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THIAROYE, L'ÉTAT FRANÇAIS RECONNU COUPABLE DE DISSIMULATION DANS LE MASSACRE DES TIRAILLEURS

THIAROYE, L'ÉTAT FRANÇAIS RECONNU COUPABLE DE DISSIMULATION DANS LE MASSACRE DES TIRAILLEURS
Massacre de Thiaroye : l'État français condamné pour dissimulation des faits historiques.

Le vendredi 27 mars 2026 restera une date marquante dans l’histoire des relations franco-africaines et de la justice en France. Plus de 80 ans après le massacre de Thiaroye, le tribunal administratif de Paris a enfin reconnu la responsabilité de l’État français dans l’occultation des circonstances du décès d’un tirailleur sénégalais tué par l'armée coloniale française lors de ce bain de sang. Cette décision, prise à l'issue d’un long combat judiciaire, marque une étape importante dans la quête de vérité et de justice pour les familles des victimes, dont les souffrances ont trop longtemps été ignorées ou minimisées.


Un massacre impuni depuis trop longtemps


Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, demeure l’un des événements les plus sombres et les plus douloureux de l’histoire coloniale de la France. Ce jour-là, dans le camp de Thiaroye, près de Dakar, des centaines de tirailleurs sénégalais, maliens, ivoiriens, burkinabés, guinéens et d’autres pays d'Afrique de l'Ouest, ont été abattus par l'armée française. Ces soldats avaient servi avec honneur pendant la Seconde Guerre mondiale, mais après avoir combattu aux côtés des troupes françaises, ils réclamaient le paiement de leurs soldes, souvent promises mais jamais versées.


Ces hommes, issus des colonies françaises, avaient risqué leur vie pour libérer la métropole et ses alliés. Mais, au lieu d’être honorés et rémunérés pour leur service, ils ont été confrontés à la brutalité des autorités coloniales, qui ont choisi la répression sanglante plutôt que la reconnaissance. Le 1er décembre 1944, une fusillade ouverte par les troupes françaises a mis fin à la vie de dizaines, voire de centaines de tirailleurs. Cependant, le nombre exact de victimes, ainsi que les circonstances précises de leur décès et leur lieu de sépulture, ont été entourés de mystère pendant des décennies.


Une justice qui reconnaît enfin la faute de l'État français


Ce 27 mars 2026, après un long combat, la justice administrative française a reconnu la faute de l’État pour avoir dissimulé les circonstances du décès de l’un de ces tirailleurs. En l’occurrence, l’affaire a été portée devant les juridictions françaises par Biram Senghor, le fils d’un tirailleur tué ce jour-là. Le tribunal administratif de Paris a ainsi décidé que l’État français avait « délivré plusieurs informations erronées » à la famille du soldat dans les années qui ont suivi son décès, en indiquant notamment que celui-ci était un « déserteur » et que sa solde avait été intégralement versée. En outre, les autorités françaises avaient justifié les tirs des soldats français comme une réponse « proportionnée » à une situation présumée menaçante.


Cependant, le tribunal a souligné que ces informations étaient fausses et que l’État n’avait pas mis en œuvre « tous les moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises de la mort » du tirailleur ainsi que « son lieu de sépulture ». Cette omission, selon le tribunal, constitue une faute de la part de l’État français, qui engage sa responsabilité. Le tribunal a donc ordonné une indemnisation de 10 000 euros pour Biram Senghor, en réparation du préjudice moral causé par cette absence de recherche des circonstances du décès de son père.


Un dédommagement insuffisant, mais une avancée historique


Pour Biram Senghor, cette décision est un pas important vers la reconnaissance du massacre de Thiaroye et des souffrances infligées aux familles des tirailleurs. Bien que l'indemnisation de 10 000 euros soit une avancée, elle ne suffit pas à compenser la douleur causée par la perte de son père dans des conditions aussi inhumaines et injustifiées. Biram Senghor, tout en exprimant sa satisfaction d’avoir obtenu gain de cause, n’hésite pas à souligner sa déception concernant le montant de l'indemnisation. « C’est bien que l’État soit condamné, mais cela reste insuffisant, notamment pour l’assassinat de mon père. Ce n’est pas juste. Mon père a été tué en pleine guerre, après avoir combattu pour la France. » Il est difficile de ne pas comprendre son amertume. Il ne s’agit pas seulement d’une indemnisation financière, mais aussi de la reconnaissance d’une vérité longtemps cachée.


Il est à noter que la justice n’a pas pu statuer sur le décès lui-même en raison de la prescription des faits. Autrement dit, bien que la culpabilité de l’État français soit désormais reconnue, il n'est plus possible de poursuivre la France pour le meurtre direct des tirailleurs en 1944. Le tribunal a donc limité sa décision à un préjudice moral, en raison de la dissimulation des circonstances exactes de la mort du soldat. Cette reconnaissance n’est toutefois pas à sous-estimer, car elle permet de mettre en lumière une partie de l’histoire coloniale qui a été occultée pendant trop longtemps.


Un traumatisme toujours vif au Sénégal et en Afrique


Les événements de Thiaroye continuent de hanter le Sénégal et les pays d'origine des tirailleurs. Bien que le président français Emmanuel Macron ait reconnu, en novembre 2024, que les forces coloniales françaises avaient commis un « massacre » à Thiaroye, la reconnaissance officielle de la faute de l’État français n’a pas suffi à effacer la douleur des descendants des victimes. La guerre n’a pas été remportée par ces soldats d'Afrique de l’Ouest, mais dans leur esprit, un sentiment de trahison est resté longtemps. Le massacre de Thiaroye a marqué un tournant dans la relation entre les anciennes colonies et la France. Ce n’était pas seulement une tuerie, mais un symbole de la brutalité du colonialisme et de l’injustice envers ceux qui ont servi la France.


Le traumatisme de Thiaroye persiste au-delà des frontières du Sénégal. Il traverse les générations et est inscrit dans la mémoire collective des anciens colonies françaises. À chaque anniversaire du massacre, les familles des victimes, les historiens et les militants pour la vérité se battent pour que l’histoire ne soit pas oubliée et que justice soit rendue.


Une décision qui pourrait ouvrir la voie à d’autres actions en justice


La décision du tribunal administratif de Paris pourrait ouvrir la voie à d’autres actions en justice concernant les autres tirailleurs de Thiaroye et les nombreux autres massacres commis par l’armée coloniale française. Elle envoie également un signal fort aux autorités françaises, leur rappelant qu’il est grand temps de faire face à la réalité historique et de reconnaître les crimes du passé. Pour les descendants des tirailleurs, la reconnaissance de cette vérité est une victoire symbolique, un pas vers la réconciliation, mais aussi un appel à la justice pour les autres victimes du colonialisme.


Bien que le combat judiciaire ait permis d’obtenir une réparation partielle, l’histoire de Thiaroye, encore marquée par des zones d’ombre, continue de rappeler l’importance de la vérité et de la reconnaissance des souffrances infligées aux peuples d'Afrique pendant l’ère coloniale. Le massacre de Thiaroye ne doit pas être oublié, et la quête de justice pour ces hommes qui ont servi la France avec honneur doit se poursuivre.


 

Par Pamphil

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