Des conséquences dramatiques pour la jeunesse


Les statistiques sur la consommation d'alcool des jeunes sont inquiétantes. Plus de 37 % des adolescents gabonais ont consommé de l’alcool, et environ 16 % des moins de 16 ans ont déjà pris leur première gorgée. Mais ce qui est encore plus préoccupant, c’est la fréquence des états d’ivresse. Près de 47,6 % des jeunes ont déjà connu ce phénomène. Cela ne montre-t-il pas que l’accès à l’alcool est trop facile, et que la prévention reste largement insuffisante ?


Les conséquences de cette consommation précoce sont graves et étendues. L'alcoolisation chez les jeunes est souvent associée à des comportements à risque, notamment sexuels, avec près de 19 % des adolescentes ayant eu des rapports sexuels sous l'influence de l'alcool. Il ne s'agit pas seulement de question de santé, mais aussi de sécurité publique. Les bagarres, la consommation du cannabis, des kobolos,  les violences urbaines et les accidents de la route impliquant des jeunes sont en grande partie liées à l’alcool.


Par ailleurs, cette consommation excessive engendre un décrochage scolaire, car l’alcool devient une échappatoire pour des jeunes désœuvrés, confrontés à un chômage de masse (plus de 36 % des jeunes). Faute d’alternatives saines et constructives, beaucoup trouvent refuge dans l’alcool, réduisant ainsi leur capacité à s’investir dans leur avenir professionnel et éducatif.


Le rôle du gouvernement : intention ou négligence ?


La question reste pendante. Est-ce que le gouvernement, en permettant ou en tolérant cette situation, poursuit des objectifs stratégiques ? N’est-il pas plus facile de gérer une population intoxiquée et apathique que de traiter un groupe de jeunes conscients, informés et prêts à revendiquer leurs droits ? L’alcool n’est-il pas une forme de contrôle social, une manière de rendre les jeunes plus dociles, moins enclins à protester contre le manque d’opportunités ?


Les pouvoirs publics ne savent-ils pas que la consommation excessive d'alcool par les jeunes aggrave la situation sociale, la rendant plus difficile à revendiquer ? Comment expliquer que, dans les meetings politiques et les événements publics, où les jeunes sont souvent les plus nombreux l’alcool coule à flots, servant d’outil pour “chasser la soif” et “apaiser les tensions sociales”, tout en étant une contrainte pour la jeunesse en général ? 


Une urgence à agir


Il est impératif que l'État reprenne les choses en main. La loi doit être appliquée de manière stricte, avec des contrôles fréquents et des sanctions fermes pour les contrevenants. Mais plus que cela, il est essentiel de proposer des alternatives à la jeunesse, à travers des infrastructures culturelles et sportives qui leur offriront d’autres moyens d’expression et de loisirs.


La bataille contre la consommation d’alcool des mineurs est une bataille pour l’avenir du Gabon. Si cette dérive continue, nous risquons de voir une génération entière perdue dans l’illusion de la fête permanente, incapable de se relever pour construire un avenir meilleur.


Il est donc grand temps d’agir. Le silence et la négligence sont devenus complices. Qui pourra inverser la tendance  ?

Par Pamphil

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