GABON : 274 DÉTENUS LIBÉRÉS À LIBREVILLE APRÈS DES DÉTENTIONS ILLÉGALES
La prison centrale de Libreville, communément appelée Gros-Bouquet, a été le théâtre, hier, d’un événement aussi rare que symbolique : la libération de 274 détenus en situation irrégulière. Parmi eux, huit femmes. Cette mesure, qualifiée de « liberté d’office », a été prise sur instructions des plus hautes autorités du pays, à la suite d’une enquête administrative ayant mis en lumière de graves dysfonctionnements au sein de l’appareil judiciaire et pénitentiaire gabonais.
La cérémonie de remise en liberté s’est déroulée en présence du ministre de la Justice, Garde des sceaux, chargé des Droits humains, Dr Augustin Emane. Une présence qui témoigne de l’importance accordée à cette opération, censée marquer un tournant dans la gestion des détentions au Gabon.
Une découverte alarmante lors d’une visite ministérielle
Tout remonte à la visite effectuée par le ministre dans cet établissement pénitentiaire, le 12 février dernier. Ce jour-là, un constat préoccupant est dressé : la majorité des détenus sont en détention préventive, souvent prolongée au-delà des délais légaux.
Les chiffres sont éloquents. Sur une population carcérale estimée à 3 500 détenus, à peine 600 ont été jugés. Une situation qui soulève des interrogations sur le respect des procédures judiciaires et des droits fondamentaux des personnes incarcérées.
Alertée, la hiérarchie de la Sécurité pénitentiaire transmet un rapport détaillé au Garde des sceaux. Celui-ci fait état de nombreux cas similaires dans l’ensemble des prisons du pays, où des individus sont maintenus derrière les barreaux en dehors de tout cadre légal.
Une enquête administrative révélatrice
Face à la gravité des faits, une commission d’enquête administrative est mise en place sous l’égide de l’Inspection générale des Services judiciaires. Pendant dix jours, cette équipe passe au peigne fin les dossiers des détenus de la prison de Libreville, en collaboration avec les services compétents.
Le résultat est sans appel. Plus de 500 cas problématiques sont identifiés. Après examen approfondi, 274 détenus sont reconnus comme étant en situation irrégulière.
Deux principales catégories émergent. D’une part, des personnes déjà condamnées mais maintenues en détention bien au-delà de la durée de leur peine, certains cas évoquent des dépassements allant jusqu’à neuf ans. D’autre part, des individus placés sous mandat de dépôt dans le cadre de procédures de flagrance, mais jamais jugés dans les délais requis.
Des délais légaux largement ignorés
Le Code de procédure pénale gabonais est pourtant explicite en matière de détention préventive. En matière correctionnelle, celle-ci ne peut excéder six mois, renouvelables une seule fois pour atteindre un maximum de douze mois. En matière criminelle, la durée est fixée à un an, avec des prolongations possibles, sans toutefois dépasser deux ans au total.
Au-delà de ces délais, toute détention devient illégale. Or, les conclusions de l’enquête démontrent que ces dispositions sont régulièrement ignorées, au détriment des droits des justiciables.
Cette situation met en lumière les lenteurs judiciaires, le manque de suivi des dossiers et, plus largement, les failles structurelles du système judiciaire gabonais.
Une mesure forte et ses implications
C’est donc pour corriger ces dérives que le gouvernement a ordonné la libération immédiate des détenus concernés. La « liberté d’office » prononcée dans ces cas entraîne l’extinction de l’action judiciaire à leur encontre, comme l’a précisé le ministre de la Justice.
Au-delà de l’aspect humain, cette décision vise également à restaurer la crédibilité de l’institution judiciaire et à rappeler l’impératif du respect de la loi.
Si la libération de ces 274 détenus constitue un soulagement pour les concernés et leurs familles, elle pose surtout une question fondamentale. Comment éviter que de telles irrégularités ne se reproduisent ?
L’opinion publique, elle, attend des réponses concrètes et des actions fortes pour garantir que la justice gabonaise soit, enfin, rendue dans les délais et dans le respect des droits de tous.