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GABON, COMBIEN COÛTE L’EXPORTATION DES MATIÈRES PREMIÈRES SANS TRANSFORMATION LOCALE ?

GABON, COMBIEN COÛTE L’EXPORTATION DES MATIÈRES PREMIÈRES SANS TRANSFORMATION LOCALE ?
Coût de l’exportation des matières premières non transformées au Gabon

Le Gabon est l’un des pays les plus riches en ressources naturelles d’Afrique centrale. Pétrole, manganèse, bois, or, produits agricoles. Le sous-sol et les forêts regorgent de richesses. Pourtant, une grande partie de ces matières premières quitte encore le pays à l’état brut. Le paradoxe est saisissant. Ce qui est extrait ou récolté au Gabon génère l’essentiel de sa valeur ailleurs, dans les usines de transformation à l’étranger. Derrière cette réalité se cache une question cruciale pour l’avenir économique du pays. Combien le Gabon perd-il réellement en exportant ses matières premières sans transformation locale ?


La transformation : le cœur de la valeur économique


Dans l’économie mondiale moderne, la richesse ne réside plus seulement dans la possession de ressources naturelles. Elle se construit surtout dans la transformation industrielle. Entre une matière première brute et un produit fini, la valeur peut être multipliée par cinq, dix, parfois vingt.


Prenons un exemple simple. Un arbre coupé dans une forêt gabonaise peut être vendu sous forme de grume. Mais une fois transformé en planches, en meubles ou en produits dérivés, sa valeur explose.


C’est précisément cette différence que les économistes appellent la valeur ajoutée. Et c’est là que se joue une grande partie de la prospérité des nations.


Le bois : un potentiel industriel gigantesque


Le Gabon possède l’une des forêts tropicales les plus riches du monde. Le bois représente historiquement l’un des piliers des exportations non pétrolières du pays.


Avant la réforme interdisant l’exportation de grumes en 2010, la majorité du bois gabonais quittait le pays sans transformation. Depuis, des progrès ont été réalisés avec l’installation de scieries et d’unités de transformation dans la Zone économique spéciale de Nkok. Mais la transformation reste encore partielle.


Sur le marché international :


-1 m³ de grume peut être vendu entre 150 et 250 dollars


-1 m³ transformé en planches peut atteindre 400 à 600 dollars


-1 m³ transformé en meubles ou produits finis peut dépasser 1 500 dollars


Autrement dit, lorsque le bois quitte le pays peu transformé, le Gabon peut perdre jusqu’à 70 % de la valeur économique potentielle.


Avec une production annuelle dépassant souvent 2 millions de m³, la perte de valeur ajoutée pourrait représenter plusieurs centaines de millions de dollars par an.


Le manganèse : un trésor industriel sous-exploité


Le Gabon est le deuxième producteur mondial de manganèse, grâce notamment au gisement de Moanda exploité par la compagnie minière Eramet  via sa filiale Compagnie Minière de l'Ogooué.


Chaque année, plusieurs millions de tonnes de manganèse sont exportées vers l’Europe, la Chine ou l’Inde. Ce minerai est indispensable à la fabrication de l’acier et des batteries.


Sur le marché international :


-1 tonne de minerai brut peut être vendue autour de 150 à 200 dollars


-Une fois transformée en alliages ferro-manganèse, sa valeur peut dépasser 800 à 1 000 dollars la tonne


Le calcul est simple. Pour chaque tonne exportée sans transformation avancée, la valeur ajoutée captée par l’économie gabonaise reste limitée.


Avec une production annuelle proche de 8 millions de tonnes, la différence de valeur peut représenter plusieurs milliards de dollars captés à l’étranger dans la chaîne industrielle.


L’or : un métal précieux mais peu transformé


L’or est une autre ressource prometteuse pour le Gabon. L’exploitation reste encore modeste mais se développe progressivement avec l’encadrement du secteur artisanal et l’arrivée de projets industriels. Mais ici encore, la transformation locale reste marginale. Lorsque l’or est exporté sous forme de lingots bruts ou de concentrés miniers, le pays bénéficie principalement de la valeur liée à l’extraction.


Pourtant, la transformation dans la chaîne de valeur peut multiplier les revenus :


-extraction et vente brute


- raffinage industriel


- fabrication de bijoux


- industrie électronique ou financière


Dans certains pays comme la Turquie ou l’Inde, la transformation de l’or en bijoux peut multiplier la valeur initiale par trois ou quatre. Le Gabon perd donc non seulement une valeur industrielle, mais aussi un secteur artisanal capable de créer des milliers d’emplois.


Les produits agricoles : l’exemple du cacao et du palmier à huile


Le phénomène est encore plus visible dans l’agriculture. Prenons le cas du cacao, produit dans plusieurs régions d’Afrique. Un kilogramme de cacao brut peut être vendu environ 1 à 2 dollars sur les marchés internationaux.


Mais une fois transformé :


- En pâte de cacao


-En beurre de cacao


 -Puis en chocolat


La valeur peut atteindre 10 à 20 dollars pour l’équivalent du même kilogramme.


Autrement dit, près de 90 % de la valeur économique du chocolat est captée hors des pays producteurs. Le même phénomène existe pour l’huile de palme, le café ou le caoutchouc.


Un manque à gagner colossal pour l’économie nationale


Si l’on additionne les pertes de valeur ajoutée dans les secteurs du bois, du manganèse, de l’or et de certains produits agricoles, les économistes estiment que le Gabon pourrait perdre plusieurs milliards de dollars de richesse potentielle chaque année. Ces pertes ne sont pas seulement financières.


Elles représentent aussi :


-Des milliers d’emplois industriels non créés


-Des recettes fiscales manquées


-Un développement technologique ralenti


-Une dépendance persistante aux matières premières


L’industrialisation : la clé de la souveraineté économique


Depuis plusieurs années, les autorités gabonaises tentent d’inverser cette tendance. La création de la Zone économique spéciale de Nkok et l’interdiction de l’exportation de grumes ont marqué une étape importante dans la stratégie d’industrialisation. Mais pour capter davantage de valeur ajoutée, plusieurs défis restent à relever.


-Développer l’énergie industrielle


-Améliorer les infrastructures logistiques


-Former une main-d’œuvre qualifiée


-Attirer des investisseurs dans la transformation locale


Il est temps que Gabon change son modèle économique. Car l’enjeu est de ne plus être seulement un pays qui exporte des richesses naturelles, mais un pays qui exporte de la valeur. Et dans cette bataille économique mondiale, chaque usine construite au Gabon représente une part de richesse qui reste enfin sur le territoire national.


 


 

Par Pamphil

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