HAUSSE SPECTACULAIRE DE 14,1%
Pour le deuxième trimestre consécutif, le fret ferroviaire au Gabon a enregistré une progression notable, avec une hausse de 14,1 % au cours de la période sous revue, selon la note de conjoncture sectorielle publiée par la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale. Cette performance est particulièrement due à l’accroissement des volumes de manganèse transportés vers le port d’Owendo, principal moteur du trafic marchandises du pays.
Cependant, sur l’ensemble du premier semestre, l’activité ferroviaire affiche un recul global de 4,2 %, reflet d’une dynamique peu favorable depuis le début de l’année, marquée par des contraintes d’infrastructure et des perturbations opérationnelles récurrentes.
Transgabonais : colonne vertébrale du transport
Le Transgabonais, seul chemin de fer du pays, constitue l’axe structurant du transport intérieur gabonais. Ce réseau ferroviaire à voie unique relie Owendo, dans la banlieue de Libreville (côte atlantique), à Franceville, dans le sud-est du pays. Sa construction a débuté dans les années 1970 et s’est achevée en 1986, date à laquelle la ligne a été mise en service progressivement de 1978 à fin 1986.
La longueur de cette voie est d’environ 669 kilomètres et elle traverse cinq provinces, desservant une vingtaine de gares dont Ndjolé, Lopé, Booué, Lastoursville et Moanda.
Volumes transportés : fret et voyageurs
Le Transgabonais a une vocation clairement minière et marchandise, surtout pour le transport de minerai de manganèse extrait notamment dans la région de Moanda. D’après des données récentes :
Manganèse : environ 7 à 7,7 millions de tonnes de minerai devraient être transportées en 2024, selon les estimations des principaux opérateurs dans le secteur.
Bois et autres biens : le chemin de fer transporte également des volumes importants de produits forestiers, de carburants, d’hydrocarbures et de fret général, bien que ces flux soient nettement inférieurs à ceux du minerai.
Total fret : en 2022, le Transgabonais a acheminé environ 10,9 millions de tonnes de marchandises, principalement des minerais.
Passagers : le trafic voyageurs est significatif mais moins dominant que le fret. Il est estimé à environ 300 000 personnes transportées par an dans les données 2025 des opérateurs (SETRAG), avec un objectif gouvernemental de porter ce chiffre à 330 000 usagers d’ici 2027.
Un état d’infrastructure sous tension
Le réseau ferroviaire gabonais, bien que stratégique, souffre d’un état de vétusté avancé. Construit dans les années 1980 avec des rails de 50 kg/m et des traverses en bois, il ne supporte pas toujours efficacement les charges lourdes imposées par le transport de minerais volumineux, générant des risques structurels importants et fragilisant plusieurs tronçons. Les traverses en bois, par exemple, sont souvent dégradées par l’humidité et l’usure, ce qui fragilise la stabilité des rails. Ce vieillissement des composants, combiné à des sols parfois instables, explique en partie la fréquence des incidents et déraillements qui perturbent régulièrement l’exploitation.
Le gouvernement gabonais et les efforts de réhabilitation
Conscient de ces vulnérabilités, l’État gabonais, en partenariat avec la SETRAG, exploitant sous concession de la ligne, a lancé un ambitieux Programme de remise à niveau (PRN) dès 2016-2017, avec pour objectif de réhabiliter l’intégralité des voies d’ici 2024.
L’investissement initial pour ce programme s’élevait à plusieurs centaines de milliards de FCFA, porté en partie par l’Agence française de développement (AFD) et renforcé par un financement de l’Union européenne (UE), avec un total combiné de plus de 203 millions d’euros destinés à moderniser le réseau, incluant le renouvellement des rails, des traverses et l’installation de systèmes de sécurité modernes.
À ce jour, environ 200 km de voies ont déjà été remis à niveau, soit près de 31 % du réseau total de 648 km, avec des progrès en termes de sécurité et de confort pour les passagers et le fret.
Les travaux incluent également :
Le remplacement progressif des rails légers par des rails de 60 kg/m capables de mieux supporter les charges lourdes.
La pose de traverses en béton à la place des traverses en bois pour une durabilité accrue.
La construction de voies de contournement pour les zones instables et la mise en place de systèmes de signalisation moderne.
Ces travaux sont censés non seulement améliorer la sécurité du trafic, mais aussi augmenter progressivement la capacité maximale du réseau, aujourd’hui limitée à environ 29 millions de tonnes de fret par an.
Déraillements et incidents : causes et conséquences
Malgré les efforts de modernisation, la ligne continue d’être touchée par de nombreux déraillements et ruptures de rails, conséquence directe d’une infrastructure encore fragile :
En 2022, la SETRAG a signalé environ 800 à 900 ruptures de rails dues à des traverses dégradées, des rails sous-dimensionnés et une instabilité des sols.
Un glissement de terrain majeur entre les gares d’Offoué et de Booué pendant la nuit du 23 au 24 décembre 2022 a complètement interrompu le trafic sur plusieurs semaines, stoppant l’acheminement de minerais et de biens essentiels.
Ces déraillements ont des impacts économiques significatifs :
Sur la compagnie SETRAG : perte de recettes, coûts de réparation élevés et contraintes opérationnelles sur un réseau à voie unique qui ne permet pas de contournement immédiat des sections arrêtées.
Sur les populations : perturbation du transport interprovincial, retards dans l’acheminement des biens essentiels et frustration croissante des usagers.
Sur l’État gabonais : baisse du volume de fret transporté, ralentissement des exportations, surtout de manganèse qui représente une part fondamentale des recettes d’exportation du pays.
Poids économique du Transgabonais
La ligne ferroviaire représente un pilier économique pour le Gabon, notamment en permettant :
L’exportation de manganèse, dont le Gabon est l’un des principaux producteurs mondiaux.
Le transport de bois et autres ressources naturelles vers les ports d’exportation.
Une contribution directe à la logistique et à la compétitivité de plusieurs secteurs économiques.
Sans une ligne ferroviaire fiable et performante, le Gabon risquerait une détérioration accrue de sa compétitivité, une hausse des coûts logistiques et une dépendance encore plus forte aux routes, souvent moins sûres et moins efficaces pour les charges lourdes.
L’activité ferroviaire sur l’ensemble du semestre reste en recul
La hausse de 14,1 % du fret ferroviaire, observée pour le deuxième trimestre consécutif, montre un signe encourageant que le transport de marchandises par train au Gabon est en train de se redresser, surtout grâce au transport du manganèse vers le port d’Owendo. Cela signifie que plus de marchandises ont été acheminées par le rail pendant cette période par rapport aux mois précédents. Malgré cela, l’activité ferroviaire sur l’ensemble du semestre reste en recul, car le chemin de fer gabonais fait face à des problèmes d’infrastructure et à des interruptions fréquentes qui ralentissent le trafic. Pour que l’économie gabonaise bénéficie vraiment de cette amélioration, il faut continuer les travaux de modernisation de la voie et sécuriser davantage le réseau.