LA PRÉCARITÉ
La rentrée syndicale de la Convention Nationale des Syndicats du Secteur Éducation (CONASYSED), a été une tribune de dénonciation d’une crise sociale profonde frappant les enseignants gabonais.
À l’heure actuelle, c’est un autre tableau noir qui se dessine dans les salles de classe : celui d’une précarité sociale et professionnelle devenue intolérable pour les personnels éducatifs.
Le Gabon compte aujourd’hui environ 144 000 enseignants dans l’enseignement primaire et près de 125 000 dans l’enseignement secondaire (collégial et qualifiant), chiffres globaux du corps enseignant toutes catégories confondues selon les dernières statistiques disponibles, avec une forte proportion d’entre eux affectés à l’enseignement public.
Malgré ce effectif considérable, la vie quotidienne des enseignants est marquée par des difficultés matérielles et financières alarmantes : retards de salaire récurrents, paiements de droits et de rappels arriérés laissés en suspens, absence de calendrier clair pour les régularisations administratives, et une gestion de carrière opaque qui plonge bon nombre de fonctionnaires dans l’incertitude. Dans son discours, le secrétaire général de la CONASYSED a déclaré que ces retards de soldes et rappels impayés constituent des signaux de détresse légitimes auxquels l’État doit impérativement répondre.
La dégradation des conditions de travail s’ajoute à ces difficultés financières : manque d’infrastructures adéquates, surcharge des classes et pénurie de ressources pédagogiques accentuent la pression quotidienne sur les enseignants. Ces réalités sont d’autant plus difficiles à accepter que, face aux priorités budgétaires visibles dans d’autres secteurs, l’État peine à honorer les engagements pris envers les travailleurs de l’éducation, créant ainsi un sentiment profond d’injustice sociale.
Le ton de la rentrée syndicale a également été marqué par un hommage émouvant rendu au camarade Mombo, délégué général récemment disparu, ainsi qu’à d’autres enseignants décédés souvent dans des conditions précaires. Leur mémoire a été invoquée comme une réaffirmation de l’urgence de protéger et de valoriser ceux qui forment les futures générations.
La CONASYSED a ainsi lancé un appel pressant à un dialogue social sincère et inclusif avec le gouvernement, fondé sur la concertation, la transparence des données et le respect des engagements. Si le syndicat se dit fidèle à sa mission historique de défense des intérêts matériels et moraux des enseignants, il insiste aussi sur le fait que le dialogue social ne doit pas être une simple formalité, mais une démarche responsable et durable pour rechercher des solutions équitables.
Ce cri d’alarme syndical survient dans un contexte socio-économique où, malgré les discours officiels sur la résilience économique, des catégories clés de la fonction publique vivent une précarité qui menace la qualité de l’éducation. La rentrée 2025, loin d’être un simple retour en classe, est devenue pour beaucoup un moment de mobilisation collective pour la dignité et la justice sociale dans le secteur éducatif gabonais.