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PRÊT À BOYCOTTER LES COMMERCES INSALUBRES ?

PRÊT À BOYCOTTER LES COMMERCES INSALUBRES ?
Boycott des commerces insalubres au Gabon : santé, hygiène et choix alimentaires

La sécurité alimentaire est plus que jamais un sujet d’actualité au Gabon. Dans les grandes villes comme Libreville, mais aussi à Port-Gentil ou Franceville, de nombreux petits commerces proposent chaque jour des repas à des milliers de clients. Sandwichs, poissons braisés, beignets, plats traditionnels. L’offre est variée et souvent accessible à toutes les bourses.


Pourtant, dans plusieurs quartiers sous-intégrés, des points de restauration fonctionnent dans des conditions d’hygiène très approximatives. Tables bancales, eau stagnante, déchets à proximité, poubelles, aliments exposés à l’air libre. Le décor contraste fortement avec les restaurants climatisés des quartiers résidentiels.


Un paradoxe saute alors aux yeux. Pendant que certains Gabonais mangent sans hésiter dans ces endroits insalubres, d’autres, notamment issus des milieux aisés, affirment qu’il leur serait impossible d’y poser les pieds.


Des pratiques qui interrogent


Sur le terrain, les constats sont parfois préoccupants. Des produits sont exposés en plein soleil, manipulés sans gants ni protections adaptées. La chaîne de froid n’est pas toujours respectée. Les conditions de stockage laissent à désirer.


Ces manquements aux règles d’hygiène peuvent représenter un danger réel pour les consommateurs. Troubles digestifs, intoxications alimentaires, infections. Les risques sont connus. Les enfants, les personnes âgées et les individus fragiles sont les plus exposés.


Malgré cela, l’activité continue. Les clients se pressent autour des étals, commandent, mangent sur place ou emportent leur plat. L’habitude semble avoir pris le dessus sur la prudence.


« Les microbes ne tuent pas le Noir »


Dans certains quartiers populaires, le discours est presque fataliste. « Les microbes ne tuent pas le Noir », lance un client, sourire aux lèvres, en dégustant son poisson braisé. Un autre renchérit. « Nous sommes nés dedans, on mourra dedans. »


Ces phrases, répétées comme des slogans, traduisent une forme de résignation. Pour beaucoup, l’insalubrité fait partie du quotidien. Elle est normalisée. On y grandit, on s’y adapte, on développe, pense-t-on, une certaine résistance.


D’autres avancent un argument économique. « Ici, c’est moins cher », explique une mère de famille. Dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, le prix reste un critère déterminant. Entre un restaurant aux normes mais onéreux et une gargote accessible, le choix est vite fait pour certains ménages.


Il y a aussi ceux qui relativisent. « Ce n’est pas la nourriture qui est insalubre, c’est seulement l’endroit. La qualité de la nourriture est bonne. » Pour eux, l’apparence des lieux ne remet pas en cause la saveur ni la fraîcheur des plats.


Le refus catégorique des milieux aisés


À l’opposé, une autre frange de la population se montre intransigeante. Dans les quartiers résidentiels de la capitale, la propreté est un critère non négociable.


« Je ne peux pas manger dans un endroit où il y a des mouches et des ordures autour », confie un cadre du secteur privé. Pour lui, la question ne se pose même pas. L’idée seule d’acheter un repas dans un commerce insalubre provoque du dégoût.


Les familles bourgeoises privilégient les restaurants reconnus, les cafétérias propres, les établissements climatisés où le personnel porte des tenues adéquates. Les femmes, en particulier, disent accorder une attention particulière à l’hygiène. « Je regarde d’abord l’état des lieux avant de commander », explique une jeune salariée. « Si ce n’est pas propre, je pars. »


Ce contraste illustre une fracture sociale profonde. D’un côté, la nécessité et l’habitude. De l’autre, l’exigence et les moyens financiers.


Un enjeu de santé publique


Manger sain, c’est préserver sa santé. La qualité des aliments et le respect des normes d’hygiène lors de leur préparation et de leur conservation sont essentiels. La sécurité alimentaire ne devrait jamais être une option.


La responsabilité est d’abord celle des commerçants, tenus de garantir des conditions conformes aux normes en vigueur. Elle incombe aussi aux autorités compétentes, chargées d’effectuer des contrôles réguliers et d’appliquer des sanctions en cas de manquement.


Mais la responsabilité est également celle des consommateurs. En choisissant où ils dépensent leur argent, ils encouragent certains comportements. Continuer à fréquenter des commerces insalubres, c’est, d’une certaine manière, tolérer ces pratiques.


Boycotter pour faire changer les choses ?


La question mérite d’être posée. Etes-vous prêt à boycotter les commerces insalubres ?


Pour certains, le boycott pourrait devenir un levier efficace. Si les clients désertent les établissements sales, les commerçants seront contraints d’améliorer leurs conditions d’hygiène pour survivre. Le portefeuille devient alors un outil de pression.


Mais pour d’autres, la réalité est plus complexe. Peut-on demander à une famille aux revenus modestes de se priver du seul point de restauration abordable de son quartier ? Le boycott suppose l’existence d’alternatives accessibles. Or, dans plusieurs zones sous-intégrées, ces alternatives font défaut.


Le débat reste ouvert. Entre impératif sanitaire et contraintes économiques, le dilemme est réel.


Une chose est certaine. La santé n’a pas de prix. Pourtant, chaque jour, des Gabonais continuent de manger dans des endroits très insalubres, tandis que d’autres refusent catégoriquement d’y mettre les pieds.


Ce paradoxe révèle les inégalités, mais aussi les mentalités. Il interroge notre rapport à l’hygiène, à la responsabilité et au pouvoir du consommateur.


Alors, face aux commerces insalubres, une question qui mérite réflexion. Etes-vous prêt à boycotter les commerces insalubres pour préserver votre santé ?


 

Par Pamphil

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