HÉRITAGE CULTUREL CONTRE HOMOSEXUALITÉ
À Libreville, au Gabon, la question du durcissement de la législation sénégalaise contre l'homosexualité suscite de vives réactions, notamment au sein du Marché Mont-Bouët, un carrefour économique et culturel majeur. Les opinions y sont tranchées, reflétant une profonde adhésion aux valeurs traditionnelles africaines et une préoccupation marquée pour l'avenir des sociétés .
Les voix du Marché Mont-Bouët de Libreville en première ligne.
Une commerçante d'origine ivoirienne, installée depuis plusieurs années à Libreville, exprime son attachement aux valeurs traditionnelles et appelle les gouvernements africains à une application effective des lois. « Souvent, on annonce des mesures, mais après on ne voit rien. Il faut suivre les enquêtes jusqu’au bout », insiste-t-elle. Elle met également l'accent sur la protection des enfants, qu'elle considère comme l'avenir du continent. « Les enfants, c’est l’avenir de demain. Si on les détruit maintenant, on devient quoi ? », lance-t-elle avec gravité, plaidant pour une vigilance accrue des autorités et des familles face à des influences extérieures qu'elle juge préoccupantes .
Elle renforce cette perspective en soulignant l'importance des traditions africaines. « Le problème c'est qu'on est en Afrique, il y a certaines choses on ne doit pas faire. » Elle évoque également les inquiétudes sanitaires et la protection de l'enfance. « On met encore les enfants dedans, quand vous faites la fête on voulait grimer les enfants, après vous voulez donner la maladie, le sida, machin machin, ce n’est pas bien, l'avenir, ça les enfants c'est l'avenir de demain, si on les détruit maintenant, on devient quoi ? » Elle conclut en affirmant : « Nos ancêtres, notre culture, on ne connait pas PD, on ne connait pas ça, on ne connait que notre culture, notre messe ».
Mungala Gaël, un jeune Gabonais rencontré au marché, salue explicitement les mesures sénégalaises et exhorte les autorités gabonaises à suivre cet exemple. Il invoque des principes culturels et religieux. « Pour cela d'abord, nous sommes en Afrique. Qui dit l'Afrique, nous avons nos rites et nos coutumes. C'est quelque chose que nos parents, nos ancêtres et nos aïeux n'ont jamais accepté. » Il ajoute, en référence à des textes religieux. « L'Éternel lui-même l'a dit, allez, multipliez-vous. Nous ne pouvons pas nous multiplier en sortant avec des hommes comme nous, ou des femmes en sortant avec des femmes comme elles » . Gaël voit dans la sévérité des peines un moyen de dissuasion efficace, qualifiant l'homosexualité de « fléau » et de « criminalité ».
Ces réactions sont également teintées de déception politique. Un ressortissant sénégalais au Marché Mont-Bouët rappelle que la criminalisation de l'homosexualité était une promesse de campagne de l'actuel dirigeant sénégalais, Ousmane Sonko, alors dans l'opposition. Des attentes fortes ont été suscitées, mais les décisions tardent à être concrétisées malgré une majorité parlementaire jugée confortable. Des préoccupations sanitaires, liées à des rumeurs de séropositivité parmi des personnes interpellées, ainsi que la perception d'une influence de
"lobbies" de défense des minorités sexuelles, sont également évoquées .
Le Sénégal face à un durcissement législatif.
Ces échos gabonais trouvent leur origine dans l'actualité sénégalaise. Le gouvernement sénégalais a récemment adopté un projet de loi visant à durcir l'article 319 du Code pénal, qui criminalise les actes « contre-nature ». Les nouvelles dispositions prévoient des peines de prison pouvant atteindre dix ans et des amendes de 10 millions de francs CFA, marquant un renforcement significatif par rapport aux sanctions antérieures. Le texte vise également à pénaliser la promotion de la « philosophie LGBT ».
Cette initiative législative s'inscrit dans un contexte de forte pression exercée par les associations religieuses sénégalaises, qui militent activement pour un renforcement de la législation. Une affaire récente impliquant des personnalités publiques « présumées homosexuelles » a également contribué à accélérer le processus d'adoption de ce projet de loi.
Un débat sociétal aux multiples facettes.
Le projet de loi sénégalais sur l'homosexualité met en lumière les tensions complexes entre les traditions culturelles et religieuses profondément ancrées en Afrique, et les principes universels des droits humains. Les témoignages recueillis au Marché Mont-Bouët illustrent une aspiration à la préservation de valeurs jugées fondamentales. Le débat continue de générer des réactions contrastées, soulignant la complexité d'une question qui interpelle l'ensemble du continent africain.