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LIBREVILLE, QUAND LE SALAIRE FINIT LE 10 DU MOIS

LIBREVILLE, QUAND LE SALAIRE FINIT LE 10 DU MOIS
Salaire finissant le 10 du mois à Libreville : une réalité dure

Parler aujourd’hui de Libreville en particulier, de Port-Gentil ou de Franceville, ou  du Gabon sans parler du coût de la vie serait ignorer la principale préoccupation des Gabonais. Dans les marchés, dans les taxis, dans les administrations, dans les familles, une phrase revient sans cesse. « La vie est devenue trop chère ». Le sentiment est général. Les prix augmentent, mais les salaires stagnent. Résultat, de plus en plus de ménages vivent à crédit, survivent ou s’endettent.


Alors une question brûle toutes les lèvres . Vivre au Gabon devient-il un luxe ?


Des prix alimentaires en hausse constante


Le premier choc pour les ménages reste l’alimentation. Il suffit de faire un tour au marché ou dans un supermarché pour comprendre que nourrir une famille coûte de plus en plus cher.


Aujourd’hui, à Libreville comme dans plusieurs villes du pays.


- Un sac de riz de 25 kg coûte entre 18 000 et 22 000 FCFA


- Un poulet congelé coûte 3 500 à 4 500 FCFA


- Le kilo de viande de bœuf peut atteindre 5 000 FCFA


-Le bidon d’huile de 5 litres coûte environ 9 000 FCFA


-Une baguette de pain coûte 150 FCFA


- Une caisse de poisson peut dépasser 25 000 FCFA


Pour une famille de 4 à 5 personnes, le budget alimentaire mensuel peut facilement atteindre 120 000 à 180 000 FCFA, soit parfois plus que le salaire minimum. Le problème est que le Gabon importe une grande partie de ses produits alimentaires, ce qui rend les prix dépendants du transport, du carburant et du marché international.


Les loyers : l’autre grande souffrance des Gabonais


Après la nourriture, le logement est la deuxième dépense la plus lourde pour les ménages. Trouver un logement décent à un prix raisonnable devient de plus en plus difficile, surtout à Libreville, Owendo et Akanda.


Les prix moyens observés sont des pilules amères des centaines de Gabonais. 


- Chambre simple : 40 000 à 60 000 FCFA


- Studio : 70 000 à 120 000 FCFA


- Appartement 2 chambres : 150 000 à 300 000 FCFA


- Maison dans certains quartiers : 300 000 FCFA et plus


Quand on sait que beaucoup de Gabonais gagnent entre 150 000 et 300 000 FCFA par mois, on comprend que le loyer peut représenter 40 % à 60 % du salaire, ce qui est extrêmement élevé. Beaucoup de familles vivent donc dans des quartiers éloignés, dans les “Mapanes”  ou dans des maisons surpeuplées pour réduire les dépenses


Transport et carburant : se déplacer coûte cher


Le transport est aussi devenu une dépense importante dans le budget des ménages. Même si les taxis urbains restent relativement accessibles, les dépenses mensuelles s’accumulent rapidement.


En moyenne, les prix ne sont pas à la hauteur de plusieurs Gabonais selon leurs revenus.


Course de taxi-bus  : 100 à 500 FCFA voire 700 FCFA


Transport quotidien : plus de 1 000 FCFA par jour


Soit environ 25 000 FCFA par mois


Pour ceux qui ont une voiture, c’est n’est pas une sinécure. 


- Litre d’essence : environ 605 FCFA


- Un plein moyen : 30 000 FCFA


- Entretien du véhicule : parfois 50 000 FCFA par mois


Au final, avoir une voiture devient presque un luxe pour de nombreux ménages.


Salaires : le grand décalage


Le vrai problème du coût de la vie au Gabon n’est pas seulement la hausse des prix. Le problème principal est le décalage entre les prix et les salaires. Quelques repères nous laissent dire que le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais des années précédentes de mauvaise gouvernance. 


 SMIG (salaire minimum) : environ 80 000 FCFA


 Petit fonctionnaire : 150 000 à 250 000 FCFA


Agent contractuel : 120 000 à 200 000 FCFA


 Cadre moyen : 300 000 à 600 000 FCFA


Quand on compare ces salaires aux dépenses mensuelles, la différence est palpable. 


-  Loyer : 100 000 FCFA


- Nourriture : 150 000 FCFA


- Transport : 25 000 FCFA


- Électricité et eau : 30 000 FCFA


- Téléphone et internet : 15 000 FCFA


On obtient un budget mensuel d’environ 320 000 FCFA pour vivre modestement.


Cela signifie qu’une grande partie des travailleurs dépense plus qu’elle ne gagne.


C’est pour cela qu’on entend souvent dire. « Le salaire finit le 10 du mois ».


Les nouvelles habitudes de survie des Gabonais


Face à la vie chère, les Gabonais développent de nouvelles stratégies pour survivre. 


- Acheter en détail au lieu d’acheter en gros


- Cuisiner moins de viande


- Partager les logements


- Multiplier les petits commerces notamment au crépuscule quand les marchés sont à trente ou une heure de fermeture


-Faire des tontines


- Avoir deux ou trois activités en même temps


Aujourd’hui, beaucoup de fonctionnaires sont aussi commerçants, chauffeurs de taxi, des chauffeurs de clando, les enseignants sont répétiteurs, vendeurs en ligne ou agriculteurs le week-end. Le salaire seul ne suffit plus pour vivre.


Une étranglement lent et silencieux


Le coût de la vie n’est pas seulement un problème économique. C’est aussi un problème social. Quand la vie devient trop chèr. 


- Les familles s’endettent


- Les jeunes ne quittent plus la maison familiale


- Les couples se disputent pour l’argent


-  La corruption augmente


-  Le stress et la dépression augmentent


-  La criminalité peut augmenter


La vie chère devient donc une véritable bombe sociale silencieuse.


Pourquoi vivre bien au Gabon devient-il un luxe ?


La question n’est plus exagérée. Aujourd’hui, pour vivre correctement au Gabon, il faut souvent gagner au moins 700 000 à 800 000 FCFA par mois. Ce qui est loin d’être le cas de la majorité de la population.


Le Gabon reste un pays riche en pétrole, en manganèse, en fer, en or, en potasse, en bois et en ressources halieutiques et agricoles, mais le pouvoir d’achat des populations reste faible.


Le véritable défi des années à venir ne sera pas seulement de créer des emplois, mais de permettre aux Gabonais de vivre dignement de leur salaire.


Car un pays où les citoyens travaillent mais n’arrivent pas à vivre correctement est un pays où la frustration sociale grandit lentement, mais sûrement.


Et beaucoup de Gabonais le disent déjà. « Au Gabon, on ne vit plus, on survit. »


 


 

Par Pamphil

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