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QUE DEVIENNENT CES ÉTUDIANTS GABONAIS À L’ÉTRANGER ?

QUE DEVIENNENT CES ÉTUDIANTS GABONAIS À L’ÉTRANGER ?
Étudiants gabonais sans bourse à l’étranger : survie et colère

Ils sont en Russie, en France, en Tunisie, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Sénégal, au Maroc, en Afrique du Sud. Ils ont quitté Libreville, Port-Gentil ou Franceville avec des rêves plein la tête. Aujourd’hui, beaucoup broient du noir. Trois mois, six mois, neuf mois, parfois onze mois sans bourse. L’étau se resserre. Ils sont au bord du gouffre.


Comment vivent ces étudiants gabonais livrés à eux-mêmes, pris dans un engrenage administratif qui semble les broyer ? Pourquoi tant de mois sans paiement ? Et surtout, que deviennent-ils dans ce tourbillon d’incertitudes ?


Des mois sans bourse : la chute libre


En théorie, la bourse est un filet de sécurité. En pratique, pour des centaines d’étudiants gabonais à l’étranger, elle est devenue une promesse sans lendemain. Les virements se font attendre. Les explications aussi.


À Moscou, à Paris, à Tunis, à Rome ou à Berlin, les loyers tombent chaque mois, implacables. Les factures d’électricité, d’assurance santé, de transport ne connaissent ni retard ni indulgence. Mais les bourses, elles, s’évaporent.


« On est en chute libre », confie un étudiant en ingénierie en Russie. « On tire le diable par la queue »


Certains cumulent neuf ou onze mois d’arriérés. D’autres vivent avec des avances d’amis, des petits boulots non déclarés, ou la solidarité de la diaspora. Mais jusqu’à quand ?


Logements précaires et dettes qui s’accumulent


À Paris ou à Lyon, le loyer d’un studio peut dépasser 600 euros. À Londres, la colocation coûte une fortune. À Rome ou à Milan, les charges s’ajoutent. À Rabat ou à Dakar, les propriétaires finissent par perdre patience.


Les résultats sont nombreux et accablants. Des étudiants expulsés de leur logement universitaire, contraints de s’entasser à trois ou quatre dans une chambre. D’autres négocient des délais, promettent un virement qui ne vient pas.


À Moscou, certains se replient dans des dortoirs bon marché. En Tunisie ou au Maroc, ils cherchent des quartiers moins chers, parfois loin des campus. En Afrique du Sud, les retards de paiement peuvent conduire à l’interdiction d’accès aux résidences étudiantes. Le fil du mauvais coton est visible. Les dettes s’empilent. Les pénalités aussi.


Manger à crédit, sauter des repas


Quand la bourse ne tombe pas, c’est l’assiette qui trinque. Beaucoup réduisent leurs dépenses alimentaires au strict minimum. Pâtes, riz, conserves bon marché. Certains sautent des repas. D’autres comptent chaque pièce.


« On mange une fois par jour », raconte une étudiante en Allemagne. « Le reste du temps, on boit de l’eau »


En France, quelques-uns se tournent vers les banques alimentaires. En Italie, ils profitent des repas universitaires subventionnés. Au Royaume-Uni, certains font la queue pour des paniers solidaires.


Mais la honte, elle, reste en travers de la gorge. Beaucoup n’osent pas en parler à leurs familles restées au pays, elles-mêmes en difficulté.


Maladies : le vertige du vide


La santé devient un luxe. En cas de maladie bénigne, on temporise. On attend. On espère que ça passera. Mais en cas de maladie grave ou chronique, le vertige est brutal. En Russie ou en Allemagne, les frais médicaux peuvent être élevés sans assurance à jour. En France, la couverture maladie étudiante existe, mais encore faut-il être à jour administrativement. En Afrique du Sud ou au Sénégal, l’accès aux soins dépend des moyens. Certains interrompent leurs traitements faute d’argent. D’autres s’endettent davantage pour payer une consultation. Quelques cas dramatiques circulent dans les groupes WhatsApp : hospitalisations, interventions retardées, situations d’urgence gérées dans la panique. Ils sont pris à la gorge.


Courriers aux ambassades : silence ou promesses ?


Face à la crise, les étudiants écrivent. Ils adressent des courriers aux ambassades du Gabon en Russie, en France, en Tunisie, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Sénégal, au Maroc, en Afrique du Sud. Ils demandent des explications. Des échéanciers. Des solutions. Les réponses ? Souvent des promesses. « Le dossier est en cours » « Le paiement est imminent » « La situation sera régularisée » Mais sur le terrain, peu de changements concrets. Certains étudiants obtiennent des lettres de soutien pour éviter une expulsion. D’autres reçoivent une avance exceptionnelle. La majorité attend. Le sentiment d’abandon grandit. Ils se sentent livrés à eux-mêmes.


Jeunes filles, jeunes garçons : vulnérabilités multiples


Dans cette tourmente, les jeunes filles sont particulièrement exposées. Sans ressources, certaines dépendent davantage de relations précaires ou d’aides intéressées. Les risques d’exploitation, de harcèlement ou de pressions augmentent. Les jeunes garçons, eux, se tournent souvent vers des petits boulots épuisants. Livraison, manutention, plonge dans des restaurants. Au détriment de leurs études. Tous sont déboussolés. Le moral en pâti. Les résultats académiques chutent. Certains redoublent une fois, deux fois. D’autres abandonnent. Le rêve d’excellence académique se transforme en lutte quotidienne pour survivre. Pourquoi restent-ils là-bas ?


La question revient : pourquoi rester quand tout s’effondre ?


Parce que rentrer au Gabon sans diplôme serait vécu comme un échec. Parce que les familles ont investi leurs économies. Parce que l’espoir d’un virement imminent maintient la tête hors de l’eau. Ils s’accrochent à leur carte d’étudiant comme à une bouée. Ils espèrent que le tourbillon finira par s’apaiser.


Le problème : lenteurs, budgets, engrenage administratif ?


Officiellement, on évoque des retards administratifs, des contraintes budgétaires, des ajustements de fichiers, des contrôles. Mais pour les étudiants, ces explications sonnent creux. Comment expliquer onze mois sans paiement ? Comment justifier que des jeunes soient au bord du précipice dans des pays étrangers ? L’engrenage semble plus profond : procédures opaques, coordination défaillante, priorités budgétaires discutables. Pendant que les dossiers circulent entre services, les étudiants, eux, s’enfoncent.


Une génération au bord du gouffre


Au-delà des chiffres, c’est une génération qui vacille. Ces étudiants représentent l’élite en formation du Gabon. Médecins, ingénieurs, juristes, chercheurs de demain. Retarder le paiement de leurs bourses, c’est hypothéquer leur avenir. Dans les résidences universitaires de Moscou, dans les studios exigus de Paris, dans les colocations de Rabat ou les campus de Johannesburg, ils attendent. Ils résistent. Ils tirent le diable par la queue.


Mais combien de temps encore avant la rupture ?


Le silence officiel broie les espoirs. Et la colère, elle, monte. Une colère qui pourrait bien provoquer une foule de réactions. Car au bout du compte, une question demeure, simple et brutale : comment un pays aussi riche que le Gabon peut-il laisser ses étudiants à l’étranger, pris dans un étau financier, livrés à eux-mêmes pendant des mois ?


 


 


 


 


 


 


 

Par Pamphil

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