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DÉLESTAGES À LIBREVILLE, L’ÉTAT HAUSSE LE TON, LA SEEG GARDE LA MAIN

DÉLESTAGES À LIBREVILLE, L’ÉTAT HAUSSE LE TON, LA SEEG GARDE LA MAIN
À Grand Libreville, les délestages ne relèvent plus d’une simple perturbation passagère, ils s’installent comme une contrainte durable, au point d’alimenter une lassitude palpable chez les ménages et les petites activités.

Dans ce contexte, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a convoqué en urgence les responsables de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) pour exiger des explications et des solutions « rapides ». Sur le papier, le message se veut ferme. Sur le terrain, beaucoup attendent surtout de voir si cette fermeté se traduira enfin par des actes mesurables.


Face au ministre, la délégation technique conduite par le président du conseil d’administration, Léon Meviane, a présenté un rapport attribuant les coupures à trois causes principales, une hausse marquée de la demande sur le réseau de Grand Libreville, la vétusté de certaines installations et des contraintes techniques affectant ponctuellement le transport et la distribution. Un diagnostic classique dans les réseaux urbains en tension. Mais depuis plus de deux ans, ces explications circulent sans que l’amélioration promise ne se matérialise à l’échelle ressentie par les usagers.


Le ministre a reconnu que l’augmentation de la consommation reflète le dynamisme urbain et économique. Il a toutefois rappelé que cette croissance ne peut servir de justification permanente aux désagréments répétés. Dans les quartiers touchés, la perception dominante est simple, les annonces se succèdent, la situation se répète. La SEEG publie des programmes de coupures, mais l’exécution est jugée irrégulière par de nombreux habitants, horaires décalés, coupures prolongées, zones non annoncées, retours instables. Résultat, les ménages s’équipent comme ils peuvent, les commerces absorbent des coûts additionnels, et la confiance s’érode.


Parmi les réponses évoquées figure la construction d’une seconde ligne de transport d’électricité, notamment pour autonomiser Akanda et renforcer la stabilité du réseau. Le principe est connu, diversifier les capacités d’acheminement pour limiter les points de rupture. La question, elle, revient toujours au même endroit, le calendrier. Sans échéances publiques, sans jalons techniques, sans indicateurs de suivi accessibles, l’infrastructure reste une promesse, et la promesse, une posture.


Ce décalage entre injonction politique et réalité opérationnelle s’observe d’autant plus que l’exécutif a déjà donné des orientations fortes. Le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait demandé que le problème soit réglé, et un audit de la SEEG a été annoncé à la suite d’affaires de fraude et de pertes liées notamment aux compteurs et aux unités de consommation. Or, à ce stade, l’opinion publique dispose de peu d’éléments officiels sur les conclusions, les responsabilités, les recouvrements engagés ou les sanctions appliquées. Dans un secteur où la trésorerie conditionne la maintenance, le flou entretient les soupçons, comment moderniser si les pertes restent mal quantifiées ou insuffisamment corrigées ?


En filigrane, une donnée structurelle pèse sur toute la séquence, la SEEG jouit d’un monopole de fait. Dans un tel schéma, les leviers de sanction et de concurrence sont limités, et l’outil politique le plus visible demeure souvent le remaniement des équipes dirigeantes un geste spectaculaire, mais rarement suffisant pour transformer un réseau vieillissant et une gouvernance contestée. C’est là que le ton ministériel devient un test, s’agit-il d’un signal de contrôle renforcé, ou d’une communication destinée à montrer que le dossier est suivi, sans changement de méthode ni contrainte nouvelle ?


Au final, au-delà des réunions d’urgence, la crédibilité se jouera sur trois éléments concrets un plan public daté, des engagements vérifiables, et des résultats mesurés quartier par quartier. Le reste, rapports, explications, promesses, ressemble à ce que Grand Libreville entend déjà, à chaque coupure.


 


 

Par NOEMI KIM

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