tvplusafrique

Société

LES TAXIS EN PLUS, LA GALÈRE CONTINUE

LES TAXIS EN PLUS, LA GALÈRE CONTINUE
À Libreville, malgré la diversification de l’offre de transport, taxis conventionnels, taxis GAB, taxis électriques , se déplacer reste un véritable parcours du combattant. C’est le constat dressé par de nombreux usagers rencontrés le 23 février sur différents axes routiers de la capitale gabonaise.

Les difficultés des usagers et une mobilité à deux vitesses.


Pour les populations les plus modestes, la situation devient particulièrement pesante. Une dame du troisième âge, rencontrée alors qu’elle rentrait du marché à pied, témoigne d’un quotidien fait de longues marches et de négociations permanentes avec les chauffeurs.


« Je pense que ça ne va pas. Les taxis, on ne les voit pas. Les nouveaux taxis sont là, mais quelquefois tu les arrêtes, ils ne s’arrêtent pas. Ça ne va pas, mes enfants. »


Veuve et grand-mère, elle explique marcher régulièrement faute de moyens suffisants.
« Je marche de chez moi jusqu’au marché, aller-retour avec le sac à la main. Troisième âge, est-ce que c’est normal ? »


Selon elle, les chauffeurs refusent souvent les petites courses à bas prix.
« Tu arrêtes le taxi, si tu dis 500, ils vont accepter. Si tu dis 200 ou 300, ils partent, ils ne te prennent pas. C’est ça le problème. »


« Quelquefois j’ai 2 000 francs pour aller payer un paquet de manioc, des fois 5 000 pour faire le petit marché. Mais quand tu arrêtes le taxi, ils veulent toujours 1 000 francs. » Ajoute- t- elle. 


Pour se rendre dans certains quartiers plus éloignés, la situation devient presque impossible.
« Je devais aller à Kembo, je ne peux pas. Quel taxi va me prendre d’ici en Kembo ? Il faut miser. Si tu n’as pas 1 000 ou 2 000 francs, quel taxi va te prendre ? C’est compliqué. » Poursuit-elle.


Entre embouteillages, routes dégradées, logique de rentabilité des chauffeurs et difficultés financières des usagers, la mobilité à Libreville apparaît ainsi fragmentée. D’un côté, une offre de transport abondante ; de l’autre, une accessibilité limitée pour une partie de la population.


Une abondance de taxis et de véhicules, mais une mobilité toujours compliquée.


L’augmentation du nombre de taxis s’inscrit dans un contexte plus large de croissance du parc automobile. La circulation s’est densifiée, les axes sont saturés aux heures de pointe et les embouteillages rythment désormais le quotidien des habitants.


Pour Mba , chauffeur de taxi depuis 14 ans, le constat est clair. « De mon point de vue, ce n’est plus très facile parce qu’il y a trop de véhicules maintenant et beaucoup de bouchons. »


Selon lui, le problème ne réside pas seulement dans le nombre de taxis, mais dans la pression globale exercée sur des infrastructures insuffisantes.
« Le chauffeur de taxi, qu’il soit classique, GAB ou électrique, travaille avec le temps. Donc il calcule les zones où il n’y a pas de bouchons. »


En dépit de cette présence accrue de véhicules, les usagers continuent de dénoncer les difficultés à se déplacer.


« De nos jours, ça devient de plus en plus difficile de se déplacer dans Libreville, en particulier à cause du phénomène des routes qui sont inaccessibles », explique Ben Massala.


Le paradoxe est frappant, les taxis sont visibles mais l’accès au transport reste inégal. Dans certains quartiers, les habitants peinent à trouver un véhicule prêt à les conduire à destination.



« C’est pourquoi vous voyez parfois des endroits où il y a beaucoup de monde, mais pas de taxi. Les transporteurs évitent les zones trop encombrées. À mon humble avis, il y a trop de véhicules et on n’a pas assez de routes. » confirme Mba.


Des infrastructures dégradées et une logique économique qui exclut certains quartiers.


L’une des causes majeures des difficultés de déplacement indexée par ces Gabonais, demeure l’état des routes. Plusieurs axes sont fortement dégradés, rendant l’accès à certains quartiers compliqué, voire risqué pour les conducteurs.


« Pour se rendre dans certains quartiers aujourd’hui, les transporteurs ont du mal à s’y rendre parce que les routes sont dégradées. Il y en a qui hésitent effectivement à rentrer avec leur véhicule de peur de les casser, parce qu’il y a des pièces de véhicule qui coûtent cher. » souligne Ben Massala.


Face au coût élevé des réparations, de nombreux chauffeurs préfèrent éviter ces zones, quitte à laisser certains habitants sans solution de transport.


Au-delà de l’état des routes, les conducteurs adoptent également une stratégie dictée par la rentabilité.


« Le chauffeur travaille avec le temps », insiste Monsieur Mba . « Il calcule les zones où il n’y a pas de bouchons. »


Cette logique s’étend aux tarifs pratiqués et au choix des trajets. Les chauffeurs privilégient les courses jugées plus rentables, dans un contexte marqué par la hausse des charges liées au carburant, à l’entretien et aux pièces détachées. Une réalité économique qui, combinée à la dégradation des infrastructures, accentue les inégalités d’accès au transport.


Malgré la multiplication des taxis, la galère continue. Plus qu’une question de nombre de véhicules, c’est désormais l’organisation du transport urbain, l’état des infrastructures et l’équilibre entre impératifs économiques des conducteurs et besoins quotidiens des habitants qui sont posés.


 

Par NZENGUE BOULENDE

Top Articles