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ENTRE SURVIE ÉCONOMIQUE ET DÉBROUILLARDISE

ENTRE SURVIE ÉCONOMIQUE ET DÉBROUILLARDISE
Autoemploi au Gabon : survie économique, entrepreneuriat féminin, commerce, agriculture et services. Défis, financement limité, concurrence, revenus modestes. Le gouvernement cherche à formaliser, accompagner et transformer cette débrouillardise.

Le dernier conseil interministériel, qui s’est tenu durant plus de sept heures d’horloge, a mis en lumière l’ampleur des défis économiques et sociaux auxquels fait face le Gabon. Cette rencontre gouvernementale, consacrée à l’examen de 25 projets de textes – dont 16 projets de décret, 6 projets d’ordonnance et 3 projets de loi – a porté sur des secteurs clés tels que la gouvernance économique, l’administration publique, le numérique, l’emploi et les infrastructures. Derrière ces textes, un enjeu central demeure : comment offrir des perspectives durables à une population dont une majorité vit de l’autoemploi.


Un phénomène massif mais fragile


Selon les estimations de la Banque mondiale, de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de plusieurs institutions économiques, entre 50 et 60 % des actifs gabonais évolueraient dans l’autoemploi ou le secteur informel. Rapporté à une population d’environ 2,3 millions d’habitants, cela représente près d’un million de Gabonais qui tirent l’essentiel de leurs revenus d’activités indépendantes, souvent non déclarées.


L’autoemploi n’est donc pas un choix marginal, mais une réalité structurante du marché du travail gabonais. Il est à la fois une réponse à la rareté des emplois formels dans le secteur privé et à la saturation progressive de la fonction publique, longtemps perçue comme l’eldorado professionnel.


Les secteurs de prédilection


Les Gabonais autoemployés se concentrent principalement dans le commerce de détail, l’agriculture vivrière, le transport urbain et interurbain, l’artisanat, la restauration informelle, les services personnels (coiffure, couture, mécanique) et, de plus en plus, dans les services numériques de base.


Le commerce – marchés, boutiques de quartier, vente ambulante – demeure le premier refuge. L’agriculture, bien que sous-exploitée à l’échelle industrielle, fait vivre des milliers de ménages en zones rurales. En milieu urbain, notamment à Libreville, Port-Gentil, Franceville et Oyem, le petit transport et les services dominent.


Femmes et hommes : qui réussit le mieux ?


L’autoemploi gabonais a un visage largement féminin. Les femmes seraient légèrement majoritaires, notamment dans le commerce, la restauration et les services. Elles se distinguent par une plus grande stabilité dans les activités, une meilleure gestion des revenus et une capacité à maintenir leur activité dans le temps, malgré des marges faibles.


Les hommes, plus présents dans le transport, la mécanique ou certains métiers artisanaux, prennent davantage de risques mais connaissent aussi des échecs plus fréquents. Globalement, les études montrent que les femmes réussissent mieux sur la durée, même si leurs revenus restent modestes.


Revenus, financement et débrouille quotidienne


Les revenus issus de l’autoemploi sont extrêmement variables. La majorité gagne entre 50 000 et 150 000 FCFA par mois, parfois moins. Quelques-uns, plus structurés ou mieux positionnés, peuvent atteindre 300 000 à 500 000 FCFA, voire davantage, mais ils restent minoritaires.


La plupart des autoentrepreneurs démarrent seuls, avec des fonds propres très limités, souvent issus de l’épargne familiale, de tontines ou de petits prêts informels. Les dispositifs publics d’appui existent – fonds pour l’entrepreneuriat, programmes jeunesse, microcrédit – mais les montants restent faibles (souvent entre 300 000 et 2 millions FCFA) et l’accès est jugé complexe.


Une concurrence rude et inégale


Dans l’autoemploi, les Gabonais font face à une concurrence féroce des Ouest-Africains, d’autres Africains et des Libanais, particulièrement dans le commerce. Ces derniers disposent souvent de réseaux financiers solides, d’une forte discipline commerciale et d’un accès facilité aux circuits d’approvisionnement. Les Gabonais dénoncent une concurrence qu’ils jugent déséquilibrée, aggravée par leur faible capital de départ et le manque d’accompagnement.


S’en sortent-ils vraiment ?


Pour beaucoup, l’autoemploi est une stratégie de survie, non un chemin vers l’enrichissement. La majorité n’a aucune retraite, aucune assurance maladie et vieillit dans la précarité. Les échecs sont nombreux, notamment dans le commerce mal structuré, l’agriculture sans débouchés et les activités copiées sans étude de marché.


Pourtant, des success stories existent : jeunes entrepreneurs agricoles ayant structuré des coopératives, femmes commerçantes devenues grossistes, artisans passés à l’export, acteurs du numérique partis de rien. Ceux qui réussissent sont souvent plus formés, plus disciplinés et capables de rester durablement dans leur activité.


Profil et origine des autoemployés


L’âge moyen des autoemployés gabonais se situe entre 25 et 45 ans. Beaucoup sont peu ou moyennement diplômés, mais on observe une montée de diplômés contraints de se tourner vers l’autoemploi faute d’emplois formels. Géographiquement, l’autoemploi est plus marqué dans l’Est, le Nord et les zones rurales, mais il est omniprésent sur tout le territoire.


Et maintenant ?


Le gouvernement, conscient de l’enjeu, affiche la volonté de faire mieux : formalisation progressive, protection sociale, financement adapté, formation et accompagnement. Les textes examinés lors du conseil interministériel pourraient poser les bases d’un nouveau cadre plus favorable.


L’autoemploi au Gabon n’est ni un échec total ni une réussite éclatante. Il est le miroir d’une économie en transition, où des millions de Gabonais inventent chaque jour leur propre emploi, faute d’en trouver ailleurs. Le défi, désormais, est de transformer cette débrouillardise en véritable moteur de développement durable.

Par Pamphil

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