CRÉER SON ENTREPRISE AU GABON, LA NOUVELLE VOIE DES JEUNES FACE AU CHÔMAGE ?
Dans un Gabon où le marché de l’emploi reste étroit et souvent saturé, une génération refuse de rester spectatrice. Elle invente, tente, se trompe parfois, mais surtout elle entreprend. La question de l’auto-emploi n’a été aussi centrale dans le débat public. Entre nécessité et ambition, les jeunes Gabonais transforment le chômage en tremplin.
Une jeunesse face à la pression du marché du travail
Le constat est connu, presque banal, mais toujours aussi préoccupant. Près de 35 % des jeunes actifs au Gabon sont sans emploi stable. Dans ce contexte, l’entrepreneuriat apparaît comme une alternative concrète, parfois subie, souvent choisie. Selon les observations relayées par les acteurs économiques locaux, environ 50 % des nouveaux créateurs d’entreprises sont des jeunes de moins de 35 ans. Des visages, des histoires et des combats quotidiens.
Marie, la cuisine comme acte de survie et d’ambition
À Libreville, Marie, 29 ans, a lancé un petit service de restauration rapide depuis la cour familiale. Diplômée en gestion, elle n’a jamais trouvé d’emploi stable. « J’ai attendu deux ans, puis j’ai compris que je devais me créer mon propre salaire », confie-t-elle.
Elle a commencé avec un investissement de 200 000 FCFA, économisés petit à petit. Aujourd’hui, elle sert des plats locaux à une clientèle de bureau. Son chiffre d’affaires reste modeste, mais suffisant pour survivre. Marie fait partie de ces jeunes pour qui l’entrepreneuriat n’est pas un luxe, mais une réponse directe à l’absence d’opportunités.
Kevin, l’artisanat comme affirmation identitaire
Dans un autre quartier, Kevin, 32 ans, s’est lancé dans la fabrication de sandales et accessoires en cuir. Autodidacte, il a appris les bases grâce à des tutoriels en ligne et à un ancien artisan du marché Mont-Bouët.
Son activité s’inscrit dans un secteur où près de 60 % des jeunes entrepreneurs se concentrent. Commerce, artisanat et petite restauration. « Je voulais quelque chose de concret, pas attendre un concours qui ne vient jamais », dit-il avec lucidité.
Kevin vend désormais ses produits sur les réseaux sociaux et lors de petits marchés locaux. Il emploie même deux apprentis, preuve que les micro-initiatives peuvent générer de petits écosystèmes économiques.
Junior, le numérique comme horizon
Junior, 26 ans, incarne une autre génération. Diplômé en informatique, il a choisi le e-commerce. Il achète et revend des produits électroniques via des plateformes sociales. Son activité, encore fragile, lui permet néanmoins d’être autonome.
Dans son cas, la technologie devient une passerelle vers l’indépendance. Mais le chemin reste instable. Selon les estimations des structures d’accompagnement, seules 4 entreprises sur 10 franchissent le cap des deux premières années.
« Le problème, ce n’est pas l’idée, c’est la régularité et l’accès au financement », explique-t-il.
Une dynamique encouragée mais encore fragile
Chaque année, des événements comme la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat tentent de structurer cet élan. On y célèbre la créativité des jeunes, on y promeut l’innovation, on y multiplie les discours d’encouragement. Mais sur le terrain, les difficultés persistent. Accès limité au crédit, manque d’accompagnement, et faible formalisation des activités.
Pourtant, le mouvement est lancé. Dans les rues de Libreville, Port-Gentil ou Franceville, l’économie informelle devient un laboratoire d’expérimentation sociale et économique.
Entre nécessité et espoir
Ce que révèle cette dynamique, c’est une réalité simple. L’entrepreneuriat au Gabon est encore largement une réponse au manque d’emploi salarié. Mais il devient aussi, progressivement, une culture.
Les jeunes ne veulent plus seulement « chercher du travail », ils veulent en créer. Cette transition n’est ni linéaire ni garantie de succès, mais elle redessine les contours de l’économie nationale.
Dans ce pays riche en ressources mais confronté à des défis structurels, l’énergie de la jeunesse apparaît comme un capital précieux.