tvplusafrique

Economie

AGRICULTURE, LA JEUNESSE HÉSITE

AGRICULTURE, LA JEUNESSE HÉSITE
Jeunesse gabonaise hésite à se lancer dans l’agriculture locale et durable

Au Gabon, l'agriculture ne représente qu'environ 3 % du PIB, tandis que le pays importe entre 60 et 90 % de ses produits alimentaires. Malgré les efforts annoncés par les autorités pour dynamiser le secteur, de nombreux jeunes continuent de privilégier la fonction publique ou d’autres horizons professionnels. Pourtant, certains choisissent de s’y engager, souvent poussés par le pragmatisme plus que par la vocation.


C’est le cas de Yannick Mvé, jeune entrepreneur agricole. À 28 ans, il incarne cette jeunesse à la croisée des chemins. Entrepreneur agricole aujourd’hui, il ne se destinait pourtant pas à la terre après l’obtention de son baccalauréat en 2019. Son horizon, comme celui de beaucoup de jeunes Gabonais, regardait ailleurs : stabilité administrative, salaire garanti, statut social. C’est par l’entremise de sa sœur aînée qu’il se lance finalement dans l’agriculture. Une décision pragmatique plus qu’enthousiaste au départ.


« L'agriculture c'est quelque chose de pénible. Et beaucoup de jeunes aujourd'hui, avec la mentalité dans laquelle nous avons été élevés, c'était d'aller à l'école pour pouvoir avoir des diplômes et aller dans les bureaux pour travailler. Aujourd'hui, demander à un jeune qui sort de ses études de venir faire de l'agriculture, ce n'est pas quelque chose de facile », confie-t-il.


Les obstacles à surmonter


Plusieurs facteurs expliquent pourquoi l’agriculture gabonaise demeure reléguée au second plan. La difficulté d’accès au financement, la faible mécanisation, le problème d’écoulement des produits, la pression des importations et l’absence de chaînes de valeurs structurées découragent beaucoup de jeunes.


« Lors de la formation, quand la formation est lancée, il est dit qu'à la fin de cette formation, on devait bénéficier des terres. On devait bénéficier des terres d'un hectare dans l'INSAB. Ce qui a fait que déjà, si vous n'êtes pas propriétaire d'une terre, ce n'est pas facile de se lancer en agriculture », explique Yannick Mvé.


Pour les jeunes qui n’ont pas de terres familiales, se lancer dans l’agriculture devient un véritable casse-tête. Les coûts d’installation, le matériel à acquérir et la logistique à gérer représentent des obstacles parfois insurmontables pour des porteurs de projets débutants.


Les solutions envisagées


Face à ces obstacles, Yannick Mvé ne se contente pas de constater. Il esquisse des pistes pour permettre aux agriculteurs gabonais de vivre dignement de leur travail. Meilleur accompagnement technique, accès facilité aux intrants, structuration des coopératives et surtout sécurisation des débouchés.


Parmi les perspectives évoquées, figure en bonne place la création d’une centrale d’achat, un mécanisme qui pourrait stabiliser les prix, garantir l’écoulement de la production locale et réduire la dépendance vis-à-vis des importations.


« Il y a des femmes, il y a des jeunes mères, il y a des jeunes Gabonais qui peuvent produire, chacun peut avoir ses 500 mètres carrés et se lancer. Mais le problème reste le marché. Comment commercialiser ? Où vendre ? À qui vendre ? C'est tout un problème. Et aujourd'hui, si le gouvernement peut mettre en place vraiment de manière effective ces centrales d'achat qui vont permettre de limiter les producteurs rien qu'à produire, ils seront là seulement rien que pour produire et la centrale d'achat viendra pour acheter leur production. Vraiment, ça va encourager à beaucoup de jeunes à se lancer dans l'activité agricole », précise-t-il.


Un potentiel immense à valoriser


Malgré les freins, le potentiel agricole du Gabon reste immense. Le pays dispose de terres arables disponibles, de ressources en eau abondantes et de conditions climatiques favorables. Le défi réside donc autant dans l’organisation que dans la perception culturelle de l’agriculture.


Pour Yannick Mvé, il est nécessaire d’opérer un basculement. Faire de l’agriculture non plus une activité de repli mais un secteur stratégique, moderne et porteur d’ascension sociale pour la jeunesse. Cette transformation implique de convaincre les jeunes que la terre peut offrir des perspectives économiques solides, et pas seulement une alternative en cas d’échec ailleurs.


Vers une agriculture attractive pour les jeunes


Encourager la jeunesse à s’investir dans l’agriculture passe aussi par l’exemple et la démonstration. Des jeunes entrepreneurs comme Yannick Mvé montrent qu’il est possible de vivre de la terre, mais que cela nécessite engagement, innovation et une meilleure structuration du secteur.


Pour lui, les politiques publiques doivent créer un environnement où le producteur est protégé, où les débouchés sont garantis et où les obstacles à l’installation sont levés. La formation, l’accès aux terres et aux intrants, mais surtout la sécurisation des marchés, sont les piliers d’un développement agricole durable.


Si ces conditions sont réunies, l’agriculture gabonaise pourrait enfin devenir une véritable option de carrière pour la jeunesse, contribuant à la sécurité alimentaire et à la réduction de la dépendance aux importations. Une transition qui, selon Yannick Mvé, pourrait transformer la perception de ce secteur longtemps considéré comme pénible et peu rentable.


L’agriculture au Gabon a donc devant elle une chance unique. Passer d’un rôle secondaire à celui d’un levier stratégique pour l’économie et pour l’émancipation des jeunes. Mais pour cela, il faudra à la fois de la volonté politique, de l’accompagnement technique et un changement de mentalité profonde dans la société.


 


 


 


 

Par Pamphil

Top Articles