LA COUR SUPRÊME TRANCHE
La Cour suprême de Guinée a confirmé ce dimanche la victoire de Mamadi Doumbouya à l’élection présidentielle de décembre 2025. Avec un score écrasant de 86,72 % des voix, cette validation met fin aux contestations et marque un tournant dans le paysage politique guinéen. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, le pays semble entamer une phase de stabilisation institutionnelle après des années de tensions politiques et de coups de force militaires.
Pourquoi Mamadi Doumbouya a été élu
Mamadi Doumbouya, ancien colonel et chef du Comité national de rassemblement et de développement (CNRD), a remporté l’élection présidentielle grâce à un mélange de popularité personnelle et d’une stratégie politique maîtrisée. Depuis le coup d’État qui avait renversé l’ancien président Alpha Condé en 2021, Doumbouya s’est imposé comme la figure centrale de la transition politique guinéenne.
Selon des analystes locaux, la victoire de Doumbouya s’explique par trois facteurs principaux :
La notoriété et la confiance militaire : Sa réputation au sein des forces armées a rassuré une population marquée par l’instabilité.
Le discours sur la lutte contre la corruption : En promettant de nettoyer l’administration publique et de réformer les institutions, il a séduit un électorat frustré par des décennies de mauvaise gouvernance.
La promesse de stabilité économique et sociale : Les Guinéens ont été sensibles à sa volonté d’attirer des investissements et de créer des emplois pour les jeunes.
Un commerçant de Conakry interrogé après l’annonce des résultats résumait ce sentiment : « Nous voulons la paix et que nos enfants aient un avenir. Doumbouya semble le seul capable de tenir cette promesse. »
Comment s’est déroulée l’élection
L’élection présidentielle de décembre 2025 a mobilisé plusieurs candidats, mais le scrutin a été largement dominé par Mamadi Doumbouya. Selon les chiffres officiels de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), sur les 11 millions d’électeurs inscrits, près de 7,7 millions ont voté, soit une participation d’environ 70 %.
Le scrutin a été jugé globalement crédible par les observateurs internationaux. Cependant, certaines zones rurales ont rencontré des difficultés d’acheminement des bulletins et d’accès aux bureaux de vote, notamment dans les préfectures de Kankan et Nzérékoré. Malgré ces obstacles, la tendance était claire dès le dépouillement des premières urnes : Doumbouya menait largement avec plus de 80 % des voix dans presque toutes les régions.
Le poids de l’opposition à la présidentielle
L’opposition guinéenne a participé à l’élection mais avec un impact limité. Les principaux partis historiques, notamment l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et le Parti de l’unité et du progrès (PUP), ont obtenu des scores modestes. Selon des experts, cette faible performance s’explique par la fragmentation de l’opposition et l’absence d’une figure capable de rivaliser avec Doumbouya sur le plan de la notoriété et de l’image d’homme fort.
« L’opposition n’a pas su proposer un projet alternatif crédible. Les Guinéens ont choisi la stabilité plutôt que le risque d’un gouvernement éclaté », note Mariam Bah, analyste politique à Conakry.
Certaines voix de l’opposition ont dénoncé des irrégularités mineures dans le déroulement du scrutin, mais la Cour suprême a jugé que ces contestations ne remettaient pas en cause le résultat global.
Les défis et dossiers chauds pour Mamadi Doumbouya
Le président fraîchement élu hérite d’un pays confronté à plusieurs enjeux majeurs :
Économie et emploi : La Guinée reste fortement dépendante des exportations de bauxite et de minerais. Avec un chômage des jeunes estimé à près de 30 %, le défi économique est énorme. Doumbouya devra attirer des investissements et soutenir l’agriculture pour réduire la pauvreté.
Sécurité et stabilité : La menace de groupes armés dans certaines régions forestières et frontalières reste réelle. Les autorités devront renforcer la présence de l’État sans créer de tensions avec les populations locales.
Réformes institutionnelles : La transparence de l’administration publique et la lutte contre la corruption seront scrutées de près. Les Guinéens attendent des résultats rapides.
Relations internationales : Maintenir de bonnes relations avec les partenaires traditionnels, comme la France, et diversifier les alliances est un autre dossier clé.
La position de la France sur Doumbouya
La France, partenaire historique de la Guinée, suit de près l’évolution politique du pays. Après le coup d’État de 2021, Paris avait appelé à une transition démocratique crédible. Aujourd’hui, avec la validation de la victoire de Doumbouya, la diplomatie française salue « l’engagement de la Guinée à consolider ses institutions démocratiques », tout en restant attentive à la manière dont le président mènera ses réformes.
Un diplomate français basé à Conakry souligne : « Nous avons intérêt à une Guinée stable et économiquement prospère, mais nous surveillons les engagements concrets sur la transparence et la gouvernance. »
Où se trouve l’ancien président Alpha Condé ?
Alpha Condé, renversé par Doumbouya en 2021, reste sous surveillance judiciaire en Guinée. Il vit désormais de manière confinée dans sa résidence personnelle et ne participe plus à la vie politique active. Bien que sa présence soit limitée, Condé reste un symbole politique pour certains partisans.
« Alpha Condé appartient à l’histoire récente de la Guinée, mais son influence sur la politique quotidienne est désormais très faible », estime un ancien ministre proche du gouvernement.
Une équipe renouvelée ou héritée ?
Mamadi Doumbouya a constitué un gouvernement mixte, combinant des nouvelles figures issues de la société civile et quelques collaborateurs expérimentés issus de l’administration précédente, mais sans lien direct avec Alpha Condé. Cette approche vise à garantir l’efficacité de l’administration tout en renforçant sa légitimité.
Parmi les nouvelles recrues, plusieurs jeunes femmes et hommes diplômés de grandes universités africaines et européennes occupent désormais des postes clés dans les ministères de l’Économie, de l’Éducation et des Mines.
Population et diaspora guinéenne
La Guinée compte aujourd’hui environ 14,5 millions d’habitants. La population est majoritairement jeune : plus de 60 % ont moins de 25 ans. Cette jeunesse représente un potentiel de dynamisme mais aussi un défi majeur en termes d’éducation, d’emploi et d’insertion sociale.
La diaspora guinéenne est estimée à environ 1,5 million de personnes, principalement en France, en Côte d’Ivoire et aux États-Unis. Ces Guinéens de l’étranger jouent un rôle économique important grâce aux transferts de fonds, mais aussi un rôle politique en soutenant certaines initiatives ou en pesant dans le débat national.
L’opposition reste faible et fragmentée
La validation par la Cour suprême de la victoire de Mamadi Doumbouya marque une étape décisive pour la Guinée. Avec 86,72 % des voix, il bénéficie d’une large confiance populaire, mais son mandat sera déterminant pour résoudre les défis économiques, sécuritaires et institutionnels du pays.
L’opposition reste faible et fragmentée, mais la vigilance internationale et les attentes de la population guinéenne sont élevées. La manière dont Doumbouya conduira ses réformes, consolidera la démocratie et gérera les relations internationales définira l’avenir politique de la Guinée.
L’année 2026 pourrait donc être celle de la mise à l’épreuve des promesses de stabilité et de développement, et le président Doumbouya devra démontrer que sa victoire écrasante se traduit en résultats tangibles pour les millions de Guinéens qui attendent des changements concrets.