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GABON RICHE, GABONAIS PAUVRES : LE PARADOXE D’UN PAYS OÙ 33 % DE LA POPULATION VIT DANS LA PAUVRETÉ

GABON RICHE, GABONAIS PAUVRES : LE PARADOXE D’UN PAYS OÙ 33 % DE LA POPULATION VIT DANS LA PAUVRETÉ
Gabon riche en ressources, pauvreté persistante avec 33 % de la population en difficulté.

À première vue, le Gabon a tout pour réussir. Avec un sous-sol généreux et une biodiversité parmi les plus riches du monde, le pays cumule des ressources naturelles stratégiques. Pétrole, manganèse, bois, or, sans oublier un potentiel agricole et touristique encore largement sous-exploité. Pourtant, rien n’est rose pour la majorité des Gabonais. Une grande partie des Gabonais peine à joindre les deux bouts.


Un pays béni, une population en difficulté


Selon les dernières estimations, le Gabon produit environ 200 000 barils de pétrole par jour, tandis que ses réserves de manganèse figurent parmi les plus importantes au monde, représentant près de 25 % des réserves mondiales connues. Le secteur forestier, lui, couvre près de 88 % du territoire national, offrant une richesse écologique exceptionnelle. Malgré ces chiffres impressionnants, le taux de pauvreté reste préoccupant, touchant environ 33 % de la population, selon les données de la Banque mondiale.


Comment expliquer un tel décalage entre richesse nationale et précarité quotidienne ?


Une économie trop dépendante des matières premières


Le premier élément de réponse réside dans la structure même de l’économie gabonaise. Depuis plusieurs décennies, le pays repose essentiellement sur l’exploitation de ses ressources naturelles. Le pétrole représente encore près de 40 % du PIB et environ 70 % des recettes d’exportation.


Cette dépendance rend l’économie extrêmement vulnérable aux fluctuations des prix internationaux. Lorsque le baril chute, c’est tout le pays qui vacille. Les conséquences sont immédiates. Baisse des recettes publiques, réduction des investissements, ralentissement de l’activité économique et, in fine, impact direct sur le niveau de vie des populations.


Le manganèse, deuxième pilier de l’économie, contribue à hauteur de 6 à 8 % du PIB, mais là encore, la valeur ajoutée locale reste faible. Le minerai est majoritairement exporté brut, privant ainsi le pays de revenus supplémentaires liés à la transformation industrielle.


Une redistribution des richesses inégalitaire


L’autre grande explication du paradoxe gabonais tient à la question de la redistribution des richesses. Le pays affiche un PIB par habitant relativement élevé, estimé à environ 8 500 dollars, ce qui le classe parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur. Pourtant, cet indicateur masque de profondes inégalités.


Dans les grandes villes comme Libreville ou Port-Gentil, une minorité bénéficie d’un niveau de vie confortable, tandis que la majorité de la population vit avec des revenus modestes. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 150 000 FCFA, mais de nombreux Gabonais, notamment dans le secteur informel, gagnent bien en dessous de ce seuil.


Les disparités sont également territoriales. À l’intérieur du pays, l’accès aux services de base,  eau potable, électricité, soins de santé,  reste limité. Dans certaines localités rurales, plus de 40 % des habitants n’ont pas accès à l’eau potable, ce qui contraste fortement avec les richesses naturelles du pays.


Le poids du chômage et du sous-emploi


Le chômage constitue un autre facteur aggravant. Officiellement, le taux de chômage tourne autour de 30 %, mais il est beaucoup plus élevé chez les jeunes, atteignant parfois 35 à 40 %. Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur le marché du travail sans trouver d’emploi correspondant à leurs qualifications.


Le tissu économique reste peu diversifié et dominé par des secteurs capitalistiques qui créent peu d’emplois. L’industrie pétrolière, par exemple, génère d’importantes recettes mais emploie relativement peu de main-d’œuvre.


Face à ce manque d’opportunités, de nombreux Gabonais se tournent vers le secteur informel, qui représente plus de 50 % de l’activité économique. Mais ce secteur est précaire, mal structuré et peu rémunérateur, contribuant ainsi à maintenir une large partie de la population dans la pauvreté.


Gouvernance et gestion des ressources : un débat sensible


La question de la gouvernance est au cœur du débat. Depuis des années, les critiques se multiplient sur la gestion des ressources publiques et la transparence dans l’utilisation des revenus issus du pétrole et des mines.


Plusieurs rapports internationaux pointent des faiblesses en matière de gouvernance économique. Le manque de transparence, les détournements présumés et la faible efficacité des politiques publiques alimentent un sentiment d’injustice au sein de la population.


Pour de nombreux Gabonais, la richesse du pays ne profite qu’à une élite, tandis que la majorité continue de subir la hausse du coût de la vie. Le prix des denrées alimentaires, largement importées, a augmenté de 15 à 20 % ces dernières années, pesant lourdement sur les budgets des ménages.


Une industrialisation encore timide


Pour sortir de ce paradoxe, plusieurs experts plaident pour une transformation structurelle de l’économie. L’industrialisation apparaît comme une solution incontournable. Transformer localement le bois, le manganèse ou les produits agricoles permettrait de créer des emplois, d’augmenter les revenus et de réduire la dépendance aux importations.


Des efforts ont été engagés, notamment avec la création de zones économiques spéciales comme celle de Nkok, dédiée à la transformation du bois. Aujourd’hui, près de 70 % du bois exporté est transformé localement, contre moins de 20 % il y a une décennie. Une avancée notable, mais encore insuffisante pour absorber le chômage de masse.


Le défi de la diversification économique


Au-delà de l’industrialisation, le Gabon doit impérativement diversifier son économie. L’agriculture, par exemple, ne représente que 5 % du PIB, alors que le pays importe près de 60 % de ses besoins alimentaires. Un paradoxe supplémentaire pour un pays doté de terres fertiles et d’un climat favorable.


Le tourisme écologique constitue également une piste prometteuse. Avec ses parcs nationaux couvrant 11 % du territoire, le Gabon dispose d’un potentiel unique en Afrique. Pourtant, le secteur reste peu développé, faute d’infrastructures et de stratégie claire.


Une urgence sociale et politique


Le paradoxe gabonais n’est pas seulement économique, il est aussi social et politique. La frustration grandit au sein de la population, notamment chez les jeunes, qui aspirent à de meilleures conditions de vie et à davantage d’opportunités.


Les attentes sont fortes. Amélioration des services publics, création d’emplois, baisse du coût de la vie, meilleure redistribution des richesses. Autant de défis que les autorités doivent relever pour éviter que ce paradoxe ne se transforme en crise durable.


Pourquoi pas un nouveau modèle ?


Le Gabon se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Le pays a les moyens de son ambition, mais doit repenser son modèle de développement. Miser uniquement sur ses ressources naturelles ne suffit plus.


Il s’agit désormais de construire une économie inclusive, capable de transformer la richesse du sous-sol en bien-être pour tous. Le défi est immense, mais il est à la hauteur des potentialités du pays.


Car au fond, la question que se posent les deux millions et demi  de Gabonais reste la même. Comment un pays aussi riche peut-il laisser ses enfants dans la pauvreté ?  

Par Pamphil

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