ALIMENTATION DE RUE : L’ÉTAT SERRE LA VIS
La dégradation des qualités d’hygiène dans les espaces de restaurant de rue et la question de la qualité de la formation des opérateurs du secteur se pose avec acuité. Face à cette réalité, l’État entend réglementer davantage cette activité par l’entremise de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA), en rendant la formation préalable obligatoire pour exercer dans l’alimentation de rue.
Notre rencontre avec des Librevillois, ce jeudi 29 janvier 2026, du côté de l’I.A.I, nous a permis cerner les enjeux liés à cette mesure.
Cadre réglementaire et rôle de l’AGASA.
Au Gabon, la nécessité de cette formation est inscrite dans la loi, faisant de la conformité une condition essentielle pour la poursuite de l’activité commerciale dans l’alimentation de rue.
L’organisme de régulation clé est l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA). La base légale de l’obligation de formation repose sur l’article 4 du décret n°000326/PR/MAEPA du 27 août 2020, qui précise :
« L’exercice des activités de l’alimentation de rue (ADR) est formellement réservé aux personnes physiques ou morales ayant bénéficié d’une formation aux bonnes pratiques d’hygiène alimentaire et environnementale. »
À travers cette disposition, les autorités entendent renforcer la sécurité sanitaire des aliments vendus dans l’espace public et professionnaliser un secteur en pleine expansion.
L’avis de l’expert : une décision « salutaire », mais à encadrer.
Pour Gildas Bissielou, docteur en sociologie du travail et ingénieur en qualité, hygiène et sécurité environnementale, la décision de l’AGASA est justifiée sur le fond.
« La décision prise par l’AGASA arrive à point nommé. Les questions de qualité et d’hygiène sont très importantes en ce qui concerne les aliments. Ceux qui apprêtent les aliments que nous consommons doivent avoir des capacités cognitives en matière de qualité et d’hygiène. Pour moi, je trouve ça très salutaire. »
Il inscrit cette mesure dans une dynamique plus large de transformation du pays :
« La restauration du Gabon signifie également qu’il faut un changement radical, un changement de paradigme. Tout ce que nous consommons doit être de qualité. »
Cependant, l’expert met en garde contre une application trop brutale :
« C’est une décision qui a été prise à la hâte. En réalité, nous sommes en train de pousser la charrue avant les bœufs. »
Selon lui, la priorité devrait être le suivi et l’accompagnement plutôt que la répression immédiate :
« Au lieu de demander de stopper, il faut un suivi régulier et permanent de ces restaurateurs. Il faut créer des centres de formation en matière de qualité, hygiène et sécurité environnementale. »
Des acteurs du secteur partagés.
Sur le terrain, l’exigence de formation suscite des interrogations. Certains opérateurs ne contestent pas l’importance de l’hygiène, mais redoutent que la mesure ne devienne un facteur d’exclusion sociale.
Jackson, vendeur de rue, aborde d’abord la question de la qualification exigée :
« Vendre dans la rue, les gens qui font par exemple la vente de nourriture, ils n'ont pas tous besoin de diplômes. »
Il évoque ensuite la réalité socio-économique de nombreux acteurs du secteur :
« Majoritairement, ceux qui le font, ce sont des gens qui ont déjà eu des diplômes mais qui n'ont pas pu obtenir un boulot… Il y a aussi d'autres personnes qui ne peuvent pas obtenir de boulot et qui préfèrent se mettre dans la rue pour commencer leur petit business. »
Avant de conclure :
« Je ne pense pas que ce soit normal que des gens, pour vendre dans la rue, doivent avoir des diplômes. »
À travers ces réactions, se dessine un débat central : comment concilier impératifs sanitaires et réalités sociales, dans un secteur où l’activité constitue souvent un moyen de subsistance ?