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DEAL POLITIQUE AU GABON, “POLITIQUE DU TUBE DIGESTIF” OU “PARTAGE DU GÂTEAU”

DEAL POLITIQUE AU GABON, “POLITIQUE DU TUBE DIGESTIF” OU “PARTAGE DU GÂTEAU”
Deals politiques au Gabon : stabilité fragile et partage du pouvoir

La question des « deals politiques » s’impose aujourd’hui comme le cœur du débat public au Gabon. Dans les quartiers populaires de Libreville comme dans les cercles feutrés du pouvoir, une interrogation persiste. A qui profitent réellement ces arrangements politiques ? À la lumière des événements récents,  notamment l’élection présidentielle du 12 avril 2025 et la victoire écrasante de l’Union démocratique des Bâtisseurs à l’Assemblée nationale et au Sénat, une réponse se dessine, complexe et souvent dérangeante.


Une mécanique de survie pour les élites politiques


Pour les signataires de ces accords et les cadres des partis politiques, les « deals » ont agi comme de véritables bouées de sauvetage. Dans un contexte de transition politique d’alternance, nombreux sont ceux qui ont su transformer une situation potentiellement périlleuse en opportunité de repositionnement stratégique.


D’anciens opposants, jadis virulents contre le système en place, se retrouvent aujourd’hui intégrés dans les rouages du pouvoir. Leur participation au Dialogue national ou leur ralliement aux autorités de transition puis de la Ve République leur a ouvert les portes de postes ministériels ou de sièges au sein des institutions transitoires. Une ascension qui, pour certains observateurs, relève davantage du pragmatisme politique que de la conviction idéologique.


Du côté des anciens dignitaires du Parti démocratique gabonais (PDG), ces arrangements ont également permis d’éviter le pire. Là où l’histoire politique africaine a parfois montré des transitions synonymes de règlements de comptes, le cas gabonais fait figure d’exception. Plusieurs figures de l’ancien régime ont su négocier leur maintien dans le jeu politique, échappant ainsi à des poursuites judiciaires ou à une marginalisation totale.


À cela s’ajoute une dimension financière non négligeable. La reconnaissance officielle obtenue lors des différentes concertations permet aux partis de continuer à bénéficier de financements publics. Un levier essentiel pour assurer leur survie et leur influence dans un paysage politique en recomposition.


Les citoyens entre espoir et désillusion


Si les acteurs politiques semblent tirer profit de ces arrangements, le bilan pour les citoyens apparaît plus nuancé. Certes, le Gabon a évité le spectre d’un conflit civil après les tensions liées aux événements politiques récents. Ce « deal » tacite entre les nouveaux tenants du pouvoir et l’ancienne classe politique a permis d’instaurer une stabilité immédiate, précieuse dans un contexte régional souvent marqué par l’instabilité.


Pour beaucoup de Gabonais, ce gain de paix sociale constitue un acquis majeur. « Mieux vaut un compromis imparfait que le chaos », entend-on souvent dans les discussions de rue.


Mais cet apaisement a un coût. Celui d’une profonde désillusion démocratique. Nombreux étaient ceux qui espéraient une rupture nette avec les pratiques du passé, un renouvellement des visages et des méthodes. Or, la réalité semble tout autre. Les mêmes figures, anciens opposants reconvertis et barons du régime déchu, occupent désormais le devant de la scène.


Cette continuité alimente un sentiment de frustration. Pour une partie de la population, il ne s’agit pas d’un changement de système, mais d’une simple redistribution des cartes entre élites politiques. Une impression renforcée par la priorité donnée aux réformes institutionnelles, souvent perçues comme éloignées des préoccupations quotidiennes.


Sur le plan social, les avancées sont perceptibles et même tangibles mais restent timides. Certes, des chantiers d’infrastructures ont vu le jour. Routes réhabilitées, écoles construites, projets urbains relancés. Mais les questions essentielles, coût de la vie, emploi des jeunes, accès aux services de base, peinent à trouver des réponses concrètes. Pour beaucoup, ces enjeux passent au second plan derrière les grandes manœuvres politiques.


Une perception populaire de « partage du gâteau »


Dans les conversations populaires, un terme revient avec insistance. Celui de « politique du tube digestif ». Une expression imagée, mais révélatrice du ressenti d’une frange importante de la population.


La multiplication des nominations, la création de nouvelles structures administratives et l’élargissement des institutions sont observés comme autant de moyens de satisfaire les alliés politiques. L’objectif, selon cette lecture, serait moins de servir l’intérêt général que de consolider des alliances fragiles en distribuant postes et privilèges.


Dans un pays de près de deux millions d’habitants, cette perception alimente un sentiment d’injustice. Beaucoup ont le sentiment d’être exclus des bénéfices de ces accords, tandis qu’une minorité continue de se partager les ressources et les opportunités.


Entre stabilité collective et intérêts individuels


Au final, les « deals politiques » au Gabon présentent un double visage. D’un côté, ils ont permis d’éviter une dérive violente ou d’assurer un réel partage du pouvoir entre tous les Gabonais  et d’assurer une transition relativement pacifique,  un acquis indéniable dans le contexte africain actuel. De l’autre, ils ont largement servi les intérêts individuels des acteurs politiques, favorisant leur reconversion et la préservation de leurs carrières.


La question demeure donc ouverte. Ces arrangements constituent-ils une étape nécessaire vers une démocratie plus mature, ou ne sont-ils qu’un prolongement des pratiques anciennes sous une forme renouvelée ?


L’avenir politique du Gabon dépendra en grande partie de la capacité de ses dirigeants à transformer ces compromis en véritables réformes au service du plus grand nombre. Car au-delà des calculs politiques, c’est bien l’aspiration des citoyens à une vie meilleure qui devrait, en définitive, guider l’action publique.

Par Pamphil

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