GABON : APRÈS LES DÉLESTAGES, LA COUPURE NUMÉRIQUE
L’annonce a provoqué une onde de choc. Au Gabon, près de 1,4 million d’internautes au pays comme dans la diaspora sont restés connectés tard dans la nuit, scrutant leurs téléphones et ordinateurs dans l’attente de la coupure effective des réseaux sociaux.
À l’origine de cette mesure, une déclaration officielle du conseiller de la Haute Autorité de la Communication (HAC). L’institution évoque « la diffusion récurrente sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques accessibles sur le territoire gabonais de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux et injurieux », susceptibles de porter atteinte « à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale ».
Des arguments sécuritaires qui peinent toutefois à dissiper les interrogations.
Car au fil des années, les réseaux sociaux se sont imposés comme un espace central de la vie publique gabonaise. Outil d’information en temps réel, canal de communication institutionnelle, plateforme de commerce pour de nombreuses petites entreprises, espace d’expression pour la jeunesse et la société civile : leur suspension ne se limite pas à un simple geste technique.
Les médias en ligne, les créateurs de contenus, les entrepreneurs du numérique et les usagers ordinaires pourraient être directement impactés. Au-delà du débat sur les dérives numériques, la mesure soulève une problématique plus large : comment réguler les abus sans restreindre excessivement les libertés fondamentales ?
Dans un contexte déjà marqué par des coupures récurrentes d’électricité, cette nouvelle restriction numérique pourrait accentuer le sentiment de frustration d’une population fortement connectée et dépendante des outils digitaux pour communiquer, travailler et s’informer.
Reste désormais à connaître la durée et les modalités d’application de cette suspension. En attendant, le Gabon entre dans une phase inédite de restriction de l’espace numérique, dont les conséquences politiques, sociales et économiques pourraient s’avérer significatives.
Entre impératif de sécurité et respect des libertés publiques, le débat est désormais ouvert.