DÉBAT PUBLIC , ÉCLAIRER OU DIVISER ?
Un débat pour éclairer, pas pour diviser.
Appelés à défendre leurs positions et à confronter leurs idées, les panélistes cherchent à convaincre par la solidité de leurs arguments. Mais qu’en est-il de la qualité de ces échanges médiatiques ? Deux professionnels des médias ont accepté de livrer leur analyse sur la question.
Landry Boudiongo, journaliste à Radio Gabon, rappelle la vocation première d’un débat. « Le débat, lorsqu’on l’organise dans une chaîne de télévision ou de radio, permet aux participants, sous la direction d’un journaliste, d’expliquer une question, une thématique, pour éclairer la lanterne », explique-t-il.
Même son de cloche du côté de Marie Chantal Ndong, journaliste environnement à Gabon Télévisions. « Un débat, c’est un échange constructif de points de vue divergents. Lorsqu’on fait un débat, il est question d’éclairer le public sur un sujet spécifique. »
Tous deux s’accordent sur un principe fondamental, le débat doit informer, expliquer et aider le public à mieux comprendre une problématique.
L’injure, une dérive médiatique.
Pourtant, la réalité des plateaux est parfois bien différente. Landry Boudiongo déplore que « plusieurs se donnent maintenant sur les plateaux de télévision et de radio aux injures ». Selon lui, « quand quelqu’un vient injurier quelqu’un sur le plateau, mépriser quelqu’un, c’est ce qui fait l’actualité », au point que « on laisse même le sens du sujet à côté ».
Marie Chantal Ndong est tout aussi ferme. « Lorsqu’on est en train de débattre avec une personne sur un plateau télé ou radio, il n’est pas question ici d’insulter. » Elle rappelle d’ailleurs que « insulter quelqu’un constitue déjà un délit en droit pénal ».
Pour les deux journalistes, l’attaque personnelle détourne le débat de sa mission première et abaisse le niveau des échanges.
Le rôle clé du modérateur et l’exigence d’éthique.
La qualité d’un débat dépend aussi de son encadrement. « Lorsque le modérateur ne joue pas son rôle, c’est là tout le problème », souligne Marie Chantal Ndong. Elle évoque un enjeu d’éthique et estime que le modérateur doit intervenir « s’il voit qu’il y a quelqu’un qui déborde » ou en cas « d’écarts de langage ».
Landry Boudiongo, de son côté, insiste sur la responsabilité collective. Il regrette que le public retienne davantage les clashs que les arguments de fond. « La personne aura du mal à vous donner ce que les spécialistes ont dit sur le plateau. Ils vous donneront des explications de celui qui a passé le temps d’insulter les autres. »
Argumenter pour convaincre durablement.
Finalement, les deux professionnels des médias défendent une même vision, le débat public doit être un espace d’argumentation et non d’humiliation. « Le rôle d’un débat, c’est de venir expliquer une thématique », rappelle Landry Boudiongo. Marie Chantal Ndong renchérit, « il n’y a pas d’attaque personnelle. Nous sommes là pour éclairer le public. »
Si l’invective peut attirer l’attention et créer le buzz, seule la solidité des arguments permet de convaincre durablement et d’élever le niveau de la discussion publique. Le choix est donc clair : entre bruit et éclairage, le débat gagne à privilégier la force des idées plutôt que la violence des mots.