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PEUT-IL S’EN INSPIRER ?

PEUT-IL S’EN INSPIRER ?
Football gabonais en crise : le Gabon peut-il s’inspirer du modèle camerounais, fondé sur la formation locale, des clubs structurés et un championnat stable, pour révéler ses jeunes talents nationaux modernes.

Le football gabonais traverse depuis plusieurs années une crise profonde, marquée par des interruptions de championnat, des saisons inachevées et un manque criant de visibilité pour les jeunes talents. Après un passage de près de deux ans sans véritable championnat national, puis l’organisation d’une compétition avortée, une question revient avec insistance : le Gabon ne peut-il pas imiter le Cameroun, dont la formation des jeunes porte aujourd’hui ses fruits au plus haut niveau, sans demander de l'argent à l'Etat ?


Le contraste entre deux réalités voisines


Le contraste est saisissant entre les deux pays voisins. D’un côté, le Gabon peine à stabiliser ses compétitions nationales, à structurer ses clubs et à offrir un cadre régulier à ses jeunes joueurs. De l’autre, le Cameroun avance, souvent dans la discrétion, en s’appuyant sur un réseau de centres de formation et de clubs locaux qui, malgré des moyens très limités, produisent des résultats concrets.


La qualification des Lions indomptables pour les quarts de finale de la CAN 2025 au Maroc n’est pas le fruit du hasard. Elle repose en grande partie sur une génération de joueurs formés localement, passés par le championnat camerounais, notamment dans les catégories de jeunes.


Des clubs “inconnus” mais efficaces


Ce qui frappe dans le parcours de ces joueurs camerounais, c’est l’origine de leur formation. Contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas majoritairement issus des clubs historiques et populaires comme le Canon sportif de Yaoundé, l’Union de Douala ou le Tonnerre de Yaoundé. À l’exception notable des Brasseries du Cameroun, bien connues pour leur travail de formation, ce sont souvent des structures aux noms biscornus et peu médiatisés qui façonnent ces talents.


Nkufo Academy, Apéjes de Mfou, Léopard Royal de Bertoua, Fauve Azur, AS Nylon, AS Vatican Sport Étude ou encore Rainbow Bamenda font sourire, mais sont devenus de véritables viviers. Jean Onana, 25 ans, formé à Nkufo Academy, Christian Kofane, 19 ans, passé par AS Vatican Sport Étude et AS Nylon, ou encore Samuel Junior Kotto, 22 ans, issu d’Apéjes de Mfou, incarnent cette réussite silencieuse.


La force du championnat local


Un autre élément clé du modèle camerounais réside dans l’importance accordée au championnat national et aux compétitions de jeunes. La majorité des joueurs aujourd’hui sélectionnés avec les Lions indomptables ont grandi en jouant régulièrement dans ces championnats. Carlos Baleba (22 ans), Aboubakar Nagida (27 ans) ou Darlin Yongwa (25 ans), tous formés aux Brasseries du Cameroun, ont bénéficié d’un cadre compétitif continu.


Même des joueurs comme Arthur Avom (21 ans), passé par Léopard Royal de Bertoua et Fauve Azur, Che Malone de Coton Sport (26 ans) ou encore les éléments issus de Rainbow Bamenda montrent que la constance des compétitions locales reste un facteur déterminant dans le développement des joueurs.


Une question de gouvernance au Gabon


Face à ce constat, les interrogations se multiplient au Gabon. Que font le président de la Fédération gabonaise de football (FEGAFOOT), celui de la Ligue nationale de football professionnel (LINAFP), les responsables des ligues provinciales, des clubs formateurs, ainsi que les dirigeants des clubs de première et deuxième divisions ? Pourquoi le football gabonais n’arrive-t-il pas à s’organiser durablement, malgré les moyens financiers colossaux, malgré des milliards de francs CFA offerts par l'Etat gabonais ?


La comparaison avec le Cameroun est d’autant plus frappante que les dirigeants camerounais affirment souvent travailler avec très peu de ressources. Ils ne conditionnent pas systématiquement l’organisation du championnat à l’argent de l’État et évitent la surenchère du type « pas d’argent, pas de championnat ».


Des milliards sans résultats visibles ?


Au Gabon, des sommes colossales sont régulièrement évoquées comme étant versées au football. Pourtant, sur le terrain, les résultats tardent à apparaître. Les jeunes manquent de compétitions, les clubs de formation peinent à survivre et les carrières se brisent avant même d’avoir commencé. Cette situation alimente la frustration des acteurs et des supporters.


S’inspirer sans copier aveuglément


Imiter le Cameroun ne signifie pas copier mécaniquement son modèle, mais s’en inspirer intelligemment. Investir réellement dans la formation, garantir la régularité des championnats, responsabiliser les dirigeants et soutenir les clubs formateurs, as forcément avec de l'argent, pourraient constituer un premier pas. Le talent gabonais existe. Encore faut-il lui offrir un cadre stable pour éclore.


Le succès camerounais rappelle une évidence : le football se construit d’abord à la base, sans grands moyens financiers. Le Gabon est aujourd’hui face à un choix : continuer à subir des crises à répétition ou engager, enfin, une réforme profonde et durable de son football.


 


 

Par Pamphil

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