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DEVANT LA JUSTICE POUR NON-RESPECT D’UN ACCORD

DEVANT LA JUSTICE POUR NON-RESPECT D’UN ACCORD
Kigali poursuit Londres pour non-respect d’un accord migratoire de 2022, réclamant 50 millions de livres et dénonçant violations financières.

Le torchon brûle entre le Rwanda et le Royaume-Uni. Kigali a annoncé cette semaine avoir saisi la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye pour dénoncer ce qu’il considère comme des violations de l’accord migratoire bilatéral signé avec Londres en 2022. Une procédure qui jette une onde de choc sur la diplomatie britannique et souligne les limites d’une politique d’externalisation migratoire souvent contestée au regard du droit international.


Un accord migratoire sous haute tension


Cinquante millions de livres sterling de dommages et intérêts, soit environ 57,5 millions d’euros : c’est la somme que réclame le Rwanda au Royaume-Uni. Le pays africain a, en effet, engagé en novembre dernier une procédure devant la CPA, une juridiction spécialisée dans la résolution des différends internationaux par l’arbitrage.


Selon Kigali, Londres n’aurait pas respecté ses engagements financiers pris dans le cadre du Partenariat pour la migration et le développement économique (MEDP). Cet accord, négocié en 2022 sous le gouvernement conservateur de Boris Johnson et entré en vigueur en avril 2024, prévoyait que le Rwanda accueille des migrants expulsés du Royaume-Uni en échange de versements précis de la part de Londres.


Un projet abandonné mais des comptes toujours ouverts


Le projet migratoire, très controversé, avait été conçu pour dissuader l’immigration illégale au Royaume-Uni. Mais il avait été unilatéralement abandonné par le gouvernement travailliste de Keir Starmer en 2024. Pour autant, Kigali ne l’entend pas de cette oreille : selon le Rwanda, les discussions sur les termes d’une résiliation officielle n’ont jamais abouti.


Deux paiements, prévus respectivement en 2025 et 2026 pour un total de 50 millions de livres chacun, n’auraient pas été versés, et les engagements relatifs à la réinstallation de réfugiés vulnérables accueillis par le Rwanda seraient restés lettre morte.


Les tensions diplomatiques s’exacerbent


Dans son communiqué, Kigali affirme que le Royaume-Uni a « clairement indiqué qu’il n’avait aucune intention d’effectuer de nouveaux paiements au titre du traité ». Pour le Rwanda, il s’agit d’une violation claire de l’accord bilatéral, alors que le projet migratoire faisait déjà débat au Royaume-Uni et à l’international.


Un porte-parole du Premier ministre britannique a réagi en qualifiant la démarche rwandaise de « tumulte inutile » et assuré que le gouvernement défendrait « fermement sa position afin de protéger les contribuables britanniques ». Cette prise de position montre que la gel entre les deux capitales est loin d’être résolue, et que le dossier migratoire risque de rester un point de friction majeur.


Une politique migratoire sous le feu des critiques


L’affaire illustre les limites de la politique d’externalisation de la migration britannique. Depuis plusieurs années, Londres a cherché à conclure des accords avec des pays tiers pour y transférer des demandeurs d’asile, mais cette stratégie a souvent été critiquée pour son manque de conformité avec le droit international.


L’accord avec le Rwanda était particulièrement controversé : il prévoyait l’envoi systématique de migrants arrivés illégalement sur le territoire britannique, une mesure dénoncée par des ONG et des organisations de défense des droits humains. L’annonce de son abandon en 2024 n’a toutefois pas mis fin aux tensions financières et diplomatiques, comme le démontre la procédure engagée devant la CPA.


Une onde de choc sur la diplomatie britannique


L’arbitrage international pourrait avoir des conséquences politiques importantes pour Londres. Outre le risque financier, le Royaume-Uni pourrait se retrouver sous pression pour revoir sa politique migratoire et respecter ses engagements bilatéraux. Cette procédure marque également une onde de choc sur les relations diplomatiques entre le Rwanda et le Royaume-Uni, jusqu’ici présentées comme relativement stables.


Pour Kigali, la bataille judiciaire est aussi une manière de protéger ses intérêts financiers et de rappeler que le véto sur certaines décisions unilatérales n’est pas acceptable. Le gouvernement rwandais, dirigé par Paul Kagame, entend faire valoir ses droits dans un cadre juridique international et rappeler à Londres que la coopération bilatérale repose sur des engagements mutuels et non sur des décisions unilatérales


Un dossier à suivre


Cette affaire survient dans un contexte international déjà complexe, marqué par des tensions sur les migrations, le financement de l’aide internationale et les enjeux géopolitiques en Afrique de l’Est. Si la CPA devait statuer en faveur du Rwanda, cela constituerait un précédent important pour les accords migratoires bilatéraux conclus par des pays occidentaux.


En attendant, le torchon brûle entre Kigali et Londres, et l’arbitrage international promet de mettre en lumière les difficultés de concilier politique migratoire nationale et obligations financières et humanitaires internationales.


Le Royaume-Uni devra désormais faire face à cette procédure, tandis que le Rwanda, ferme sur ses droits, ne semble pas prêt à céder. Le tumulte diplomatique risque de durer, et cette affaire continuera de susciter une onde de choc dans le débat public sur la migration et la coopération internationale.


 


 


 


 

Par Pamphil

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