AUTOUR DE 36 % OU PLUS
Le Gabon, riche en ressources naturelles et considéré comme l’un des pays les plus prospères d’Afrique centrale, vit pourtant une crise majeure sur le marché du travail. Malgré sa richesse pétrolière et minière, une large portion de la population active reste sans emploi ou employée dans des conditions précaires. Dans un contexte où le taux de chômage global tourne autour de 30 % à 45 % en 2024–2025, la réalité vécue par de nombreux Gabonais est bien plus sombre que ce que ces chiffres semblent montrer.
Chiffres clés du chômage : une réalité alarmante
Selon les dernières données disponibles, le taux de chômage au Gabon est d’environ 30,06 % en 2024, après une légère baisse par rapport à 2023. Ce taux reflète la proportion de personnes en âge de travailler qui cherchent activement un emploi mais n’en trouvent pas. Historiquement, il oscille entre 30% et 36 % et plus depuis les années 1990, ce qui en fait l’un des taux les plus élevés du continent.
Encore plus préoccupant est le chômage des jeunes, estimé autour de 36 % ou plus, voire proche de 40 % pour certaines estimations récentes. Cela signifie que près de quatre jeunes sur dix en âge d’étudier ou de travailler n’ont pas de job. Cet écart montre que les jeunes sont particulièrement exclus du marché du travail, malgré leur dynamisme et leurs aspirations.
Pourquoi ces chiffres ne disent pas tout
Si 30 % de chômage paraît déjà élevé, certains analystes estiment que le taux réel pourrait être bien plus élevé, notamment lorsqu’on inclut le sous-emploi, les emplois informels et ceux qui ne sont pas déclarés. De plus, ces chiffres ne reflètent pas la qualité des emplois disponibles, ni le fait qu’une grande part de la population active gagne des salaires très bas ou travaille dans des conditions difficiles.
Emplois précaires et salaires misérables : une dure réalité
Dans plusieurs secteurs du Gabon, notamment la construction, l’agriculture, le transport manuel ou d’autres métiers peu qualifiés, les salaires offerts sont souvent très bas. On trouve fréquemment des offres à 60 000 francs CFA ou tout juste 150 000 francs CFA par mois pour des tâches éprouvantes, souvent physiques ou à moitié manuelles. Ces niveaux de rémunération sont insuffisants pour couvrir les besoins essentiels d’une personne ou d’une famille dans un pays où le coût de la vie a tendance à augmenter.
Ces emplois souvent présentés comme « des opportunités » masquent une dure réalité. Ils ne garantissent ni sécurité d’emploi, ni progression de carrière. Ils ne corrigent pas véritablement le chômage, car beaucoup continuent à vivre dans la précarité, sans perspectives durables. En fait, ces salaires sont si bas que pour certains travailleurs, il serait presque plus « rentable » de ne pas travailler… si seulement ils avaient d’autres moyens de subsistance.
Travail pénible pour salaire dérisoire : la dure condition des emplois non qualifiés
Les offres d’emploi qui proposent des salaires de 60 000 à 150 000 CFA impliquent souvent un travail très pénible, parfois dangereux ou physiquement exigeant, sans avantages sociaux. Ces emplois sont rarement stables. Ils sont souvent à la journée ou sous contrat temporaire, sans couverture santé ni sécurité d’emploi.
Beaucoup de travailleurs sont poussés à accepter ces conditions parce que ne pas travailler signifie être exclu de la vie sociale ou ne pas pouvoir subvenir aux besoins de base. Or, même avec ces emplois, il est souvent difficile d’assurer un niveau de vie élémentaire.
L’écart entre formation et marché du travail
Un autre facteur aggravant est l’inadéquation entre la formation scolaire et les besoins du marché de l’emploi. Au Gabon, de nombreuses formations restent théoriques et ne préparent pas suffisamment les jeunes aux métiers techniques, pratiques ou industriels réellement demandés par les entreprises. Ce décalage contribue au chômage élevé des jeunes, qui se retrouvent diplômés mais incapables de répondre aux besoins concrets des employeurs.
L’informel, une échappatoire fragile
Une part importante des travailleurs gabonais se retrouve dans le secteur informel, où les revenus sont souvent aléatoires et non réglementés. Ces emplois peuvent fournir un revenu à court terme comme le commerce de rue, la petite réparation, le transport informel. Mais ils ne garantissent pas de stabilité ni de protection sociale.
Souvent, les travailleurs informels gagnent aussi des montants similaires à ceux des emplois peu qualifiés (60 000 francs et 150 000 francs CFA), mais sans contrat, sans couverture maladie et sans congés. Cette réalité illustre que l’absence d’emploi formel ne signifie pas automatiquement l’absence d’activité productive, mais plutôt une forme d’emploi précaire et vulnérable.
Des politiques publiques jugées insuffisantes
Le gouvernement gabonais a mis en place quelques programmes pour stimuler l’emploi, notamment des formations professionnelles, des incitations à la création d’entreprises ou des programmes en partenariat avec le secteur privé. Cependant, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Les jeunes, en particulier, demandent des réformes plus ambitieuses, une meilleure orientation vers les métiers techniques, ainsi qu’une création d’emplois durables. Beaucoup estiment que sans un changement structurel profond du système éducatif et une diversification de l’économie, le marché du travail gabonais continuera à produire des emplois de faible qualité.
Perspectives d’avenir : des réformes nécessaires
Pour réduire réellement le chômage et améliorer les conditions de travail, plusieurs mesures sont souvent recommandées par les experts :
1. Renforcer la formation professionnelle
Offrir plus de formations en métiers techniques (construction qualifiée, technologies de l’information, mécanique, agriculture moderne) qui répondent directement aux besoins du marché.
2. Diversifier l’économie
Réduire la dépendance à l’égard du pétrole et des matières premières en développant des secteurs comme l’industrie légère, l’agro-industrie, le tourisme ou les technologies vertes.
3. Créer des emplois formels et protégés
Encourager les entreprises à embaucher avec des contrats stables et des conditions sociales, plutôt que de recourir massivement à l’emploi informel ou sous-payé.
4. Améliorer l’environnement des affaires
Réduire les obstacles à la création d’entreprises locales et attirer des investissements étrangers qui génèrent des emplois durables.
Entre chômage et sous-emploi
Au Gabon, le chômage reste un problème majeur, avec un taux d’environ 20 %, et un taux encore plus élevé chez les jeunes, proche de 36–40 % dans certaines estimations selon TheGlobalEconomy.com. Malgré cela, beaucoup d’emplois disponibles sont très pénibles et faiblement rémunérés soit entre 60 000 et 150 000 francs CFA par mois et sans offrir de perspectives d’avenir.
Ces emplois peuvent parfois « corriger » les chiffres du chômage en offrant une activité professionnelle, mais en réalité, ils dissimulent une profonde précarité et une absence d’opportunités réelles pour des centaines de milliers de Gabonais. Le défi pour le pays est donc de transformer ce qui est aujourd’hui un travail précaire en vraies opportunités d’emplois décents, avec salaires justes, sécurité et perspectives.