LIBREVILLE S’EST-ELLE PRÉPARÉE AUX INONDATIONS ?
Les inondations qui frappent Libreville, la capitale du Gabon, ne sont pas seulement un phénomène météorologique.Elles sont devenues une crise récurrente qui impacte lourdement l’économie et la qualité de vie des Librevillois. Ces catastrophes ont un coût considérable, tant sur le plan humain qu’économique. Les autorités publiques semblent dépassées par la fréquence et l’intensité des événements, laissant une grande partie de la population vulnérable face aux dérèglements climatiques.
Un fardeau économique de 20 milliards de FCFA par an
Les inondations à Libreville coûtent chaque année près de 20 milliards de francs CFA (environ 30 millions d'euros) à l'État gabonais. Ce chiffre représente une part significative de l'économie nationale. En effet, ces catastrophes absorbent environ 0,22 % à 0,34 % du Produit Intérieur Brut (PIB) national. Les pertes économiques résultent principalement des secteurs de l'habitat et des services, avec des dommages matériels considérables. Logements détruits, commerces paralysés, et infrastructures dégradées.
Les secteurs les plus touchés incluent l'habitat, où les dommages annuels sont estimés à environ 120 millions de dollars. À cela s'ajoutent les coûts de réparation des infrastructures publiques. Réseaux de transport, d’électricité, et de distribution d’eau, dont la dégradation due aux inondations pèse lourdement sur les finances publiques. En outre, la destruction des infrastructures coûte en moyenne des millions de dollars par an.
À long terme, la situation est encore plus préoccupante. Si aucune réforme structurelle n’est entreprise, la Banque mondiale prévient que le Gabon pourrait perdre entre 3,1 % et 4,8 % de son PIB annuel d’ici 2050 en raison des risques climatiques, y compris les inondations et l’érosion côtière. Le pays se trouve donc dans une position vulnérable, nécessitant des investissements urgents pour limiter les dégâts.
Des populations exposées à un risque croissant
Les inondations à Libreville touchent une large partie de la population. Selon les dernières estimations, entre 2013 et 2021, plus de 6 000 ménages ont été affectés par les inondations, principalement dans le Grand Libreville. Les inondations de novembre 2024, par exemple, ont fait plus de 630 ménages sinistrés, représentant environ 3 150 personnes. Cependant, certaines années ont été plus dramatiques. Par exemple, les inondations historiques de 2012 ont laissé plus de 77 000 personnes sinistrées dans quatre arrondissements de la capitale.
Les autorités estiment qu’environ 0,21 % à 0,33 % de la population gabonaise est exposée chaque année à des risques d’inondation. Ces chiffres révèlent l'ampleur de la menace et la vulnérabilité d’une grande partie de la population.
Les quartiers les plus vulnérables à Libreville incluent les zones basses comme Bas-de-Gué-Gué dans le 1er arrondissement, ainsi que des secteurs populaires tels qu’Awendjé, Cité Damas, ou encore PK7-PK8. Ces zones sont souvent les premières à être submergées par les eaux en période de forte pluie.
Les pertes économiques sur le PIB : une réalité inquiétante
Les inondations n’affectent pas seulement les quartiers populaires, mais ont également un impact direct sur l’économie nationale. Selon les experts, les zones régulièrement touchées par les inondations absorbent chaque année entre 0,22 % et 0,34 % du PIB gabonais. Ce pourcentage correspond à des pertes directes dues à la paralysie des commerces et des services, des destructions matérielles massives et des coûts de réparation élevés.
À titre d’exemple, les inondations de 2023 ont causé des pertes économiques estimées à 20 milliards de FCFA, soit environ 30 millions d'euros. Ces pertes se concentrent principalement sur les secteurs de l’habitat et des infrastructures de transport, mais elles se répercutent aussi sur la productivité nationale en raison de la perte de nombreuses entreprises, petites et moyennes, qui peinent à se remettre des destructions.
De plus, les coûts récurrents liés à la réparation des infrastructures publiques (routes, réseaux d’électricité et d’eau) ont un effet domino sur les finances publiques. En conséquence, l'État se trouve contraint d’allouer des ressources considérables à la gestion des inondations, au détriment d’autres secteurs prioritaires.
Les inondations et la préparation de Libreville : un défi majeur
La question de savoir si Libreville est préparée à affronter ces inondations récurrentes se pose avec acuité. L’état des infrastructures de drainage et d’assainissement laisse à désirer. Le réseau de canalisations est souvent obstrué par des déchets, ce qui rend l’évacuation des eaux pluviales difficile et inefficace. De plus, l’absence de système de collecte séparatif pour les eaux usées et les eaux pluviales aggrave la situation. Les caniveaux, souvent saturés, ne parviennent pas à évacuer correctement l’eau, et dans de nombreux quartiers, les déchets solides bloquent le passage des eaux.
Une autre difficulté majeure réside dans l’urbanisme anarchique. Libreville a connu une urbanisation rapide, avec des constructions dans des zones marécageuses ou des lits de rivières, ce qui empêche l’écoulement naturel des eaux et accentue la vulnérabilité de ces quartiers. L’absence de plan d’occupation des sols clair et respecté complique davantage les efforts de prévention.
Les autorités ont cependant commencé à prendre des mesures pour améliorer la situation. Par exemple, des opérations de curage des caniveaux ont été menées dans certains quartiers sensibles, comme le 6e arrondissement. Toutefois, ces initiatives restent ponctuelles et ne répondent pas à l’ampleur du problème. Le gouvernement a également annoncé la mise en place de projets structurants, tels que le Programme Intégré d’Alimentation en Eau Potable et d’Assainissement de Libreville (PIAEPAL), qui vise à rénover le système de drainage et à séparer les eaux usées des eaux pluviales. Cependant, ces projets peinent encore à montrer des résultats concrets à grande échelle.
En trois ans, la ville a perdu plus de 3 % de ses mangroves
La destruction des mangroves à Libreville, alimentée par l’urbanisation incontrôlée et l’exploitation des ressources naturelles, a des conséquences dramatiques. En seulement trois ans, la ville a perdu plus de 3 % de ses mangroves, essentielles pour la protection contre l’érosion côtière et les inondations. Les constructions illégales sur les zones marécageuses aggravent cette situation, en bloquant l’écoulement naturel des eaux et en exposant davantage la ville aux risques climatiques. Pourtant, la réaction des autorités reste insuffisante. Malgré des promesses de réhabilitation et des projets comme le PIAEPAL, les actions concrètes tardent à se mettre en place, laissant Libreville vulnérable face aux catastrophes naturelles.
Des défis à relever pour l'avenir
Libreville se trouve dans une position précaire face aux inondations. Si les autorités commencent à réagir, les efforts restent insuffisants pour faire face à l’ampleur des dégâts. Les inondations génèrent des pertes économiques colossales, affectent des milliers de Librevillois et menacent la stabilité de l’économie nationale. Il devient urgent que l’État mette en place des réformes structurelles profondes et une coordination plus efficace pour limiter les impacts futurs. Si ces défis ne sont pas relevés, les conséquences pour la population et l’économie gabonaises seront désastreuses à long terme.