ACCÈS AUX ÉCOLES REFUSÉ AUX JOURNALISTES
Au Gabon, accéder aux sources d’informations relève de plus en plus du parcours du combattant pour de nombreux journalistes. Bureaux administratifs, établissements scolaires, services publics. Les refus d’interviews se multiplient, compliquant le travail de vérification et fragilisant la mission première des médias, informer avec exactitude, rigueur et responsabilité.
Un quotidien rythmé par les refus
La récente crise de l’éducation nationale n’a pas seulement éprouvé élèves, parents et enseignants. Elle a aussi confronté les professionnels des médias à un obstacle persistant. Le silence administratif. Car au cœur du métier de journaliste demeure une règle essentielle. Vérifier les faits, croiser les versions et confronter les sources avant toute diffusion.
Mais comment informer avec précision lorsque les portes se ferment systématiquement ? Dans plusieurs lycées et collèges, les responsables déclinent toute rencontre avec les médias. Les demandes d’entretien déposées dans les secrétariats restent sans suite. Les appels ne sont pas retournés et les correspondances demeurent sans réponse.
Dans certains établissements, les proviseurs exigent désormais une autorisation préalable de la direction académique provinciale de l’Estuaire (DAP) avant toute prise de parole. Pendant trois jours, l’équipe de TV Plus Afrique a tenté d’entrer en contact avec cette administration. Demandes répétées, messages laissés, déplacements effectués. Résultat, aucun rendez-vous accordé, aucun entretien obtenu.
Un homme de média, Hervé Nzigue, président du SYPROCOM (Syndicat des Professionnels de la Communication) témoigne. « Quand on discute avec eux, ils relativisent en disant que ce n’est pas tant l’autorisation, mais qu’il serait souhaitable que le conseiller en communication soit informé, tenu au courant de la question qui va être traitée »
Il poursuit. « Mais tous les métiers ne se ressemblent pas. Nous, dans le métier de la communication, dès qu’il y a une information, il faut aller directement au traitement. Nous avons des délais de collecte, de traitement et de diffusion qui ne peuvent pas intégrer ces mesures procédurales administratives très astreignantes »
Une pratique qui dépasse le secteur éducatif
Cette difficulté ne se limite pas aux écoles. Dans les ministères, les hôpitaux ou encore les mairies, la même procédure semble s’appliquer. Il faut remplir une fiche, attendre, relancer, espérer, et souvent ne recevoir aucune réponse. Les couloirs administratifs se ferment, et avec eux l’accès à l’information.
Pourtant, le 3 septembre 2023, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, appelait les responsables administratifs à faciliter l’accès des journalistes aux sources officielles. Il plaidait alors pour davantage de transparence et pour le respect de la liberté de la presse.
Cependant, sur le terrain, la réalité est différente. C’est une autre paire de manche pour les journalistes. Entre discours officiel et pratiques administratives, un fossé persiste. Les professionnels des médias dénoncent une culture de la méfiance qui entrave leur mission.
Le droit à l’information un défi titanesque
Empêcher un journaliste d’exercer son métier ne fragilise pas seulement une profession. C’est aussi le droit du citoyen à une information claire, fiable et vérifiée qui se trouve mis à l’épreuve. Sans accès aux sources officielles, le risque est grand de voir circuler rumeurs et informations partielles.
Un reporter résume la situation. « Notre rôle n’est pas de nuire, mais d’expliquer. Quand on nous ferme les portes, on empêche surtout la population de comprendre ce qui se passe réellement »
Dans un contexte où la transparence est régulièrement invoquée comme principe de gouvernance, la question de l’accès à l’information reste entière. Pour de nombreux journalistes au Gabon, informer est devenu un combat quotidien. Un combat mené au nom du public, pour que le droit de savoir ne reste pas lettre morte.