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VIVRE SANS PAPIERS… DANS SON PROPRE PAYS

VIVRE SANS PAPIERS… DANS SON PROPRE PAYS
Vivre sans papiers au Gabon : des citoyens invisibles dans leur propre pays

Au Gabon, posséder des documents d’identité officiels devrait être une évidence pour chaque citoyen. Pourtant, pour de nombreux Gabonais vivent comme des migrants dans leur propre pays. Car obtenir ou renouveler une simple pièce d’identité relève d’un véritable parcours du combattant. Beaucoup de Gabonais sont morts sans avoir obtenu lesdits documents. Dans plusieurs villes du pays, des milliers de personnes vivent sans papiers, incapables de prouver leur nationalité gabonaise ou même leur existence administrative. De nombreux  enfants en bas âge sont des apatrides dans le pays de leur père et de leur mère, 100% Gabonais. Une situation paradoxale qui pousse certains à dire qu’ils vivent comme des étrangers dans leur propre pays.


Une réalité silencieuse mais répandue


Dans les quartiers populaires et même huppés de Libreville, de Port-Gentil ou encore de Franceville, l’absence de documents administratifs touche une partie non négligeable de la population. Carte nationale d’identité, acte de naissance, certificat de nationalité ou passeport. Ces documents sont indispensables pour accéder à de nombreux services. Sans eux, il devient difficile de s’inscrire à l’école, d’obtenir un emploi formel, d’ouvrir un compte bancaire ou même de voyager à l’intérieur du pays et surtout à l’extérieur du pays. Un voyage hors du Gabon devient impossible. 


Pour beaucoup, tout commence par l’absence d’acte de naissance. Certains Gabonais n’ont jamais été déclarés à l’état civil à leur naissance, souvent en raison de l’éloignement des centres administratifs, du coût exigé pour la signature d’une déclaration de naissance à l’hôpital puis à la mairie, du manque d’information ou de difficultés financières. D’autres ont vu leurs documents se perdre avec le temps, sans jamais pouvoir les remplacer. D’autres encore ont été victimes d'incendies. 


Cette situation crée une forme d’invisibilité administrative. Des citoyens vivent, travaillent et fondent des familles sans que leur existence ne soit réellement reconnue par l’administration.


Le parcours du combattant administratif


Même pour ceux qui souhaitent régulariser leur situation, les démarches sont souvent longues et complexes. Les procédures pour reconstituer un acte de naissance en passant par le palais de justice de Libreville ou obtenir une carte nationale d’identité peuvent prendre des mois, généralement des années.


Les usagers dénoncent régulièrement la lenteur administrative, le manque d’informations claires et les allers-retours incessants entre différents services. Dans certains cas, des documents supplémentaires sont exigés, ce qui complique encore davantage les démarches.


À cela s’ajoutent les coûts. Bien que certaines procédures soient officiellement gratuites ou peu coûteuses, les frais indirects peuvent être lourds pour les familles modestes. Déplacements, photocopies, timbres fiscaux ou encore honoraires pour certaines démarches judiciaires nécessaires à la reconstitution des documents. Résultat, beaucoup abandonnent en cours de route.


Des conséquences sociales importantes


Vivre sans papiers n’est pas seulement un problème administratif. Les conséquences sur la vie quotidienne peuvent être considérables voire fatales. 


Sans carte d’identité, l’accès à certains emplois est quasiment impossible. De nombreuses entreprises exigent des documents officiels pour établir un contrat de travail. Ceux qui n’en possèdent pas se retrouvent souvent cantonnés à des activités informelles et précaires. Beaucoup d’agents de l’Etat ont eu de sérieux problèmes. 


Les jeunes sont également particulièrement touchés. Certains se retrouvent bloqués à la fin de leur scolarité notamment au moment de passer leur baccalauréat parce qu’ils ne disposent pas des documents nécessaires pour passer certains examens, s’inscrire à l’université ou postuler à des concours administratifs.


Dans les contrôles routiers ou lors de certaines démarches administratives, l’absence de pièce d’identité peut également entraîner des complications, voire des suspicions injustifiées. Certains Gabonais de souche ont dormi en cellule faute de document. 


Les zones rurales particulièrement touchées


Si le phénomène existe dans les grandes villes, il est encore plus visible dans certaines zones rurales. Dans des villages éloignés des centres administratifs, les habitants doivent parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour effectuer une simple déclaration à l’état civil. Dans les postes de contrôle, ils n’ont rien à montrer sinon parfois un acte de naissance parfois non légalisé. 


Le manque d’infrastructures et de personnel administratif aggrave la situation. Dans certaines localités, les services d’état civil fonctionnent de manière irrégulière. Ce qui complique encore davantage les démarches pour les populations.


Dans ces conditions, de nombreux enfants ne sont pas enregistrés à la naissance. Ce retard administratif se transforme ensuite en problème majeur à l’âge adulte.


Des initiatives pour améliorer la situation


Conscientes de l’ampleur du problème, les autorités gabonaises ont lancé ces dernières années plusieurs initiatives pour améliorer l’accès aux documents d’identité. Il y a également des cabinets juridiques qui aident des enfants apatrides à sortir de la clandestinité pour devenir des Gabonais à part entière. Des campagnes d’enregistrement à l’état civil ont été également organisées dans certaines régions du pays afin de permettre aux populations de régulariser leur situation.


La modernisation de l’administration et la numérisation de certains registres font également partie des pistes envisagées pour faciliter les démarches.


Cependant, ces efforts restent encore insuffisants pour résoudre totalement le problème. Les associations de la société civile appellent à une réforme plus profonde du système d’état civil, ainsi qu’à une meilleure sensibilisation des populations.


Une question de citoyenneté


Il faut aussi reconnaître que l’absence de documents d’identité pose aussi un problème de citoyenneté. Ne pas pouvoir prouver sa nationalité ou son identité peut donner le sentiment d’être exclu de la vie publique.


Dans un pays où les démarches administratives conditionnent l’accès à de nombreux droits, vivre sans papiers revient souvent à vivre en marge du système.


Pour de nombreux Gabonais, la solution passe par une simplification des procédures, une meilleure présence de l’administration sur le territoire et une politique plus inclusive en matière d’état civil.


Comment peut-on être pleinement citoyen gabonais si l’on ne peut même pas prouver que l’on existe officiellement ?


 

Par Pamphil

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