DES SAGES POUR QUEL INTÉRÊT ?
Le Gabon est en train de mettre en place une nouvelle structure politique : le Conseil national des sages. Cette initiative fait partie des recommandations issues du dialogue national et vise à renforcer la démocratie et l’inclusivité dans le pays. Pour mieux comprendre l’intérêt et le rôle de cette instance, nous avons rencontré François Nkizogo, analyste politique et membre de la diaspora gabonaise en France. Il partage son avis sur l’importance de ce Conseil et sur la manière dont il pourra influencer la vie politique et sociale gabonaise.
Une initiative pour encadrer la démocratie
François Nkizogo a expliqué que cette démarche s’inscrit dans le cadre des recommandations du dialogue national. Selon lui, "Disons que cette convocation du ministre répond je pense aux recommandations ici du dialogue national à Agondjé et que vous savez que notre pays est une démocratie qu'on peut qualifier de balbutiante et qu'il est normal que pour essayer de mettre en marche cette démocratie qu'on s'entoure de certains individus qui vont permettre de mieux regarder les dérives des uns et des autres"
Il ajoute que la création d’un Conseil des sages est importante, car "Le problème des structures c'est que la structure en elle-même ne peut pas être mauvaise mais ce sont les acteurs qui sont chargés d'animer cette structure qui vont la rendre bonne ou mauvaise et je ne peux que me réjouir que l'on puisse effectivement mettre en place un discours politique qui a été demandé par les Gabonais lors des derniers dialogues"
Ainsi, selon Nkizogo, l’existence même du Conseil n’est pas controversée ; ce qui compte, ce sont les personnes choisies pour y siéger et la manière dont elles exerceront leur rôle.
Les missions principales du Conseil
Pour François Nkizogo, il est important de comprendre la fonction exacte de cette nouvelle instance. Il précise : "Le Conseil de SAGES a une mission principale, c'est celle de réfléchir sur les sujets d'ordre sociétaux pour apporter une vision différente au Président de la République afin qu'il soit conformé pour changer de cap par rapport à telle ou telle situation"
Il insiste sur le fait que ce Conseil n’est pas là pour gérer directement le pouvoir ou faire de la médiation politique en tant que telle. "Il ne faut vraiment pas qu'il y ait une confusion dans l'esprit des uns et des autres que c'est une médiature bis", souligne-t-il.
Nkizogo rappelle que l’histoire politique du Gabon a connu des structures similaires, mais que celles-ci n’ont pas toujours été prises en compte par les gouvernants. "Le but du Conseil national de la démocratie était effectivement de réfléchir sur les questions des libertés politiques, des réformes institutionnelles. Mais ce Conseil a fonctionné puisqu'il y avait une structure qui était là. Mais est-ce que les gouvernants qui ont mis en place ce Conseil ont tenu compte des orientations de ce Conseil ? Je vous dirais non"
Ainsi, la nouveauté aujourd’hui serait d’utiliser réellement les avis et recommandations de ce Conseil pour guider les décisions du Président et éviter des erreurs passées.
La crédibilité des membres du Conseil
Un autre point important pour Nkizogo est la sélection des membres de cette instance. Il rappelle que "Le second élément c'est qui on va nommer dans cette structure ? Parce qu'on parle de dignitaire. Mais dignitaire vient du mot « digne ». Est-ce que vous pensez que parce que quelqu'un a eu dans sa vie une fonction politique, une fonction publique, élevé, ministre ou autre député, qui n'est pas un bon témoignage, qui traîne les casseroles parce qu'il a été ministre, qu'il doit forcément donner quelle expérience ? L'expérience de savoir comment détourner l'agent public ? Non"
Il insiste sur le fait que la moralité et la réputation des membres sont essentielles pour que le Conseil soit crédible et efficace. La sélection doit donc être rigoureuse et transparente, afin de garantir que ces sages puissent réellement apporter un appui positif au Président et à la société.
Le contexte politique actuel
François Nkizogo situe également la création du Conseil dans le contexte récent du Gabon, marqué par le coup d’État du 30 août 2023. Il explique : "Vous savez nous sortons d'un coup d'état du 30 août 2023 dû à une mauvaise gestion, une gestion calamiteuse du pouvoir précédent. Aujourd'hui nous estimons qu'il ne faut pas revenir sur ces déboires"
Pour lui, le Conseil des sages peut aider à éviter de répéter les mêmes erreurs en offrant des recommandations et une perspective expérimentée sur les décisions politiques. Il s’agit d’un outil pour sécuriser la stabilité sociale et politique et pour accompagner la jeunesse et les communautés dans la gouvernance.
Une première dans l’histoire gabonaise
Nkizogo souligne que le Conseil des sages est une innovation importante dans l’architecture institutionnelle du Gabon. "Moi je salue cela déjà d'un grand air parce que pour moi c'est une première dans notre pays d'avoir un Conseil des sages, de permettre à ces aînés de venir donner des conseils afin de ne pas retomber dans nos travers"
Cette instance sera composée de personnalités reconnues pour leur âge, leur expérience et leur autorité morale. Leur rôle sera de conseiller le Président, d’apporter des idées sur des sujets complexes et de participer à la stabilité du pays.
Le rôle consultatif et non politique
François Nkizogo insiste sur le fait que le Conseil des sages n’est pas là pour remplacer d’autres institutions ou pour devenir un organe politique. Il explique : "D'abord je vais enlever quelques petits équivoques de mon jeune frère. Le Conseil de SAGES n'a rien à voir avec, il n'est pas opposé à la mandature. Ce n'est pas son rôle, son rôle ce n'est pas de les médiateurs entre la population"
L’idée est d’avoir un organe consultatif capable de réfléchir sur des questions sociales et politiques complexes, et non de s’engager directement dans la gestion du pays. Selon lui, le Président peut ainsi disposer d’une vision externe et expérimentée pour guider ses décisions.
Les enjeux financiers et pratiques
François Nkizogo attire aussi l’attention sur l’importance de définir le fonctionnement concret de ce Conseil. Il prévient : "Le ministre et son équipe doivent réfléchir dans quel contexte ce contexte-là va fonctionner. Parce que vous savez que ce mois-ci nous aurons la visite du FMI et les gens peuvent penser à tort ou à raison que une autre structure de telle envergure est la création d'une autre type de dépenses publiques"
Selon lui, il est possible de concevoir ce Conseil comme une cellule interne à la présidence pour limiter les coûts et éviter des critiques sur l’usage des fonds publics. Cela permettrait de bénéficier des conseils des sages tout en optimisant les ressources de l’État.
Les leçons du passé
Nkizogo rappelle que l’expérience passée du Gabon avec d’autres structures consultatives doit servir d’exemple. "Moi j'y ai été membre dans le cadre de mon parti politique, je sais que ce Conseil a fait un travail qui a fourni même une confusion à la République gabonaise. Mais cette confusion, on n'a pas tenu compte de cela pendant le dialogue"
Pour lui, créer une structure ne suffit pas : il faut aussi que ses recommandations soient effectivement utilisées. Sinon, le Conseil risque de devenir symbolique et inefficace.
Une opportunité pour le dialogue et la paix sociale
Enfin, François Nkizogo conclut sur l’importance de ce Conseil pour l’avenir du Gabon : "Donc pour moi je disais c'est déjà une chose de bien d'avoir ce Conseil parce qu'au sorti du 30 août 2023 nous sommes allés au dialogue national, nous avons eu des référendums et nous avons eu des élections. Aujourd'hui nous avons besoin de ces personnes"
Le Conseil peut permettre de prévenir de futures crises, de renforcer la cohésion sociale et d’accompagner la jeunesse et les communautés dans leur développement. Il s’agit donc d’une initiative porteuse pour la stabilité et l’inclusivité dans le pays.
S’assurer que celle-ci soit composée de membres dignes
Le Conseil national des sages représente une étape importante pour la démocratie gabonaise. Selon François Nkizogo, il ne s’agit pas seulement de créer une structure, mais de s’assurer que celle-ci soit composée de membres dignes, crédibles et capables de fournir des recommandations concrètes. Le Conseil pourra jouer un rôle essentiel dans la réflexion sur les enjeux sociaux et politiques, tout en offrant une vision expérimentée au Président de la République.
Comme le souligne François Nkizogo, "Si on fait référence à l'histoire politique du Gabon, nous avons eu, je pense que c'est un organisme qui existe de manière informelle actuellement, le Conseil national de la démocratie. Le but du Conseil national de la démocratie était effectivement de réfléchir sur les questions des libertés politiques, des réformes institutionnelles"
L’avenir dira si cette instance réussira à remplir pleinement sa mission, mais pour l’instant, la mise en place du Conseil national des sages est saluée comme une avancée notable pour le Gabon.