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Société

DÉCLIN DU PILIER FONDAMENTAL DE LA SOCIÉTÉ GABONAISE

DÉCLIN DU PILIER FONDAMENTAL DE LA SOCIÉTÉ GABONAISE
Regards croisés sur un phénomène sociétal aux racines profondes.

Pilier fondamental de la société gabonaise, la famille traverse aujourd’hui une crise silencieuse mais profonde. Entre distension des liens, conflits internes et perte des repères traditionnels, la cellule familiale se fragilise. Témoignages croisés d’un jeune étudiant et d’une universitaire engagée pour comprendre les causes de ce phénomène et envisager des pistes de reconstruction.


De la cellule sacrée au foyer fragilisé.


Ancienne enseignante émérite des universités et présidente de l’Alliance des femmes chrétiennes pour la paix au Gabon, Honorine Ngou dresse un constat plus profond du phénomène. Elle rappelle que la famille africaine traditionnelle était perçue comme une cellule sacrée, un espace de sécurité, de protection et de transmission des valeurs fondamentales.


Les aînés y jouaient un rôle central, incarnant l’exemplarité et veillant à la cohésion familiale. Solidarité, respect et entraide structuraient la vie quotidienne, tandis que les conflits y étaient fortement proscrits.


Aujourd’hui, cette vision s’est altérée. « La famille est devenue le lieu de toutes les incertitudes », déplore-t-elle, évoquant une transformation progressive influencée par la colonisation, la modernité et l’effritement des repères traditionnels.


Les racines profondes de la désunion familiale.


Pour Honorine Ngou, la désintégration de la cellule familiale relève avant tout d’un déséquilibre spirituel. Elle évoque une crise profonde marquée par la montée de la jalousie, de la concurrence, des conflits liés à l’argent et de pratiques autrefois marginales au sein des familles. En outre, elle relève que l’argent occupe désormais une place centrale dans les relations familiales. Considéré comme un « dieu moderne », il bouleverse l’ordre établi et fragilise le respect des hiérarchies traditionnelles. Cette réalité rejoint l’analyse de Ndjimba Kini, qui évoque un malaise émotionnel croissant nourri par des intérêts matériels. De même. la modernité, parfois perçue comme brutale, contribue à l’érosion des valeurs cardinales telles que la solidarité, le respect de l’aîné et l’écoute mutuelle. Parents et enfants peinent à se comprendre, tandis que les liens fraternels s’affaiblissent au profit de relations extérieures, accentuant la fracture intergénérationnelle.


Une famille de moins en moins unie.


La famille, longtemps considérée comme le socle de la société gabonaise, connaît une mutation profonde. Pour Ndjimba Kini, étudiant en réseau et télécom, la famille se définit avant tout par les liens du sang, tout en pouvant s’élargir à des personnes extérieures assimilées à des proches. Toutefois, il observe une nette dégradation des relations familiales.


« La famille gabonaise n’est plus très unie », affirme-t-il. Il évoque un manque de proximité, un déséquilibre émotionnel et un détachement progressif entre parents, frères et sœurs. Avec le temps, les liens se distendent, laissant place à une indifférence croissante, notamment chez les jeunes générations.


Rebâtir la cellule familiale : un retour aux fondamentaux.


Face à cette crise, Honorine Ngou plaide pour un recentrage sur l’essentiel.


Selon elle, il est avant tout urgent de revisiter les fondements qui permettaient autrefois de préserver l’unité familiale. Solidarité, respect de l’aîné et sens de la responsabilité collective doivent être réaffirmés et transmis aux jeunes générations. De plus ,la reconstruction de la famille passe également, selon Honorine Ngou, par un retour à la spiritualité. Elle rappelle que la famille trouve sa solidité dans sa relation à Dieu, seul garant d’une cellule familiale stable, capable de résister aux tensions et aux épreuves.


Une question de société.


La dislocation de la cellule familiale au Gabon demeure un enjeu sociétal majeur, aux causes multiples et imbriquées. Les regards croisés de Ndjimba Kini et d’Honorine Ngou permettent d’en saisir la complexité, tout en ouvrant la voie à une réflexion collective sur la nécessité de préserver et de reconstruire ce pilier fondamental de la société gabonaise.

Par NZENGUE BOULENDE

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