POURQUOI CET ÉCART D’ÉCOUTE ?
Une évolution avant tout générationnelle.
La musique de certaines icônes, à l’instar de Patience Dabany et de Pierre Claver Akennegue, semble aujourd’hui supplantée par de nouveaux styles musicaux. En effet, des artistes comme L’Oiseau Rare et Dementos séduisent davantage le public. Leur musique, plus en phase avec les sonorités actuelles et les influences urbaines, est largement consommée aussi bien par les jeunes que par les adultes. Pour Ogoula Latif Jean Remy, Administrateur Général Programmateur rencontré du côté de la STFO, cette évolution s’explique principalement par un facteur générationnel. Selon lui, chaque époque impose ses codes, ses rythmes et ses références culturelles, entraînant naturellement un renouvellement des goûts musicaux et des figures emblématiques.
Il explique que la musique traditionnelle et la musique moderne gabonaises continuent d’exister. La preuve, une récente conférence consacrée aux œuvres de Pierre Claver Akennegue a réuni de nombreux participants. Cependant, le public présent lors de son concert des 30 et 31 janvier 2026 était majoritairement composé de personnes du troisième âge.
« Ce sont les gens qui ont grandi avec lui, qui ont aujourd’hui 40 ans, 50 ans, 60 ans, voire 70 ans », souligne-t-il.
À l’inverse, Dementos et L’Oiseau Rare, à peine âgés de 20 ou 25 ans, sont écoutés par un public beaucoup plus large, des enfants de 5 ou 10 ans, mais aussi des adultes de 30 ou 40 ans. Pour lui, il s’agit simplement d’une question de temps et de contexte.
Mettre en place un équilibre dans les quotas de diffusion.
Néanmoins, Ogoula Latif Jean Remy estime que cette situation peut être régulée grâce à un meilleur équilibre dans la diffusion des œuvres musicales.
Selon lui, les médias et l’État gabonais devraient instaurer des quotas afin d’assurer une représentation équitable des différentes générations d’artistes. « Sur dix musiques diffusées aujourd’hui, il faudrait au moins trois titres de l’ancienne génération et quatre de la génération actuelle », propose-t-il.
Il insiste sur l’importance de cet équilibre pour éviter que les enfants d’aujourd’hui ne pensent que la musique actuelle est la seule qui ait existé. « Avant eux, il y en avait ; après eux, il y en aura », rappelle-t-il.
Un travail de transmission culturelle nécessaire.
Au-delà des quotas, il estime qu’un véritable travail de culture générale doit être mené auprès de la nouvelle génération.
« C’est à nous de faire un travail de culture générale auprès de nos enfants. Leur dire, attention, au-delà de Dementos et de L’Oiseau Rare, il existait Pierre Claver Akennegue, il existait Maponga, il existait Koba », affirme-t-il.
Il conclut en précisant que ce travail de valorisation et de transmission du patrimoine musical gabonais doit être quotidien, afin de préserver la mémoire artistique tout en accompagnant l’évolution naturelle des goûts.